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Lettre
de nouvelles intermédiaires n° 3
(13
juin 2002)
Bien Chers Amis,
Voici quelques nouvelles de notre
terre daccueil ou terre dasile, de
nos découvertes et de notre famille. Il
y a déjà un mois et demi que nous
sommes ici.
C'est la mousson et chaque jour
il pleut à torrent, ceci entremêlé
de rayons de soleil.
Nous sommes chaque jour de plus en plus conscients
de l'environnement dans lequel vivent les Népalais.
Nous découvrons les différences,
les injustices et les inégalités
entre les humains dun même peuple,
mais aussi labondance, la fertilité
dune terre et la volonté de travailler
de ses occupants. Nous sommes frappés par
le respect et le non-respect envers des hommes,
des femmes comme vous et moi, simplement parce
que leur nom de famille, leur niveau social et
leur revenu son,t selon les références
du pays et de sa culture, plus ou moins digne,
valeureux et honorable
En effet la culture et la sphère
géopolitique sont intimement "fondues
" dans l'hindouisme. Les Népalais
vivent dans une constante angoisse en pensant
à tout ce qui pourrait leur tomber sur
la tête ou sur celle de leur famille. La
pression du clan familial est énorme et
si un des membres ne remplit pas son rôle
selon la tradition, il est chassé dudit
clan. Par ailleurs il n'y a pas de compassion
ni d'amour pour lautre, quelque soit sa
caste et son rang. Ainsi, le projet pour lequel
nous travaillerons consiste autant à montrer
ce que l'on sait faire sur le plan médical
que ce que l'on sait être. C'est-à-dire,
essayer de montrer de la compassion et de lintérêt
pour l'autre !
Nirmola est une jeune femme népalaise
qui na pas encore trente ans, elle est mariée
et a deux fils de huit et trois ans. Elle et son
mari sont issus de famille très nombreuse.
Le village dans lequel ils vivaient, c'est-à-dire,
comme la tradition le veut celui de son mari,
est à plusieurs jours de route puis de
marche de Katmandu.
Là-bas, ils navaient
plus assez pour travailler, vivre et manger. Ils
sont venus à la ville, à la capitale,
avec leur deux fils, pour y travailler dans lespoir
de pouvoir mieux vivre. Vivent-ils mieux ? Je
ne sais pas ! Toujours est-il que Nirmola et son
mari travaillent de 6 heures du matin à
19 heures, tous les jours de la semaine sur des
chantiers, des bâtiments en construction.
Nirmola a une grande hotte avec une grande anse
en rotin quelle remplit méthodiquement
et soigneusement de briques et de cailloux. Cela
doit peser plus de cinquante kilos. Elle prend
toujours soin de bien poser sa hotte en équilibre
afin quelle soit à hauteur de ses
hanches. Puis, une fois la hotte remplit, elle
lui tourne le dos et place la lanière de
rotin tissée sur son front tout en se penchant
en avant. La hotte se soulève avec le contrepoids
de son corps. Courbée vers lavant,
afin de garder léquilibre, elle va
faire le même trajet des dizaines de fois
dans la même journée. Le regard dirigé
vers le sol, elle avance pas à pas, avec
son chargement, chaque jour, sous la chaleur du
soleil brûlant, la pluie, le froid
Cest
comme cela que je lai rencontrée,
la première fois que je lai vue.
Après 19 heures, comme avant 6 heures,
elle a le repas à faire, la lessive de
temps en temps et les enfants, dont il faut quand
même quelle soccupe un peu !
Laîné va à
lécole et le petit passe sa journée
à la maison, une chambre unique qui fait
office de chambre à coucher, cuisine, séjour
et salle à manger ! Parfois, il court à
côté de sa maman, il a juste le haut
du corps couvert par un pull
Ils sont des milliers à
vivre cette vie-là. Et certains dentre
eux sont assurément plus pauvres, ils nont
plus la santé de travailler comme Nirmola,
ou nont plus de famille
Cette réalité est, comme tant dautres,
confrontante. Si jai essayé de vous
la décrire cest pour tenter de vous
faire sentir, voir, imaginer ce qui se passe dans
notre rue, de lautre côté du
mur de notre maison !!!
Dans « notre maison »,
nous allons bien dans lensemble. Emmanuelle
eu un jour et demi de fièvre due à
une laryngite, elle tousse encore un peu. Actuellement,
cest au tour de Jonathan qui a la même
chose. Jonathan se tient bien debout et rampe
partout. Il est très intéressé
à goûter et manger la même
chose que nous. Il est tout fier de mâcher
un morceau de pain ou de croquer dans une banane.
Emmanuelle va à lécole trois
matinées par semaine, les lundis, mercredis
et vendredis de 9 heures à 12h30. Le mercredi,
elle va même à la piscine quand le
temps le permet. Elle a du plaisir à y
aller et est tout fière mais reste très
ambivalente. Cela reste difficile pour elle de
sintégrer à cause des différentes
langues, même si lautre jour, elle
disait : «moi, jaime parler langlais
!!! ». Elle demande parfois quand est-ce
quon prend lavion pour rentrer à
Corseaux ? Quant à nous, nous persévérons
dans lapprentissage du népali, qui
entre petit à petit dans nos têtes.
Nous arrivons de mieux en mieux à comprendre
les népalais et à nous faire comprendre
et cela nous encourage. Cependant, nous avons
encore beaucoup de matière à intégrer
et digérer. Et cela se fera avec le temps
et la pratique.
Nous envisageons daller visiter
le village où nous irons vivre dans deux
mois et demi, Bessi Sahar, ainsi que notre futur
lieu dhabitation. Probablement que nous
partirons du 5 au 8 juillet, sachant que nous
avons besoin dun jour pour y aller et dun
autre pour le retour. Nous pourrons ainsi prendre
contact avec les gens là-bas, car nous
ne pouvons communiquer avec eux ni par téléphone,
ni par email et voir ce dont nous aurons besoin
pour y vivre.
Bonnes salutations à chacun
et au plaisir de vous lire.
Famille Isemajoro Stucki
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