| Agenda |
|
L'actualité
du Royaume : Matthieu 25
|
||
|
La
parabole du jugement, en Matthieu 25, croit-on souvent, ne viseraientles
disciples de Jésus, appelés les "petits d'entre mes
frères". Pourant, le texte voit en ces "petits"
tous les enfants de Dieu, frères et soeurs du Christ, donc tous
les hommes et toutes les femmes de tous les temps. Nous sommes invités
à agir vis-à-vis de tous et toutes comme le Seigneur le
souhaite, car il s'identifie à tout être humain, ainsi que
le montre aussi la parabole du Bon Samaritain.
|
||
Pour comprendre cette page décisive de l'évangile de Matthieu, il faut se rappeler qu'il s'adresse à des communautés qui, parce qu'elles attendaient le retour imminent du Christ, se désintéressaient des réalités concrètes de la vie et surtout de la vie sociale. Elles s'enfermaient
dans un spiritualisme passif et désincarné. Jésus nous révèle que Dieu habite notre aujourd'hui. L'éternité, c'est maintenant. Car c'est aujourd'hui que des hommes et des femmes ont faim et soif, qu'il y a des étrangers, des malades, des prisonniers, des démunis. C'est aujourd'hui et non demain ! Première surprise. Une autre surprise, c'est la surprise générale de tous ceux qui sont là. Les premiers sont tout surpris de faire partie du royaume de Jésus-Christ. Ils s'imaginaient peut-être que pour en faire partie, il fallait obligatoirement faire partie d'un certain monde et se conformer à toute une gamme d'obligations. Les seconds seront tout autant surpris. Ils s'imaginaient faire partie du royaume du Christ sans problème, ils s'imaginaient y avoir droit. Ils n'avaient pas voulu admettre que la pratique religieuse et l'amour de Dieu ne sont qu'évasion s'ils ne poussent pas à aimer nos frères et que la foi en Dieu n'est pas vraie si elle n'est pas intimement liée à la foi en l'homme. En réalité, Dieu est accueilli ou repoussé chaque fois que sont accueillis ou repoussés des hommes et des femmes qui ont besoin des autres. Quel déplacement ! Le visage divin, c'est le visage humain ! Celui de mon voisin, peut-être celui d'un compagnon de travail. Mais aussi le visage de ceux qui ont faim, celui des foules écrasées par la pénurie, le chômage, le travail inhumain, l'oppression des puissants ou des pouvoirs totalitaires. Jésus nous le dit avec force : Dieu n'est pas enfermé derrière des portes de bronze de quelque tribunal d'éternité. Dieu habite la faim, la solitude, la prison, la maladie, le dénuement. Il s'est enfoui dans la vie de la multitude. Son temple, c'est l'humanité souffrante, accablée par toutes les morts et vouée à toutes les résurrections. Le récit du jugement dernier de Matthieu nous pose la question fondamentale qui est de savoir si nos propres critères d'évaluation correspondent bien à ceux du Seigneur. Il nous confronte avec force à ce qui fait la valeur d'une vie humaine aux yeux de Dieu. Toutes les images de ce récit évoquent un contact direct avec des visages démunis et un engagement personnel auprès d'eux. Nous ne serons pas évalués d'abord sur nos compétences, ni sur les chefs-d'uvre que nous laisserons derrière nous, ni sur notre respect des lois, ni même sur l'intensité de nos prières, mais sur nos gestes de vraie compassion. Ce récit du jugement dernier justifie cette vision divine de ce qui fait la valeur d'une vie humaine : en son fils Jésus, Dieu lui-même s'est identifié à ceux qui ont faim et soif, à ceux qui sont étrangers, malades ou prisonniers, à ceux qui sont nus. Il s'est mis dans leur peau. Il a partagé leurs joies et leurs peines. Cette révélation étonne manifestement ceux qui se croyaient les familiers de Dieu. Pourtant le fait est là : Dieu a ressenti avec les démunis la joie d'être secouru. Il a éprouvé avec eux la gratitude pour ceux qui les ont aidés. Par contre, il s'est indigné avec eux devant ceux qui les ont vus croupir dans la misère sans bouger le moindre petit doigt. Pour comprendre la dureté d'une phrase comme : " Allez-vous en loin de moi, maudits dans le feu éternel ", il faut sans doute avoir ressenti dans ses tripes la souffrance extrême de l'exclusion. Il faut avoir eu très mal de l'indifférence de ses semblables. Tel est le Christ . Mais se pose alors la question, suffit-il de payer de sa personne pour être chrétien ? L'altruisme est-il le dernier mot de la révélation chrétienne ? Le mot " amour " est aussi équivoque que le mot " Dieu " et les gestes d'amour sont à ausculter aussi attentivement que les pratiques religieuses. Certains dévouements sont aussi pesants, aussi destructeurs que l'indifférence. Le service d'autrui peut être le moyen et l'excuse pour nous dispenser de la recherche de notre vérité et nous faire oublier le vide de notre existence. Tant de gens ont besoin qu'on ait besoin d'eux ! Pour que l'amour soit authentique, il faut qu'il soit, consciemment ou non, " inspiré ", c'est-à-dire, qu'il naisse à une profondeur où on le reçoit aussi gratuitement qu'on le transmet. La " vraie vie ", la seule vie vivable éternellement, est une qualité d'amour qui rend heureux du bonheur des autres, qui attend tout sans rien exiger, qui nourrit à mesure qu'on se dépense. Jésus décrit cette vie comme une conversion, une nouvelle naissance. Il a vécu cette vie où la pleine relation avec Dieu crée la pleine relation avec l'homme, où Dieu, loin de nous détourner des hommes ou du monde, nous révèle un lieu, une profondeur où la plus chaude fraternité s'établit avec ceux qui nous semblaient le moins hommes. Etre chrétien, c'est comme le Christ, tout donner aux hommes en s'inspirant d'un " plus grand que nous ". Le chrétien n'est pas un homme plus vertueux ou plus généreux qu'un autre : il est quelqu'un qui se sait " habité ". Notre Dieu nous appelle à faire jaillir alors le meilleur de nous-mêmes. André De Staerke
|