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LE ROYAUME DE DIEU ET LA ROYAUTÉ DE JÉSUS


 1. Dans le livre des Actes des Apôtre

    

  2. Dans les lettres des apôtres

3. Dans le livre de l'Apocalypse
Jésus est au centre du Royaume, car il en est le Roi. Les autres écrits du Nouveau Testament, en dehors des évangiles, nous parlent eux aussi du royaume que l'Apocalypse va décrire comme une cité splendide, la Jérusalem nouvelle dont le Christ est le Roi. Voici en survol quelques lieux importants qu'il est possible de relire dans leur contexte général pour en saisir toute la portée.             


1. Dans le livre des Actes des Apôtres
     L'auteur du troisième évangile bâtit le livre des Actes à l'instar de l'évangile lui-même. Pendant les quarante jours qui séparent Pâques de l'Ascension dans les Actes, Jésus, comme lors de sa première annonce après le baptême par Jean, parle à ses apôtres des choses qui concernent le royaume de Dieu. Paul de son côté redira : " J'ai séjourné parmi vous en vous proclamant le Royaume de Dieu " (Ac 20,25). Et à la fin du livre, nous retrouvons Paul à Rome qui annonce le Royaume de Dieu (Ac 28,23).

     Dès le premier kérygme, (c'est-à-dire la première annonce de la résurrection), les apôtres s'attachent à dire que Jésus a été exalté à la droite de Dieu, ce qui correspond à une place de roi. Le vocabulaire de l'exaltation se trouve largement représenté pour exprimer à la fois le fait de la résurrection et le fait que, par elle, Dieu a attiré Jésus à lui pour le faire régner auprès de lui. On se souvient que, pendant la comparution devant le Sanhédrin dans le récit des synoptiques, Jésus répond à la question de grand prêtre : " Désormais le Fils de l'homme siégera à la droite du Dieu puissant " (Luc 22,68; voir aussi Mt 26,44 et Mc 14,62). Étienne le redira lors de sa lapidation : " Je vois … le Fils de l'homme debout à la droite du Très Haut " (Ac 7,56).

     Ces mots font écho au texte du prophète Daniel au sujet du Fils de l'homme " auquel sont données souveraineté, gloire et royauté …et dont la royauté ne sera jamais détruite " (Dn 7,14). La mention de Jésus siégeant à la droite de Dieu, dans de si nombreux textes, prend un aspect extrêmement important aux yeux des premières générations chrétiennes. C'est pourquoi Pierre dira aux Juifs après la Pentecôte : " Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous vous avez crucifié " (Ac 2,36). Il venait de s'appuyer sur le psaume 109 : " Le Seigneur a dit à mon seigneur, siège à ma droite, jusqu'à ce que j'aie fait de tes ennemis l'escabeau de tes pieds " (Ps 110-109, 1).

     Les textes des Actes sur le Royaume ou la Royauté de Jésus signifient deux choses principalement : - l'intronisation de Jésus comme roi est réalisée par la résurrection, le temps du Royaume attendu et promis par Dieu est donc arrivé, - l'exaltation de Jésus ouvre pour ceux qui l'accueillent le temps de ce Royaume. Si l'on parle de l'exaltation de Jésus, de sa résurrection, c'est aussitôt pour dire que c'est "pour nous". Ce qui concerne Jésus nous introduit nous-mêmes dans son règne.

2. Dans les lettres des apôtres.

Le thème de Jésus siégeant à la droite de Dieu est très fréquent également dans les lettres apostoliques. Voyons quelques textes :

" Il faut qu'il règne jusqu'à ce qu'il ait mis toutes choses sous ses pieds... Quand toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous " (1 Co 15,25.28).
" Qui accusera les élus de Dieu ? Dieu qui justifie! Qui condamnera ? Le Christ est mort, bien plus il est ressuscité, qui est assis la droite de Dieu, lui aussi intercède pour nous " (Ro 8,31-34).

     Les lettres aux Éphésiens, aux Philippiens et aux Colossiens contiennent une grande hymne à Dieu et à son Fils, le Christ.

" Lorsque Dieu l'a ressuscité des morts, il l'a fait asseoir à sa droite dans les régions célestes, au-dessus de toute Principauté, Domination, Puissance et Seigneurie, de quelque nom qui se puisse nommer, non seulement dans ce monde-ci mais encore dans le monde à venir. Et il a soumis toutes choses sous ses pieds et il l'a donné comme chef au-dessus de toutes choses à l'Eglise " (Ep 1,20-22).
" Avec joie, rendez grâce au Père qui vous a permis d'avoir part à l'héritage des saints dans la lumière. Il nous a arrachés au pouvoir des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume du Fils bien-aimé en qui nous avons la délivrance et le pardon des péchés " (Col 1,12-13).
" Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d'en haut, là où se trouve le Christ, siégeant à la droite de Dieu. Pensez aux choses d'en haut, non à celles de la terre, car votre vie est cachée avec le Christ en Dieu " (Col 3,1-3).


     Les mots "à la droite de Dieu" constituent donc encore dans les lettres des apôtres, à la fois la résurrection et l'exaltation de Jésus mais aussi pour nous un changement de vie, une espérance ouverte et forte, comme le dit Paul aux Corinthiens :

"… Jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi qui sera détruit c'est la mort, car il a mis toutes choses sous ses pieds " (1 Co 15,25b-27a).

     Mais si le Christ siège auprès de Dieu, tous n'auront pas part à ce Royaume, il est nécessaire de remplir les conditions de vie propres à ce royaume :

" Sachez-le bien, le débauché, l'impur, l'accapareur - ce qui est une idolâtrie - sont exclus de l'héritage dans le Royaume du Christ et de Dieu " (Ep 5,5).

     Si le mot royaume n'est cité que dans la lettre aux Éphésiens, nous voyons bien qu'il s'agit partout de la même réalité, le monde nouveau ouvert pour nous par le Christ ressuscité.

     Nous ne pouvons pas citer tous les textes. Nous en trouvons encore plusieurs dans la lettre aux Hébreux, tous basés sur le Psaume 110 (109). Ils soulignent également les deux aspects de la royauté du Christ : son exaltation et notre salut.

" Rejetons tout fardeau et le péché qui nous accable, courons avec endurance l'épreuve qui nous est proposée et gardons les yeux fixés sur l'initiateur de notre foi qui la conduit à son accomplissement total, Jésus, qui au lieu de la joie qui lui était offerte, a enduré la croix, sans regarder à la honte, et s'est assis à la droite du trône de Dieu" (Hb 12,1-2).

     Ce texte est sous-jacent au refrain invitatoire de l'office monastique de Carême : "Entrons dans le combat de Dieu, les yeux fixés sur Jésus-Christ". Ce refrain nous introduit dans le livre de l'Apocalypse, le grand combat cosmique où Dieu sort vainqueur avec nous pour nous offrir la cité sainte éternelle, le royaume enfin établi.

3. Dans le livre de l'Apocalypse

     L'Apocalypse est un livre codé pour temps de guerre! Pour que l'ennemi ne puisse pas le comprendre ! L'ennemi dont il s'agit à ce moment-là est Rome, la Babylone du livre, symbolisant le mal. Le Royaume, la cité du futur, ne peut être bâtie qu'après une guerre terrible entre les forces du mal - les bêtes monstrueuses décrites dans le texte - et les forces du bien.

" Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône comme moi aussi j'ai remporté la victoire et suis allé siéger avec mon Père sur son trône " (Ap 2,17).

     Pourtant tout au long de ce dur temps de combat, l'auteur nous montre déjà le royaume, le ciel ouvert avec Dieu qui règne avec Jésus, l'Agneau égorgé mais vivant, entouré de ceux qui ont achevé leur combat. Ils chantent la gloire de celui qui les a sauvés :

" Tu as racheté pour Dieu, par ton sang, des hommes de toute tribu, langue ou nation, tu en as fait pour notre Dieu un Royaume et des prêtres et ils règneront sur la terre " (Ap 5,9b-10).
" Alleluia! Car le Seigneur, le Dieu tout-puissant a manifesté son règne. Réjouissons-nous, soyons dans l'allégresse et rendons-lui gloire, car voici les noces de l'Agneau " (Ap 19,6b-7).


Nous découvrons un autre mot pour spécifier ce que Dieu prépare dans son Royaume : les noces de son Fils avec l'humanité. "La fiancée est la cité sainte, la Jérusalem nouvelle,… prête comme une épouse parée pour son époux" (Ap 21,2).

     Les mots bibliques sont des mots humains, donc trop courts pour exprimer les réalités d'en haut. Si la Bible s'ouvre sur un jardin, elle se termine par une ville dont les portes sont toujours ouvertes (Ap 21,25). Cette ville est longuement décrite dans les derniers chapitres de l'Apocalypse, c'est elle le Royaume enfin acquis au bout du long combat de la vie. C'est une cité remplie de beauté et de joie, dont le fondement est le Christ, la lumière est le Christ, le temple est le Christ. Les portes sont les apôtres, elles sont douze comme les douze tribus d'Israël. En elle plus aucun malfaisant. C'est une cité, car c'est la maison commune de tous les frères et sœurs.
Mais ce Royaume que Jésus disait déjà parmi nous, il est cependant celui qui est conquis par un dur combat. Il brille au bout de chemin :

C'est un Royaume où Dieu est Dieu avec nous et nous sommes son peuple. "Il essuiera toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus. Il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, parce que l'ancien monde a disparu… le vainqueur recevra cet héritage et je serai son Dieu et lui sera mon fils". (Ap 21, 3-4.7).

     Au cours de notre vie et de son combat, nous nous écrions avec l'auteur de l'Apocalypse et l'Église : "Maranatha, viens Seigneur Jésus" (Ap 22,20). C'est un Royaume en espérance qu'il nous faut bâtir jour après jour.


M-P. Schùermans