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1 L'annonce du Royaume de Dieu
a)
Les mots pour le dire
Dans les évangiles, il y a plusieurs
expressions équivalentes : Royaume de Dieu, Règne de Dieu,
Royaume des Cieux, Règne des cieux. Le premier message de Jésus
est un message joyeux :
"Le
temps est accompli, le Règne de Dieu s'est approché. Convertissez-vous
et croyez à cette Bonne Nouvelle " (Mc
1,14-15).
Cette heureuse nouvelle est pour lui essentielle.
Il ne cesse de la répéter, par de multiples paraboles il
invite à la découvrir et il invite ses disciples à
en être aussi les messagers; ainsi, au chapitre 10 de Luc, l'envoi
des 72 disciples. Il ne s'agit pas de l'envoi des 'Douze' mais de disciples,
c'est-à-dire ces hommes et ces femmes appelés par Jésus
et qui l'accompagnent. Regardons de près. Lisons-en quelques lignes.
" Après cela, le Seigneur désigna soixante-douze
autres disciples et les envoya deux par deux, devant lui, dans toute ville
ou localité où il devait aller lui-même. Il leur dit
: 'La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux. Priez donc
le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson.
Allez, voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.(
)
Dans quelque maison que vous entriez, dites d'abord : 'Paix à cette
maison'. Et s'il s'y trouve un homme de paix, votre paix ira reposer
sur lui; sinon elle reviendra sur vous. (
) Dans quelque ville que
vous entriez et où l'on vous accueillera, guérissez les
malades qui s'y trouveront et dites-leur : 'Le royaume de Dieu est arrivé
jusqu'à vous'. Mais dans quelque ville que vous entriez et où
l'on ne vous accueillera pas, dites-leur (
) Pourtant sachez-le :
le Règne de Dieu est arrivé " (Lc 10,1
9).
b) Cette
mission vise des personnes et la société et s'accomplit
par action et parole
- La mission vise des personnes : " aller dans les
" maisons " , là où demeurent les personnes, et
y souhaiter la paix, c'est-à-dire la semer, la faire naître.
Cette paix est le bien messianique par excellence, c'est-à-dire
une vie en harmonie profonde avec soi-même, avec les autres, avec
la nature, avec Dieu. Encore faut-il que la paix proposée soit
accueillie en vérité. Sinon le souhait est vain. Mais, si
elle est accueillie et mise en pratique, c'est le signe que le Règne
de Dieu est arrivé (v 9).
- La mission vise aussi la société : "
entrer dans les villes " dit Jésus, atteindre les collectivités.
L'objectif est double : guérir les malades et annoncer la venue
du Royaume.
- La mission s'accomplit aussi par des actes :
Guérir. Chacun sait qu'il n'y a pas que des maladies physiques
et des handicaps. Il y a aussi des maladies psychologiques, (des "
possessions " ), des maladies morales, des maladies spirituelles
et surtout des maladies sociales, comme inégalités, injustice,
exclusions, manque d'emploi, manque de toit, misère, etc. Aujourd'hui
nous savons combien ces maladies sont interdépendantes. La guérison
suppose donc aussi des changements qui améliorent le climat social.
Ainsi savoir que nous sommes aidés par des allocations pour la
santé enlèvent une partie de l'angoisse d'une maladie grave
et est donc déjà un premier pas vers la guérison.
Annoncer. Ce n'est qu'après avoir manifesté la bonne
nouvelle en acte, par la paix et la guérison que vient la Parole
qui en donne le sens profond : " Le Règne de Dieu est arrivé
jusqu'à vous " (Lc 10,9). Si paix et guérisons se réalisent,
c'est le signe de la venue du Royaume des cieux, ici et maintenant. Ainsi
un geste de paix ou de pardon, un sourire, un droit conquis, le vote d'une
loi sociale, des élections démocratiques au Congo, etc
etc.., c'est chaque fois un signe que le Règne de Dieu est arrivé,
ici, maintenant.
- La mission rencontre des difficultés
Jésus avait déjà envisagé la réaction
de " loups " : " Je vous envoie comme des brebis au
milieu des loups " (Lc 10,3). Comme dans les familles (v 6),
un rejet peut se produire dans la société. La réaction
que propose Jésus est non violente : faire remarquer le refus.
Point c'est tout ! Mettre la collectivité devant ses responsabilités.
Mais même s'il y a rejet, le Règne de Dieu est proposé
! Quand même.
c) Quelques réflexions
- Négativement : à aucun endroit dans ce discours
de mission, Jésus ne parle de créer une communauté
chrétienne, de faire naître l'Église, de baptiser.
- Positivement : il est question d'apporter paix et guérison,
d'améliorer la vie des personnes et des collectivités, d'humaniser
ce monde ! C'est vers cela, le Règne de Dieu rendu visible sur
cette terre, que Jésus demande de concentrer les efforts missionnaires.
- Cela veut dire aussi : mettre en place des structures de
paix et de guérison, qui tiendront ce qu'elles tiendront, sachant
qu'à cause des " loups " l'échec est toujours
à envisager...
- Mais ce Royaume, essentiellement éphémère,
est donc toujours à recommencer. Il est si fragile, il dépend
tellement de la bonne volonté des hommes. Les meilleures lois sociales
peuvent être rabotées au nom d'une " saine gestion économique
". Une maladie peut reprendre, comme une injustice, etc. Et n'y a-t-il
pas en chacun une part de " loup " ?
2. Un Royaume qui rend heureux : Les Béatitudes
Selon Matthieu (5,3-5), le premier grand
discours de Jésus, appelé le Sermon sur la montagne, commence
par la proclamation joyeuse : " Heureux les curs de pauvre,
le Royaume de Dieu est à eux ! ". Pas l'Église,
le Royaume.
"Heureux aussi les doux et les affligés".
Dans ces trois premières béatitudes, se trouvant aussi en
Luc (6,20-21), je vois avant tout une exclamation de joie de Jésus.
Ne vient-il pas d'annoncer que le Royaume de Dieu s'est approché?
Et voilà qu'il le voit dans la vie de ces pauvres, de ces petits,
de ces malmenés de Galilée, chez toutes ces personnes qui
ne sont pas meilleures que les autres, bien sûr, mais qui sont en
situation de souffrance. Situation qu'elles n'ont pas recherchée
et qui ne fait pas nécessairement d'elles des disciples ! Néanmoins
quelle chance pour eux ! La chance étant non pas d'être dans
l'épreuve, évidemment, mais que leur épreuve les
entraîne à chercher du secours et donc à entrer en
relations personnelles avec d'autres, avec Dieu. Entrer en relation :
un signe du Royaume.
Cela se comprend mieux dans les lamentations
de Jésus (Lc 6, 24 -25).
"
Hélas pour vous les riches, les repus, les rieurs ! "
Pourquoi hélas? Parce que leur situation
leur fait croire que, pour être heureux, ils n'ont vraiment besoin
de personne ni de Dieu, qu'ils n'ont pas besoin d'entrer en relation.
Vraiment, les riches n'ont pas de chance!
Et c'est pareil dans la deuxième partie
des béatitudes, chez Matthieu (5,7-9). Ce qui fait la chance de
ces miséricordieux, de ces purs, de ces artisans de paix c'est
que ces qualités les poussent à être en relation,
notamment avec ceux qui souffrent, et donc avec Dieu.
Notons que, dans ce premier discours de Jésus, nous découvrons
chez Matthieu (6,9-11), la prière de Jésus :
Notre Père qui es aux cieux,
Que ton nom soit sanctifié,
que ton Règne vienne
ou " Fais venir ton Règne
"
Une fois encore, cette prière de Jésus ne porte pas sur
l'Église ni sur les communautés chrétiennes mais
sur le Royaume...
3. Le Royaume présenté en paraboles
a) L'occasion des paraboles
Saint Matthieu réserve tout le chapitre 13 pour sept paraboles
sur le Royaume des cieux : la semence, l'ivraie, la graine de moutarde,
le levain dans la pâte, le trésor et la perle trouvés,
le filet de pêche. Chaque parabole donne une approche de la réalité
du Royaume. Il y aura d'autres paraboles dans les trois synoptiques, en
Mc, Mt et Lc.
Matthieu n'a pas rassemblé ces sept
paraboles n'importe où dans son évangile. On pourrait dire
ceci : voilà plusieurs mois que Jésus a commencé
l'annonce de la bonne nouvelle, ce joyeux message que le Règne
de Dieu s'est approché. D'emblée il a appelé quelques
disciples à l'accompagner. Mais voilà que ces disciples
ne comprennent plus : comment se fait-il que cette annonce, joyeuse et
extraordinaire, accompagnée de guérisons, faite par quelqu'un
en qui ils pressentent un envoyé de Dieu, comment se fait-il donc
que cette annonce ait si peu d'impact sur le peuple juif et même
suscite des oppositions qui ne cesseront de s'amplifier?
Un même questionnement touchera les
premières communautés chrétiennes persécutées
au premier siècle. Comment Dieu permet-il ces persécutions?
Et comment, de manière générale, la progression du
Royaume reste-t-elle si lente et si discrète? Pour répondre
à cette question éminemment difficile, Jésus choisit
le mode de la parabole.
b) Les paraboles évoquent une réalité
fragile, discrète, éphémère, qui déborde
l'Église
- Une réalité fragile au cur de ce
monde. Une réalité fragile, infiniment discrète et
même cachée (semence, levain, trésor, perle, filet).
Réalité lente, très lente à évoluer,
elle ne bouscule rien; elle n'a rien d'un bulldozer. Pourtant elle contient
en elle une force insoupçonnée, telle qu'elle finira par
l'emporter. Un jour, à la " fin " , cette force va se
manifester (l'épi plein de grains, le moutardier devenu grand,
la pâte levée, le trésor et la perle trouvés,
les bons poissons triés) mais en attendant elle est mélangée
à des forces contraires (ivraie, mauvais poissons) qui, le plus
souvent, semblent les plus fortes.
- Une réalité qui ne s'impose pas.
Le Royaume est insaisissable, discret, sans frontières claires.
Pour se rendre compte de sa présence, il faut des yeux prêts
à le voir, des oreilles prêtes à l'entendre, un cur
prêt à l'accueillir, bien disposé, ouvert. Et l'intelligence
intellectuelle n'a rien à voir là-dedans. Ce Royaume apparaît
en effet discrètement dans le monde et dans l'Église dès
que la Parole (ou pour celles et ceux qui ne se reconnaissent pas du Christ,
la " conscience " ) est reçue, accueillie, écoutée,
concrétisée. Alors naissent des espaces fragiles de liberté,
de paix, de justice, de guérison, de prière. Espaces fragiles,
qui vont, qui viennent, qui naissent, qui meurent... Mais qui un jour
vont gagner.
- Une réalité qui déborde l'Église
Cette réalité ne se confond ni avec l'Église, ni
avec les communautés chrétiennes, qui sont bien visibles,
avec des frontières, une organisation, des lois, une autorité,
dans la durée, etc. Cette réalité ne se confond pas
non plus avec le monde, plein de violences.
Ce que nous pouvons espérer
et à quoi, comme chrétiens, nous sommes invités à
travailler c'est que l'Église et les communauté chrétiennes
soient au service du Royaume. Nous en reparlerons.
4. Les lieux du Royaume de Dieu
Dans l'évangile de Luc (17,20-21),
les pharisiens demandent à Jésus : " Quand donc
vient le Règne de Dieu? " Jésus répond :
"
Le Règne de Dieu ne vient pas comme un fait observable.
On
ne dira pas : 'Le voici' ou 'le voilà'.
En
effet, le Règne de Dieu est parmi vous "
Autre traduction possible : 'il est en vous'.
Cela fait penser à la réponse de Jésus à la
Samaritaine qui, dans l'évangile de Jean (4, 20-24), lui demande
où il convient d'adorer Dieu. Jésus répond :
Le Royaume n'est donc pas situé
dans un lieu, que ce soit le temple, une église, un lieu "
sacré " . On voyait Jésus se déplacer sur les
routes, aller vers (les verbes de mouvement sont innombrables), entrer
dans des maisons, ou à la " maison " , à Capharnaüm,
sans doute chez Pierre. On le voyait au bord de la mer (Mc 2, 13; 3, 7;
5, 1...) ou dans une barque. Le lieu où le Royaume peut se manifester,
c'est notre monde !
5. Les proches ou préférés du Royaume
Ce sont les blessés de la
vie, les enfants qui symbolisent les " petits " , les pauvres,
les " impurs " , toutes et tous exclus du temple, comme les
malades, les infirmes, les lépreux ou malades de la peau, les possédés,
les miséreux, les adultères, celles et ceux qui exerçaient
un métier impur comme collecteurs d'impôts, prostituées,
tanneurs, bergers, éleveurs, transporteurs de marchandises et évidemment
les païens. Et, vu la médecine d'alors, les infirmes et malades
étaient bien plus nombreux qu'aujourd'hui.
Ce Royaume n'est donc pas celui d'un
Dieu particulier, notre Dieu, un Dieu réservé à un
peuple, à une race, à une religion. Il est le Royaume d'un
Dieu universel.
6. Les obstacles au Royaume
Il y en a beaucoup. Rappelons les
images des paraboles dans le chapitre 13 de Matthieu : un sol trop dur,
trop caillouteux, rempli de ronces, l'ivraie semée par l'ennemi...
Le mal est omniprésent. Quand Jésus envoie ses disciples
en mission, il les avertit :
" Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups
" (Lc 10, 3)
Tout en les rassurant :
" Soyez sans crainte, vous valez mieux, vous, que tous les moineaux..."
(Mt 10, 31).
Des images, comme les loups, renvoient
à des réalités très concrètes comme
le " dieu " argent et ses serviteurs, ou la soif du pouvoir
et ses serviteurs. Elles renvoient aussi à l'hypocrisie religieuse,
hypocrisie qui le plus souvent dissimule la soif de dominer.
" Les scribes et les pharisiens siègent dans la chaire
de Moïse, faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent, mais
ne réglez pas sur eux vos actes, car ils disent et ne font pas
(
) Toutes leurs actions, ils les font pour se faire remarquer
des hommes
Ils élargissent leur phylactères (petit
étui contenant des paroles de la Bible et qu'on mettait sur le
front et les bras)
" (Mt 23,2
5)
Ces images renvoient encore à des
traditions religieuses, car celles-ci aussi peuvent s'opposer au Royaume.
Comme cette incroyable tradition qui s'oppose à l'aide aux parents
!!! :
" Moïse a dit : 'Honore ton père et ta mère'
et encore 'celui qui maudit son père ou sa mère sera puni
de mort'. Et vous dites : 'si quelqu'un dit à son père ou
à sa mère : le secours que tu devais recevoir de moi est
corban', c'est-à-dire offrande sacrée, vous lui permettez
de ne rien faire pour son père ou sa mère. Vous annulez
ainsi la parole de Dieu par votre tradition " (Mc 7,1-13).
Ces traditions cachent la Loi, énoncée
par les Dix Paroles, elles coupent du monde, qu'elles excluent en le jugeant
impur. Alors qu'une vraie pureté du cur, un vrai amour, manifeste
l'esprit de la Loi, s'ouvre au monde, l'inclut.
La tentation est partout. Pensons aux tentations de Jésus,
" Jésus, rempli de l'Esprit Saint, revint au Jourdain et
il était dans le désert, tenté par le diable. 'Si
tu es le Fils de Dieu, ordonne à ces pierres de devenir du pain'
Jésus répondit : 'l est écrit : ce n'est pas seulement
de pain que l'homme vivra'. (
) Le diable le conduisit plus haut
et lui fit voir tous les royaumes de la terre en un instant et il lui
dit : 'Je te donnerai tout ce pouvoir avec la gloire des ces royaumes,
parce que c'est à moi qu'il a été remis et je les
donne à qui je veux. Toi donc si tu m'adores, tu l'auras tout entier'
. Mais Jésus répondit : 'l est écrit : tu adoreras
le Seigneur ton Dieu et c'est à lui seul que tu rendras un culte
'" (Mt 4,1-11 et Lc 4,1-13).
7. La mission de l'Église
Durant sa vie publique, on voit
Jésus penser à une communauté qui lui succéderait.
On le voit ainsi appeler, regrouper, éduquer des disciples pour
l'accompagner dans sa mission et lui succéder. Ils auront un jour
la responsabilité de la mission. Et à ce propos, il faut
distinguer entre les moyens et la fin ou entre l'important et l'essentiel.
a) L'essentiel c'est à dire la finalité
de l'Église et de ses communautés
Se mettre au service du monde pour qu'il devienne peu à peu plus
humain, au service donc de la justice, du droit, de la fraternité.
L'Église n'existe donc pas pour elle-même mais pour le Royaume.
Et cela de deux manières, d'égale importance :
- En travaillant à ce que sans cesse naissent en elles et autour
d'elles des petites pousses du Royaume, par des actions en faveur de l'humanisation
de notre société, de notre monde...
- En s'efforçant de découvrir, de mettre en valeur et de
soutenir les pousses du Royaume venues d'ailleurs, d'autres communautés,
religions, d'autres organisations, d'autres personnes, tout en respectant
leur spécificité, notamment de conviction.
Il importe donc que les
communautés d'Église soient nombreuses mais ce n'est pas
l'essentiel. Je ne pense pas que Jésus ait voulu qu'il y ait le
plus possible de chrétiens. Il a voulu que tout être humain
ait l'occasion de rencontrer la Bonne Nouvelle, ce qui est autre chose.
Ce qui est premier c'est que, animée par l'Esprit de Jésus,
chaque communauté chrétienne, fraternité, paroisse,
etc. soit au service du Royaume.
b) L'important, c'est-à-dire les moyens de
l'Église
Je vois deux niveaux de
moyens :
- Les moyens spirituels, comme chacun des sacrements, la liturgie, l'annonce
de la bonne nouvelle, la catéchèse, les différents
types de prière communautaire, l'adoration, les pèlerinages,
les retraites, etc. bref tout ce qui nous invite à vivre dans l'Esprit
de Jésus. Il importe de mettre ces moyens en valeur, que les communautés
soient vivantes !
- Les moyens matériels : sa hiérarchie, son organisation
en diocèses, doyennés, paroisses, communautés diverses,
fraternités, associations, mouvements, services d'Église,
et l'organisation de tout cela, sans oublier l'aspect financier. Tous
ces moyens sont importants, évidemment mais à nouveau ils
ne sont pas une fin en soi.
Je crois que cette distinction
entre l'important et l'essentiel, entre les moyens et la fin est une clé
pour comprendre le sens de l'Église et son rôle.
Un témoignage du Royaume vécu : le Frère Charles
de Foucauld
Je ne suis pas un connaisseur de Frère Charles. Néanmoins,
dans ce travail sur le Royaume, j'ai très souvent pensé
à lui et à ses priorités de vie. J'ai été
notamment frappé combien sa priorité fut de " fréquenter
son bien-aimé Frère et Seigneur Jésus " dans
la prière et les évangiles et de le faire connaître,
et pour cela de s'ouvrir à tous et surtout aux plus délaissés.
Il parle peu de l'Église. Bien sûr, vouloir créer
des communautés de frères c'est implanter des lieux d'Église
mais il me semble que sa priorité n'était pas là.
Il est en tout cas en décalage avec les nombreuses initiatives
missionnaires d'alors.
Je vous livre ici quelques citations
(1) parmi d'innombrables possibles.
* De Petite Sur Annie de Jésus, (page 21) :
" Frère Charles choisit de s'établir en Algérie,
dans l'oasis saharienne de Béni-Abbès, proche de la frontière
marocaine. En bordure de cette oasis, il construit non pas un ermitage
mais une fraternité, c'est-à-dire une maison dont la porte
reste toujours ouverte pour accueillir fraternellement tous les habitants
de ce coin de désert : chrétiens, musulmans, juifs... Il
veut devenir leur frère, leur ami ".
* De la même, (page 23) : Dès qu'il le peut, il gagne le
Hoggar, massif montagneux où résident les tribus touarègues.
Il y arrive avec un convoi militaire. Il écrit :
" (Les Touaregs) sauront-ils séparer entre les soldats et
les prêtres, voir en nous des serviteurs de Dieu, ministres de paix
et de charité, frères universels? Je ne sais..."
* Cité par le Petit Frère Antoine Chatelard, (page 55 :
Charles de Foucauld), écrit en 1916 :
" Aimer le prochain, c'est-à-dire tous les humains, comme
nous-mêmes, c'est faire du salut des autres comme du nôtre,
l'uvre de notre vie. Nous aimer les uns les autres comme Jésus
nous a aimés, c'est faire du salut de toutes les âmes, l'uvre
de notre existence, en donnant au besoin notre sang pour lui, comme l'a
fait Jésus ".
* Du Père Guy Lescanne, (page 69) : quelques semaines avant la
mort du Fère Charles, on retrouve dans ses notes son attachement
fondamental à Nazareth. Il écrit :
" Jésus vint à Nazareth, le lieu de la vie cachée,
de la vie ordinaire, de la vie de famille, de prière, de travail,
d'obscurité, de vertus silencieuses pratiquées sans autre
témoin que Dieu, ses proches, ses voisins ".
* Carlo Caretto, (page 71) cite Frère Charles :
" Je veux un couvent petit comme la maisonnette d'un ouvrier qui
n'est pas sûr de trouver demain du travail et du pain et qui participe
de tout son être à la souffrance du monde. Oh ! Jésus,
un couvent comme la maison de Nazareth, pour m'anéantir, pour disparaître,
comme tu l'as fait toi-même lorsque tu es venu parmi nous ".
* Le Petit Frère Antoine Chatelard note pas moins de 7 ouvrages
du Frère Charles sur la culture touarègue, formant un ensemble
de 6000 pages imprimées. Il écrit (page 73) : " Les
nombreuses biographies de Charles de Foucauld ont toutes mentionné
son oeuvre linguistique et on connaît au moins l'existence de son
fameux lexique touareg-français. Pourtant combien ignorent encore
la place réelle de ce travail qui a occupé les journées
au rythme de 10h45 pendant les onze dernières années de
sa vie ".
* Mgr Claude Dagens, évêque d'Angoulème écrit
(page 85) :
" Je me situe simplement dans la ligne de ceux qui reconnaissent
en Charles de Foucauld un don de Dieu pour le renouveau de la mission
chrétienne. On doit seulement constater qu'il a fallu un siècle
pour que ce don devienne une évidence. Raison de plus pour comprendre
à frais nouveaux de quoi ce don est porteur pour les temps qui
viennent et ce que nous dit Charles de Foucauld au sujet de la mission
chrétienne. Je me risquerai à le préciser en trois
temps : La mission n'est pas une stratégie mais une forme de vie.
Cette forme de vie est inséparable d'une expérience de Dieu.
Cette expérience de Dieu inspire une présence aux autres
".
" Le Règne de Dieu est parmi nous " (Lc 17,21).
Vraiment, le Règne de Dieu
a rayonné par Charles de Foucauld.
Henri Weber
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