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Le Chemin du Règne de Dieu dans le Premier Testament
 1.Au Moyen- Orient ancien
      2.En Israël dans le livre des Juges
  3. Dans livre de Samuel
      4. Dans les livres consacrés aux rois
  5. Dans la mouvance prophétique
       6. Dans le Livre des Psaumes
             Les paraboles de l'Evangile nous ont habitués aux mots "Règne de Dieu" ou Royaume de Dieu". Qu'es est-il dans le Premier Testament ? Jésus a-t-il innové en prononçant ces mots ou bien a-t-il repris et mené à leur pleine épanouissement des notions présentes dans son peuple ? C'est ce que nous allons découvrir.

Introduction
Cet article n'est pas exhaustif, il ressemble à un chemin de grande randonnée qui permet de s'arrêter aux lieux principaux dont les horizons s'ouvrent largement. Il est malaisé de dater les textes et donc de situer les différents regards sur la royauté selon un ordre chronologique. Pour les découvrir, il est éclairant de les présenter un à un, en respectant leurs divergences. Nous les lirons suivant l'ordre que la Bible en donne.
1. Au Moyen-Orient ancien
       Dans tous les pays du Moyen-Orient, tels qu'ils se découvrent à l'historien et à l'archéologue, les peuples donnaient à un de leurs dieux le titre de roi, soit comme créateur, soit comme vainqueur de leurs ennemis, en tous les cas comme un être de toute-puissance. Il en est ainsi de Marduk à Babylone, de Rè en Égypte, de El à Ugarit (ancienne cité dans la Syrie actuelle, au faîte au 12e s. av. JC), ou encore de Baal victorieux des forces du mal symbolisées par la mer.
       Le titre de roi donné aux humains s'adresse tant aux petits chefs d'une ville et de ses alentours qu'à des rois puissants comme à Ninive ou Babylone. Mais toujours le titre signifie un certain pouvoir au-dessus des autres, une force qui se manifeste par des victoires sur les ennemis.        Ces rois humains s'appuyaient sur le dieu-roi qui les investissait, les soutenait, garantissait leur pouvoir. Religion et politique se mêlaient étroitement.
2. En Israël dans le livre des Juges
       Avant de devenir un peuple, Israël était formé par des tribus plus ou moins sédentarisées, telles qu'on peut les découvrir dans le livre des Juges. Lors de leur sédentarisation, elles avaient conservé une forme de société plus égalitaire, avec un chef de clan à leur tête.
             " En ce temps-là, il n'y avait pas de roi en Israël, chacun faisait ce qui lui plaisait " (Jg 17,6).
       Une telle phrase témoigne d'un temps où chaque tribu faisait ce qui lui plaisait. Les alliances se nouaient et se dénouaient au gré des événements, des dangers ou des intérêts. En cas d'agression, Dieu suscitait un juge, qui prenait la tête d'une petite coalition et libérait la tribu du joug de l'ennemi. Les Israélites étaient réfractaires à l'idée d'un roi investi d'une autorité durable, d'un pouvoir héréditaire :
             " Les hommes d'Israël dirent à Gédéon (qui venait de les délivrer de Madian) : 'Sois notre roi, toi-même puis ton fils puis les fils de tes fils après toi, car tu nous as sauvés de la main de Madian'; Gédéon leur dit : 'Ce n'est pas moi qui serai votre roi, ni mon fils. Que le Seigneur soit votre roi!'… " (Jg 8,22-23).
       Nous retrouverons souvent cette tendance à rejeter la royauté humaine comme dangereuse et opposée à la Royauté de Dieu.
3. Dans le livre de Samuel
       Samuel est le dernier des Juges. Il apparaît tout autant comme prêtre à Silo et comme prophète, un "voyant", comme on disait alors (1S 9,9).
         En ce temps-là, le danger pour Israël venait de la part des Philistins, peuple qui avait envahi la côte et cherchait à s'étendre à tout le pays. Israël avait subi de cuisantes défaites. Samuel l'avait encouragé et mené à la victoire, en lui demandant de prendre le parti de Dieu et de rejeter toutes les idoles.
        Quand Samuel devint vieux et comme ses fils ne marchaient pas droit, tous les anciens d'Israël vinrent trouver Samuel et lui dirent :
             " Te voilà devenu vieux et tes fils ne marchent pas sur tes traces. Maintenant donne-nous un roi pour nous juger comme toutes les nations " (1 S 8,5)" Les hommes d'Israël dirent à Gédéon (qui venait de les délivrer de Madian) : 'Sois notre roi, toi-même puis ton fils puis les fils de tes fils après toi, car tu nous as sauvés de la main de Madian'; Gédéon leur dit : 'Ce n'est pas moi qui serai votre roi, ni mon fils. Que le Seigneur soit votre roi!'… " (Jg 8,22-23).
       Cette demande déplut fortement à Samuel. C'était à la fois le rejeter lui et s'aligner sur les nations païennes. Il s'adressa donc au Seigneur qui lui dit :
             " Écoute la voix du peuple en tout ce qu'ils te diront. Ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est moi. Ils ne veulent plus que je règne sur eux (…) mais ne manque pas de les avertir, apprends-leur comment gouvernera le roi qui règnera sur eux! " (1 S 8, 7…9). Samuel alors dit au peuple : 'Voici le droit du roi qui va régner sur vous. Il prendra vos fils et les affectera à sa charrerie et à ses chevaux et ils courront devant son char. Il les emploiera comme chefs de millier et comme chefs de cinquante. Il leur fera labourer ses champs et moissonner sa moisson, fabriquer ses armes de guerre et les harnais de ses chevaux. Il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières et boulangères. Il prendra vos champs et vos vignes et vos oliveraies les meilleurs et les donnera à ses officiers. (…) Il prélèvera une dîme et la donnera à ses eunuques et à ses officiers. (…) Vous-mêmes deviendrez ses esclaves. Ce jour-là vous pousserez des cris à cause du roi que vous avez choisi, mais le Seigneur ne vous répondra pas en ce jour-là' (1S 8,10…18).
                 "Mais le peuple refusa d'écouter Samuel et dit : 'Non, nous aurons un roi, nous aussi comme toutes les nations, notre roi nous jugera, il sortira à notre tête et combattra nos combats' … " (1S 8,19-20).
     Les mots de cette réponse font surgir dans la mémoire l'épisode du veau d'or dans le désert. Là aussi le peuple voulait " un dieu qui marche à leur tête pour le combat " (Ex 32,2). Ces textes montrent ce que le peuple attend du roi, - protecteur, chef de guerre, roi comme les autres nations, - et non ce que le peuple est prêt à réaliser pour le royaume. Il semble bien qu'affirmer que Dieu est roi manifeste d'abord le même souhait : 'Nous avons besoin de son secours, nous en attendons beaucoup', nous et non d'abord 'voilà ce que nous nous engageons à accomplir pour qu'advienne le royaume'.

4. Dans les livres consacrés aux rois
     Israël a donc eu son roi! Les textes du livre de Samuel nous affirment que Saül, puis David et Salomon, ont été choisis par Dieu; ils sont donc responsables devant lui, ils sont ses lieutenants, leur royaume est celui de Dieu.
Mais la politique a pris le dessus, et cela tout au long de l'histoire de la royauté. Les livres des Rois nous parlent de deux royaumes, celui du Nord et celui du Sud, car Israël est à nouveau divisé après le règne de Salomon. Les textes n'épargnent guère les rois. Ils en disent les combats, les richesses, les idoles. Seuls Ézéchias et Josias trouvent grâce à leurs yeux. Les victoires et les défaites sont expliquées par la fidélité ou la trahison vis-à-vis du Seigneur. On peut dire d'eux, ce que le second livre des Rois dit de certains :
               " Akasias suivit le chemin de la maison d'Achaz (roi d'Israël), et fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur " (2R 8,27). " Il (Zacharie roi d'Israël) fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur. Il ne s'écarta pas des péchés que Jéroboam, fils de Nevat, avait fait commettre à Israël " (2R 15,9).
     Même si le refrain ne revient pas pour chaque roi, la description des faits et gestes des rois exprime leur infidélité et celle du peuple sur lequel ils régnaient. Ainsi se termina le royaume d'Israël. Il en fut de même pour le royaume de Juda, plus d'un siècle plus tard :
               " Cela (la déportation) arriva parce que les Israélites avaient péché contre le Seigneur leur Dieu, qui les avait fait monter du pays d'Égypte, les soustrayant à l'emprise de Pharaon roi d'Égypte. Ils adorèrent d'autres dieux, ils suivirent les coutumes des nations " (2R 17,7).

5. Dans la mouvance prophétique
a
)Sous la royauté
     Tant que dura la royauté, Dieu envoya des prophètes. Hors d'Israël, le Moyen-Orient connaissait aussi des prophètes auprès des rois, mais nous en savons peu de choses. Étaient-ce ces " sages " ou ces " anciens " ou ces " conseillers " dont parlent certains textes ? Les prophètes d'Israël prennent cependant une place à part. Ils ont conscience d'être envoyés et parlent de la part de Dieu. Nous possédons leurs traces dans les livres des rois, nous possédons d'eux des écrits qui leur sont attribués. Ils sont présents tant en Juda, royaume du sud, qu'en Israël, royaume du nord.
     Les livres des Rois nous racontent la geste d'Élie et d'Élisée et nous possédons les livres d'Amos et d'Osée : quatre prophètes du nord. Michée, Ésaïe ou Jérémie sont les plus célèbres du royaume du sud avant l'exil. Pendant l'exil, c'est Jérémie et Ézéchiel qui annoncent la parole de Dieu. D'autres viendront après l'exil.
     Tous ces prophètes, parlant aux rois, parlent-ils du royaume ? Beaucoup se sont élevés face aux rois et aux puissants, ils leur ont reproché leur infidélité à Dieu par l'idolâtrie, entraînant les membres du peuple à agir comme eux. Oui, les rois oubliaient Dieu, oubliaient ses lois. Par leurs actions, ils entraînaient aussi le peuple à être infidèle et ils n'étaient plus des lieutenants d'un royaume qui appartient à Dieu, malgré l'onction qui leur était conférée de sa part. Par le biais des critiques de ces prophètes nous pouvons rejoindre ceux-ci dans notre recherche sur le royaume.
     
Parce que les rois ne répondaient pas à leur vocation, certains prophètes annoncent alors un autre roi qui, lui, sera fidèle et fera régner la paix. Ainsi commence à prendre forme l'attente messianique.
                " Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, sur les habitants du sombre pays, une lumière a resplendi. Tu as multiplié leur allégresse, tu as fait éclater leur joie (…)Toute chaussure de combat, tout manteau roulé dans le sang seront brûlés (…) Car un enfant nous est né, un fils nous est donné. Il a reçu l'empire sur ses épaules. On lui donne ce nom 'Conseiller merveilleux, Dieu-fort, Père éternel, Prince de la paix.' Étendu est son empire dans une paix infinie pour le trône de David et sa royauté qu'il établira et affermira dans le droit et la justice. Dès maintenant et pour toujours. L'amour jaloux du Seigneur Sabaot fera cela " (Es 9,1-6).  
     L'attente du roi messianique exprime l'espérance qu'un jour, enfin, un royaume de paix, de justice et de bonheur puisse advenir.
Les paroles du prophète Ésaïe manifestent à la fois la sainteté du Seigneur et l'exigence pour le roi et le peuple de répondre par la fidélité à la sainteté de Dieu.
     Ce n'est pas le lieu de relire en entier ce merveilleux texte de la vocation d'Ésaïe dont nous ne donnons que les premiers versets. Le roi est mort, Dieu se révèle dans la majesté de sa propre royauté. La scène se passe dans le temple, la maison où Dieu réside, mais la terre entière est remplie de sa gloire et constitue donc son royaume. Oui, après la mort des rois viendra, un jour, un autre royaume, celui de Dieu.
              " L'année de la mort du roi Osias, je vis le Seigneur assis sur un trône élevé. Sa traîne emplissait le temple… Les Séraphins se criaient l'un à l'autre ' Saint, Saint, Saint est le Seigneur tout- puissant. Sa gloire remplit la terre' " (Es 6,1…3).

b) Lors de l'exil de Juda
Les promesses des prophètes ont marqué profondément le peuple et lui ont permis de reprendre espérance dans le désespoir de l'exil. De nouveaux prophètes ont pris le relais. Comme Israël n'avait plus ni roi ni temple, ni terre, l'image que les prophètes utilisent alors n'est plus le " roi " mais plutôt le berger. Le royaume est remplacé par un pâturage de paix. Les rois ont failli à leur tâche, ils ont entraîné Israël au malheur. Dieu va reprendre la situation en mains, il sera leur berger et déléguera son pouvoir à un berger de son choix, à l'image de son serviteur David                :" La Parole du Seigneur me fut adressée : 'Prophétise, fils d'homme, prophétise. Tu leur diras : 'Bergers, ainsi parle le Seigneur : Malheur aux bergers d'Israël qui se paissent eux-mêmes. Les bergers ne doivent-ils pas paître le troupeau ? Vous vous êtes nourris de lait, vous vous êtes vêtus de laine, vous avez sacrifié les brebis les plus grasses mais vous n'avez pas fait paître mon troupeau. Vous n'avez pas fortifié la chétive, soigné celle qui était malade, pansé celle qui était blessée. Vous n'avez pas ramené celle qui s'était égarée, cherché celle qui était perdue. Mais vous les avez régentées avec violence et dureté. Elles se sont dispersées faute de pasteur pour devenir la proie de toute bête sauvage. Elles se sont dispersées. Mon troupeau erre partout sur les montagnes et sur les collines élevées. Mon troupeau est dispersé sur toute la surface de la terre. Eh bien! Bergers, écoutez la Parole du Seigneur. Par ma vie, parole du Seigneur, je le jure (…) je vais prendre à partie les bergers. Je leur reprendrai mon troupeau (…) Voici que j'aurai soin moi-même de mon troupeau (…) je susciterai, pour le mettre à leur tête, un berger qui les fera paître, mon serviteur David : c'est lui qui les fera paître et sera pour eux un berger. Moi, le Seigneur, je serai pour eux un Dieu et mon serviteur David sera prince au milieu d'eux. Moi, le Seigneur, j'ai dit. Je ferai une alliance avec eux " (Ez 34,2…24).
L'arc de guerre sera supprimé. Il proclamera la paix pour les nations. Sa domination ira de la mer à la mer et du fleuve jusqu'au bout de la terre " (Za 9,8-10).
     Le nom " roi " ne sera plus attribué qu'à Dieu seul. Le Messie attendu, le serviteur de Dieu David, les fera paître, sera un berger entièrement pour eux. Rares sont les textes qui l'appellent " roi " . Pourtant voici ce que dit Zacharie :
                  " Exulte de toutes tes forces, fille de Sion. Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem. Voici que ton roi vient à toi, humble et monté sur une ânesse. Il supprimera d'Ephraïm la charrerie et de Jérusalem les chevaux. L'arc de guerre sera supprimé. Il proclamera la paix pour les nations. Sa domination ira de la mer à la mer et du fleuve jusqu'au bout de la terre " (Za 9,8-10).   
     Pour ces prophètes donc il semble que le Royaume de Dieu ne puisse s'établir par les seules forces humaines. Ce Règne ne sera pas un Règne politique mais un Règne de justice et de paix. Plus que dans les livres bibliques précédemment, la perspective de ce Règne est double, c'est celle de Dieu, qui n'est pas domination des hommes mais justice et paix, et celle des humains qui y sont impliqués. Le rôle politique des rois n'a pas pu permettre à Dieu de fonder son Royaume, car ils ont perverti la fidélité. Pas de Règne de Dieu sans fidélité de la part d'Israël suivant la Loi de justice que Dieu lui a donnée.

6. Dans le livre des Psaumes
     Bien des psaumes reflètent les proclamations des prophètes. Ils disent que " Dieu règne ".
                   " Que l'on sache que Dieu règne sur Jacob " (Ps 59,14)

     Mais c'est surtout aux psaumes du Règne de Dieu 93 à 100 (92 à 99) que nous nous attacherons. Le Psaume 93 (92) est intéressant pour nous. Il débute par ces mots Dieu règne. Puis il exprime que Dieu, pour se faire connaître, se vêt de magnificence, oui, Dieu doit se vêtir pour se donner à connaître, il a revêtu sa force. Son trône est un trône éternel. Sa royauté ne finira jamais. Le psaume exalte sa puissance, mais il se termine par ces mots : " Ses volontés sont vraiment immuables, la sainteté s'attache à sa maison pour la suite des jours " . Il n'est pas seulement question de la grandeur de Dieu mais de son désir de voir régner les lois de justice qu'il a données à son peuple comme lois de son royaume. Le peuple a partie liée à cette royauté.
                " D'âge en âge on vantera tes œuvres, on proclamera tes exploits. … On rappellera tes immenses bontés, tous acclameront ta justice. Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour… Que tes fidèles te bénissent, qu'ils disent la gloire de ton règne, annonçant aux hommes tes exploits, la gloire et l'éclat de ton règne. Ton règne, un règne éternel, ton empire pour les âges des âges ". (Ps 14, 144,4…15).
     
Dans le Psaume 96 (95), cette royauté s'étend à l'univers, toutes les nations sont invitées, le peuple est appelé à leur dire cette royauté de Dieu. Allons dire aux nations : Dieu règne. Il jugera le monde avec justice et les peuples selon sa fidélité. Nous trouvons les mêmes accents dans le Psaume 98 (97). Dieu s'est souvenu de son amour et de sa fidélité envers la maison d'Israël et toutes les nations ont vu le salut de notre Dieu. Le royaume de Dieu, dans ces psaumes, comporte donc un universalisme qui n'est guère présent ailleurs sinon par exemple dans la finale d'Ésaïe. Mais c'est le peuple de Dieu qui est chargé de le faire connaître aux nations. Dans un psaume de louange, cet aspect est bien souligné :

En conclusion
     
Dans le Premier Testament, il est difficile de parler du "Royaume de Dieu " comme le fera le Nouveau Testament. Cependant bien des textes affirment la Royauté de Dieu sur son peuple et, par lui, sur tous les peuples de la terre. Parler du Royaume ou du Règne de Dieu exprime d'abord la puissance et la grandeur de Dieu dans la création, dans le monde. Le Règne regarde seulement Dieu. Le peuple le redit par sa volonté de louange. Mais lorsque paraissent des rois en Israël, la situation se renouvelle. Les rois avaient pour mission de représenter la royauté de Dieu, sa domination sur son peuple. Mais devant leurs égarements, cette mission, qui n'est pas menée à bien, suscite le désir d'un vrai roi qui ne leur ressemble pas.
     Israël comprend alors que la royauté de Dieu est une histoire à deux : Dieu et son peuple. Dieu d'une part a besoin de son peuple pour se faire connaître, et d'autre part son règne se veut un règne de paix et de justice, le peuple ne peut faire connaître la royauté de Dieu qu'en lui étant fidèle, en faisant régner la paix et la justice lui aussi. Alors seulement le peuple pourra témoigner de la royauté de Dieu qui est un règne " pour les êtres humains " et non un règne "pour la gloire personnelle de Dieu ".
     C'est ainsi que s'ouvre la reconnaissance de ce que pourrait être le Règne de Dieu, si tous dans le peuple s'y mettaient. Cependant les textes expriment souvent la venue du Règne de Dieu comme un avenir, comme l'irruption de la nouveauté ou la transformation du monde tel qu'on le connaît. Nous sommes loin des images de lente germination que souligneront les paraboles. Cet aspect est présent cependant dans plusieurs textes prophétiques mais qui ne parlent pas directement du Règne de Dieu. Par exemple quand Ésaïe parle du " petit reste " à partir duquel le peuple va renaître (És 6,13), du " germe " qui deviendra beauté et gloire (És 4,2). Ou quand Ézéchiel parle de la branche arrachée au grand arbre qui va devenir elle-même un cèdre magnifique (Éz 17,22).
     
Ceci n'est qu'une courte étude sur le Premier Testament. Nous y découvrons surtout la pensée d'Israël sur son Dieu, plus grand que tous les dieux, son Dieu qui règne sur lui et sur le monde. Mais par certains prophètes se dessine déjà une autre perspective : le rôle du peuple de Dieu, le rôle des êtres humains dans l'édification du Royaume voulu par Dieu. Les articles suivants souligneront d'autres aspects dans la perspective du Nouveau Testament.                                                                 
                                                                               Marie-Philippe Schùermans