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Introduction
Cet article n'est pas exhaustif,
il ressemble à un chemin de grande randonnée qui permet
de s'arrêter aux lieux principaux dont les horizons s'ouvrent largement.
Il est malaisé de dater les textes et donc de situer les différents
regards sur la royauté selon un ordre chronologique. Pour les découvrir,
il est éclairant de
les présenter un à un, en respectant leurs divergences.
Nous les lirons suivant l'ordre que la Bible en donne.
1. Au
Moyen-Orient ancien
Dans tous les pays du Moyen-Orient,
tels qu'ils se découvrent à l'historien et à l'archéologue,
les peuples donnaient à un de leurs dieux le titre de roi, soit
comme créateur, soit comme vainqueur de leurs ennemis, en tous
les cas comme un être de toute-puissance. Il en est ainsi de Marduk
à Babylone, de Rè en Égypte, de El à Ugarit
(ancienne cité dans la Syrie actuelle, au faîte au 12e s.
av. JC), ou encore de Baal victorieux des forces du mal symbolisées
par la mer.
Le titre de roi donné
aux humains s'adresse tant aux petits chefs d'une ville et de ses alentours
qu'à des rois puissants comme à Ninive ou Babylone. Mais
toujours le titre signifie un certain pouvoir au-dessus des autres, une
force qui se manifeste par des victoires sur les ennemis. Ces
rois humains s'appuyaient sur le dieu-roi qui les investissait, les soutenait,
garantissait leur pouvoir. Religion et politique se mêlaient étroitement.
2. En Israël dans le livre des Juges
Avant de devenir un peuple,
Israël était formé par des tribus plus ou moins sédentarisées,
telles qu'on peut les découvrir dans le livre des Juges. Lors de
leur sédentarisation, elles avaient conservé une forme de
société plus égalitaire, avec un chef de clan à
leur tête.
"
En ce temps-là, il n'y avait pas de roi en Israël, chacun
faisait ce qui lui plaisait " (Jg 17,6).
Une telle phrase témoigne
d'un temps où chaque tribu faisait ce qui lui plaisait. Les alliances
se nouaient et se dénouaient au gré des événements,
des dangers ou des intérêts. En cas d'agression, Dieu suscitait
un juge, qui prenait la tête d'une petite coalition et libérait
la tribu du joug de l'ennemi. Les Israélites étaient réfractaires
à l'idée d'un roi investi d'une autorité durable,
d'un pouvoir héréditaire :
"
Les hommes d'Israël dirent à Gédéon (qui venait
de les délivrer de Madian) : 'Sois notre roi, toi-même puis
ton fils puis les fils de tes fils après toi, car tu nous as sauvés
de la main de Madian'; Gédéon leur dit : 'Ce n'est pas moi
qui serai votre roi, ni mon fils. Que le Seigneur soit votre roi!'
" (Jg 8,22-23).
Nous retrouverons souvent cette
tendance à rejeter la royauté humaine comme dangereuse et
opposée à la Royauté de Dieu.
3. Dans le livre de Samuel
Samuel est le dernier des Juges.
Il apparaît tout autant comme prêtre à Silo et comme
prophète, un "voyant", comme on disait alors (1S 9,9).
En ce temps-là,
le danger pour Israël venait de la part des Philistins, peuple qui
avait envahi la côte et cherchait à s'étendre à
tout le pays. Israël avait subi de cuisantes défaites. Samuel
l'avait encouragé et mené à la victoire, en lui demandant
de prendre le parti de Dieu et de rejeter toutes les idoles.
Quand Samuel devint vieux
et comme ses fils ne marchaient pas droit, tous les anciens d'Israël
vinrent trouver Samuel et lui dirent :
"
Te voilà devenu vieux et tes fils ne marchent pas sur tes traces.
Maintenant donne-nous un roi pour nous juger comme toutes les nations
" (1 S 8,5)" Les hommes d'Israël dirent à
Gédéon (qui venait de les délivrer de Madian) : 'Sois
notre roi, toi-même puis ton fils puis les fils de tes fils après
toi, car tu nous as sauvés de la main de Madian'; Gédéon
leur dit : 'Ce n'est pas moi qui serai votre roi, ni mon fils. Que le
Seigneur soit votre roi!'
" (Jg 8,22-23).
Cette demande déplut
fortement à Samuel. C'était à la fois le rejeter
lui et s'aligner sur les nations païennes. Il s'adressa donc au Seigneur
qui lui dit :
"
Écoute la voix du peuple en tout ce qu'ils te diront. Ce n'est
pas toi qu'ils rejettent, c'est moi. Ils ne veulent plus que je règne
sur eux (
) mais ne manque pas de les avertir, apprends-leur comment
gouvernera le roi qui règnera sur eux! " (1 S 8, 7
9).
Samuel alors dit au peuple : 'Voici le droit du roi qui va régner
sur vous. Il prendra vos fils et les affectera à sa charrerie et
à ses chevaux et ils courront devant son char. Il les emploiera
comme chefs de millier et comme chefs de cinquante. Il leur fera labourer
ses champs et moissonner sa moisson, fabriquer ses armes de guerre et
les harnais de ses chevaux. Il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières
et boulangères. Il prendra vos champs et vos vignes et vos oliveraies
les meilleurs et les donnera à ses officiers. (
) Il prélèvera
une dîme et la donnera à ses eunuques et à ses officiers.
(
) Vous-mêmes deviendrez ses esclaves. Ce jour-là vous
pousserez des cris à cause du roi que vous avez choisi, mais le
Seigneur ne vous répondra pas en ce jour-là' (1S 8,10
18).
"Mais
le peuple refusa d'écouter Samuel et dit : 'Non, nous aurons un
roi, nous aussi comme toutes les nations, notre roi nous jugera, il sortira
à notre tête et combattra nos combats'
"
(1S 8,19-20).
Les mots de cette réponse font surgir
dans la mémoire l'épisode du veau d'or dans le désert.
Là aussi le peuple voulait " un dieu qui marche à leur
tête pour le combat " (Ex 32,2). Ces textes montrent ce que
le peuple attend du roi, - protecteur, chef de guerre, roi comme les autres
nations, - et non ce que le peuple est prêt à réaliser
pour le royaume. Il semble bien qu'affirmer que Dieu est roi manifeste
d'abord le même souhait : 'Nous avons besoin de son secours, nous
en attendons beaucoup', nous et non d'abord 'voilà ce que nous
nous engageons à accomplir pour qu'advienne le royaume'.
4. Dans les livres consacrés aux
rois
Israël a donc eu son roi! Les textes
du livre de Samuel nous affirment que Saül, puis David et Salomon,
ont été choisis par Dieu; ils sont donc responsables devant
lui, ils sont ses lieutenants, leur royaume est celui de Dieu.
Mais la politique a pris le dessus, et cela tout au long de l'histoire
de la royauté. Les livres des Rois nous parlent de deux royaumes,
celui du Nord et celui du Sud, car Israël est à nouveau divisé
après le règne de Salomon. Les textes n'épargnent
guère les rois. Ils en disent les combats, les richesses, les idoles.
Seuls Ézéchias et Josias trouvent grâce à leurs
yeux. Les victoires et les défaites sont expliquées par
la fidélité ou la trahison vis-à-vis du Seigneur.
On peut dire d'eux, ce que le second livre des Rois dit de certains :
"
Akasias suivit le chemin de la maison d'Achaz (roi d'Israël),
et fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur " (2R 8,27). "
Il (Zacharie roi d'Israël) fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur.
Il ne s'écarta pas des péchés que Jéroboam,
fils de Nevat, avait fait commettre à Israël " (2R
15,9).
Même si le refrain ne revient pas
pour chaque roi, la description des faits et gestes des rois exprime leur
infidélité et celle du peuple sur lequel ils régnaient.
Ainsi se termina le royaume d'Israël. Il en fut de même pour
le royaume de Juda, plus d'un siècle plus tard :
"
Cela (la déportation) arriva parce que les Israélites
avaient péché contre le Seigneur leur Dieu, qui les avait
fait monter du pays d'Égypte, les soustrayant à l'emprise
de Pharaon roi d'Égypte. Ils adorèrent d'autres dieux, ils
suivirent les coutumes des nations " (2R 17,7).
5. Dans la mouvance prophétique
a)Sous la royauté
Tant que dura la royauté, Dieu envoya
des prophètes. Hors d'Israël, le Moyen-Orient connaissait
aussi des prophètes auprès des rois, mais nous en savons
peu de choses. Étaient-ce ces " sages " ou ces "
anciens " ou ces " conseillers " dont parlent certains
textes ? Les prophètes d'Israël prennent cependant une place
à part. Ils ont conscience d'être envoyés et parlent
de la part de Dieu. Nous possédons leurs traces dans les livres
des rois, nous possédons d'eux des écrits qui leur sont
attribués. Ils sont présents tant en Juda, royaume du sud,
qu'en Israël, royaume du nord.
Les livres des Rois nous racontent la geste
d'Élie et d'Élisée et nous possédons les livres
d'Amos et d'Osée : quatre prophètes du nord. Michée,
Ésaïe ou Jérémie sont les plus célèbres
du royaume du sud avant l'exil. Pendant l'exil, c'est Jérémie
et Ézéchiel qui annoncent la parole de Dieu. D'autres viendront
après l'exil.
Tous ces prophètes, parlant aux rois,
parlent-ils du royaume ? Beaucoup se sont élevés face aux
rois et aux puissants, ils leur ont reproché leur infidélité
à Dieu par l'idolâtrie, entraînant les membres du peuple
à agir comme eux. Oui, les rois oubliaient Dieu, oubliaient ses
lois. Par leurs actions, ils entraînaient aussi le peuple à
être infidèle et ils n'étaient plus des lieutenants
d'un royaume qui appartient à Dieu, malgré l'onction qui
leur était conférée de sa part. Par le biais des
critiques de ces prophètes nous pouvons rejoindre ceux-ci dans
notre recherche sur le royaume.
Parce que
les rois ne répondaient pas à leur vocation, certains prophètes
annoncent alors un autre roi qui, lui, sera fidèle et fera régner
la paix. Ainsi commence à prendre forme l'attente messianique.
"
Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande
lumière, sur les habitants du sombre pays, une lumière a
resplendi. Tu as multiplié leur allégresse, tu as fait éclater
leur joie (
)Toute chaussure de combat, tout manteau roulé
dans le sang seront brûlés (
) Car un enfant nous est
né, un fils nous est donné. Il a reçu l'empire sur
ses épaules. On lui donne ce nom 'Conseiller merveilleux, Dieu-fort,
Père éternel, Prince de la paix.' Étendu est son
empire dans une paix infinie pour le trône de David et sa royauté
qu'il établira et affermira dans le droit et la justice. Dès
maintenant et pour toujours. L'amour jaloux du Seigneur Sabaot fera cela
" (Es 9,1-6).
L'attente du roi messianique exprime l'espérance
qu'un jour, enfin, un royaume de paix, de justice et de bonheur puisse
advenir. Les paroles du prophète Ésaïe
manifestent à la fois la sainteté du Seigneur et l'exigence
pour le roi et le peuple de répondre par la fidélité
à la sainteté de Dieu.
Ce n'est pas le lieu de relire en entier
ce merveilleux texte de la vocation d'Ésaïe dont nous ne donnons
que les premiers versets. Le roi est mort, Dieu se révèle
dans la majesté de sa propre royauté. La scène se
passe dans le temple, la maison où Dieu réside, mais la
terre entière est remplie de sa gloire et constitue donc son royaume.
Oui, après la mort des rois viendra, un jour, un autre royaume,
celui de Dieu.
"
L'année de la mort du roi Osias, je vis le Seigneur assis sur
un trône élevé. Sa traîne emplissait le temple
Les Séraphins se criaient l'un à l'autre ' Saint, Saint,
Saint est le Seigneur tout- puissant. Sa gloire remplit la terre'
" (Es 6,1
3).
b) Lors de l'exil de Juda
Les promesses des prophètes ont marqué profondément
le peuple et lui ont permis de reprendre espérance dans le désespoir
de l'exil. De nouveaux prophètes ont pris le relais. Comme Israël
n'avait plus ni roi ni temple, ni terre, l'image que les prophètes
utilisent alors n'est plus le " roi " mais plutôt le berger.
Le royaume est remplacé par un pâturage de paix. Les rois
ont failli à leur tâche, ils ont entraîné Israël
au malheur. Dieu va reprendre la situation en mains, il sera leur berger
et déléguera son pouvoir à un berger de son choix,
à l'image de son serviteur David :"
La Parole du Seigneur me fut adressée : 'Prophétise,
fils d'homme, prophétise. Tu leur diras : 'Bergers, ainsi parle
le Seigneur : Malheur aux bergers d'Israël qui se paissent eux-mêmes.
Les bergers ne doivent-ils pas paître le troupeau ? Vous vous êtes
nourris de lait, vous vous êtes vêtus de laine, vous avez
sacrifié les brebis les plus grasses mais vous n'avez pas fait
paître mon troupeau. Vous n'avez pas fortifié la chétive,
soigné celle qui était malade, pansé celle qui était
blessée. Vous n'avez pas ramené celle qui s'était
égarée, cherché celle qui était perdue. Mais
vous les avez régentées avec violence et dureté.
Elles se sont dispersées faute de pasteur pour devenir la proie
de toute bête sauvage. Elles se sont dispersées. Mon troupeau
erre partout sur les montagnes et sur les collines élevées.
Mon troupeau est dispersé sur toute la surface de la terre. Eh
bien! Bergers, écoutez la Parole du Seigneur. Par ma vie, parole
du Seigneur, je le jure (
) je vais prendre à partie les bergers.
Je leur reprendrai mon troupeau (
) Voici que j'aurai soin moi-même
de mon troupeau (
) je susciterai, pour le mettre à leur tête,
un berger qui les fera paître, mon serviteur David : c'est lui qui
les fera paître et sera pour eux un berger. Moi, le Seigneur, je
serai pour eux un Dieu et mon serviteur David sera prince au milieu d'eux.
Moi, le Seigneur, j'ai dit. Je ferai une alliance avec eux "
(Ez 34,2
24).
L'arc de guerre sera supprimé. Il proclamera la paix pour les
nations. Sa domination ira de la mer à la mer et du fleuve jusqu'au
bout de la terre " (Za 9,8-10).
Le nom " roi " ne sera plus attribué
qu'à Dieu seul. Le Messie attendu, le serviteur de Dieu David,
les fera paître, sera un berger entièrement pour eux. Rares
sont les textes qui l'appellent " roi " . Pourtant voici ce
que dit Zacharie :
"
Exulte de toutes tes forces, fille de Sion. Pousse des cris de joie, fille
de Jérusalem. Voici que ton roi vient à toi, humble et monté
sur une ânesse. Il supprimera d'Ephraïm la charrerie et de
Jérusalem les chevaux. L'arc de guerre sera supprimé. Il
proclamera la paix pour les nations. Sa domination ira de la mer à
la mer et du fleuve jusqu'au bout de la terre " (Za 9,8-10).
Pour ces prophètes donc il semble
que le Royaume de Dieu ne puisse s'établir par les seules forces
humaines. Ce Règne ne sera pas un Règne politique mais un
Règne de justice et de paix. Plus que dans les livres bibliques
précédemment, la perspective de ce Règne est double,
c'est celle de Dieu, qui n'est pas domination des hommes mais justice
et paix, et celle des humains qui y sont impliqués. Le rôle
politique des rois n'a pas pu permettre à Dieu de fonder son Royaume,
car ils ont perverti la fidélité. Pas de Règne de
Dieu sans fidélité de la part d'Israël suivant la Loi
de justice que Dieu lui a donnée.
6. Dans le livre
des Psaumes
Bien des psaumes reflètent les proclamations
des prophètes. Ils disent que " Dieu règne ".
"
Que l'on sache que Dieu règne sur Jacob " (Ps 59,14)
Mais c'est surtout aux psaumes du Règne
de Dieu 93 à 100 (92 à 99) que nous nous attacherons. Le
Psaume 93 (92) est intéressant pour nous. Il débute par
ces mots Dieu règne. Puis il exprime que Dieu, pour se faire connaître,
se vêt de magnificence, oui, Dieu doit se vêtir pour se donner
à connaître, il a revêtu sa force. Son trône
est un trône éternel. Sa royauté ne finira jamais.
Le psaume exalte sa puissance, mais il se termine par ces mots : "
Ses volontés sont vraiment immuables, la sainteté s'attache
à sa maison pour la suite des jours " . Il n'est pas seulement
question de la grandeur de Dieu mais de son désir de voir régner
les lois de justice qu'il a données à son peuple comme lois
de son royaume. Le peuple a partie liée à cette royauté.
"
D'âge en âge on vantera tes uvres, on proclamera
tes exploits.
On rappellera tes immenses bontés, tous acclameront
ta justice. Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la
colère et plein d'amour
Que tes fidèles te bénissent,
qu'ils disent la gloire de ton règne, annonçant aux hommes
tes exploits, la gloire et l'éclat de ton règne. Ton règne,
un règne éternel, ton empire pour les âges des âges
". (Ps 14, 144,4
15).
Dans le Psaume
96 (95), cette royauté s'étend à l'univers, toutes
les nations sont invitées, le peuple est appelé à
leur dire cette royauté de Dieu. Allons dire aux nations : Dieu
règne. Il jugera le monde avec justice et les peuples selon sa
fidélité. Nous trouvons les mêmes accents dans le
Psaume 98 (97). Dieu s'est souvenu de son amour et de sa fidélité
envers la maison d'Israël et toutes les nations ont vu le salut de
notre Dieu. Le royaume de Dieu, dans ces psaumes, comporte donc un universalisme
qui n'est guère présent ailleurs sinon par exemple dans
la finale d'Ésaïe. Mais c'est le peuple de Dieu qui est chargé
de le faire connaître aux nations. Dans un psaume de louange, cet
aspect est bien souligné :
En conclusion
Dans
le Premier Testament, il est difficile de parler du "Royaume de Dieu
" comme le fera le Nouveau Testament. Cependant bien des textes affirment
la Royauté de Dieu sur son peuple et, par lui, sur tous les peuples
de la terre. Parler du Royaume ou du Règne de Dieu exprime d'abord
la puissance et la grandeur de Dieu dans la création, dans le monde.
Le Règne regarde seulement Dieu. Le peuple le redit par sa volonté
de louange. Mais lorsque paraissent des rois en Israël, la situation
se renouvelle. Les rois avaient pour mission de représenter la
royauté de Dieu, sa domination sur son peuple. Mais devant leurs
égarements, cette mission, qui n'est pas menée à
bien, suscite le désir d'un vrai roi qui ne leur ressemble pas.
Israël comprend alors que la royauté
de Dieu est une histoire à deux : Dieu et son peuple. Dieu d'une
part a besoin de son peuple pour se faire connaître, et d'autre
part son règne se veut un règne de paix et de justice, le
peuple ne peut faire connaître la royauté de Dieu qu'en lui
étant fidèle, en faisant régner la paix et la justice
lui aussi. Alors seulement le peuple pourra témoigner de la royauté
de Dieu qui est un règne " pour les êtres humains "
et non un règne "pour la gloire personnelle de Dieu ".
C'est ainsi que s'ouvre la reconnaissance
de ce que pourrait être le Règne de Dieu, si tous dans le
peuple s'y mettaient. Cependant les textes expriment souvent la venue
du Règne de Dieu comme un avenir, comme l'irruption de la nouveauté
ou la transformation du monde tel qu'on le connaît. Nous sommes
loin des images de lente germination que souligneront les paraboles. Cet
aspect est présent cependant dans plusieurs textes prophétiques
mais qui ne parlent pas directement du Règne de Dieu. Par exemple
quand Ésaïe parle du " petit reste " à partir
duquel le peuple va renaître (És 6,13), du " germe "
qui deviendra beauté et gloire (És 4,2). Ou quand Ézéchiel
parle de la branche arrachée au grand arbre qui va devenir elle-même
un cèdre magnifique (Éz 17,22).
Ceci n'est
qu'une courte étude sur le Premier Testament. Nous y découvrons
surtout la pensée d'Israël sur son Dieu, plus grand que tous
les dieux, son Dieu qui règne sur lui et sur le monde. Mais par
certains prophètes se dessine déjà une autre perspective
: le rôle du peuple de Dieu, le rôle des êtres humains
dans l'édification du Royaume voulu par Dieu. Les articles suivants
souligneront d'autres aspects dans la perspective du Nouveau Testament.
Marie-Philippe Schùermans
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