1.
Les deux champions, Goliath et David (1 S 17,1-22)
La
guerre et le défi (versets 1 à 3)
Les Philistins envahissent le pays de
Juda, Israël se prépare à la défense. Mais le combat ne s’engage pas puisque
les Philistins prennent l’initiative de déléguer un champion pour provoquer
un duel. Sûrs de leur supériorité, ils «prennent le risque» de laisser une
chance à l’ennemi. Le défi a donc en lui-même un côté méprisant.
Présentation de Goliath (versets 4 à 11)
Aspect extérieur : supérieur à deux mètres,
c’est un homme de guerre suréquipé, tant pour la défense : casque, cuirasse,
jambières, bouclier avec son porteur, que pour l’attaque : javelot de bronze
et lance avec sa pointe de fer, sans compter l’épée. Le poids de ses armes
est énorme, à l’image de sa stature. Son langage : il ne sort pas du vocabulaire
guerrier : faire une sortie, se ranger en front, lutter, battre, défier,
réduire en esclavage. Le ton est arrogant et agressif.
Bref, d’après l’attitude et le langage de Goliath, les relations entre humains
semblent se réduire à un seul modèle: il y a des maîtres et des esclaves,
et les plus forts imposent leur maîtrise. Ce géant se présente comme invincible
et c’est bien pour cela qu’il propose le duel. Israël n’a pas le choix.
Si un soldat affronte Goliath, il court à l’échec et entraînera Israël dans
sa chute. Mais si personne n’ose relever le défi, c’est que la peur est
la plus forte, et, dans ce cas, Israël sera une proie facile pour l’ennemi.
Présentation de David (versets 12 à 22)
On quitte le champ de bataille et les Israélites
paralysés par la peur pour rejoindre David avec le troupeau à Bethléem.
Contrairement à ses frères, ce n’est pas un soldat. Il est berger au service
d’un troupeau qui appartient à son père, Jessé, et dont il prend soin. Jessé
ignore tout du drame qui se déroule au front et envoie son fils David amener
de la nourriture à ses frères sur le champ de bataille. La visite de David
apparaît bien dérisoire dans un moment où la logique guerrière ne donne
d’autre issue que la fin d’Israël et son esclavage.
2.
Le guerrier et le pasteur
L’opposition Goliath-David n’est pas celle
du grand contre le petit, mais plutôt celle du guerrier contre le berger.
Le berger est celui qui prend en charge les bêtes en exerçant sur elles
une certaine maîtrise pour leur bien et de manière substantiellement pacifique
ou non-violente. Il se met au service de ses bêtes et de leur bien-être,
et, en retour, le troupeau lui fournit de quoi vivre, lait ou fromage,
laine et peau, et exceptionnellement, de la viande. Dans cette relation,
le bien de l’un rejoint le bien de l’autre - logique d’alliance.
Au contraire, le chasseur prouve sa supériorité
et sa maîtrise sur l’animal en le mangeant après l’avoir tué. Le bien
de l’un implique du mal pour l’autre, et la relation est à sens unique
- logique d’envie, de convoitise, de concurrence.
Quant au guerrier, sa figure est une variante
de celle du chasseur puisque c’est un homme qui fait la chasse à l’homme.
Sa logique est identique à celle du chasseur : violence, loi du plus fort,
désir d’éliminer le rival, de le mettre à son service. C’est bien là la
logique de Goliath. Saül et Israël sont paralysés car ils se situent dans
la logique du guerrier.
3.
Le pâtre David face à la peur des soldats
Face à l’effroi des soldats et à la crainte du roi, David se sent sûr
de lui. Il n’a pas peur. La vue de Goliath fait fuir toute l’armée. Tandis
que les autres ne cherchent à s’imposer que sur le plan militaire et constatent
que cela leur est impossible, David est le premier à trouver des mots
pour décrire la situation telle qu’elle est : un déshonneur pour Israël.
Goliath est un incirconcis qui a osé défier le Dieu vivant, la situation
concerne donc Dieu lui-même et n’est pas sans issue.
4.
David face au roi
Saül tente de freiner l’ardeur de David, avec la logique du guerrier
qui pense en termes de rapports de force. Mais cette logique n’est pas
celle de David : il est berger et, comme il a défendu les bêtes contre
les fauves, il défendra le troupeau du Dieu vivant contre la férocité
bestiale de Goliath. David ajoute que ses exploits de berger intrépide
ne sont pas à rapporter à ses mérites ou à sa bravoure. C’est le Seigneur
qui l’a délivré de la griffe de l’ours. Avant d’être libérateur, David
a lui-même été libéré lorsqu’il a osé s’interposer pour la vie contre
la force du fort.
5.
L'armure de Saül
Lorsque Saül revêt David de ses armures de guerrier, David ne peut plus
bouger. Il est paralysé tout comme les autres soldats. Dans une logique
de guerrier, David n’est pas à la hauteur. De plus en donnant son uniforme
à David, Saül reconnaît implicitement qu’il lui cède sa place. Comme si
Saül, guerrier, reconnaissait son incapacité à être roi et laissait sa
place au pasteur. C’est donc bien en pasteur que David court affronter
Goliath.
6.
Le duel des champions
Au mépris et à l’arrogance du guerrier dont la confiance en lui semble
inébranlable, répondent la liberté et l’audace du jeune berger qui met
sa confiance en un Dieu qui l’a libéré des griffes d’autres fauves. Quant
au récit de l’affrontement, il est d’une rapidité surprenante. A peine
le guerrier s’est-il ébranlé comme un char d’assaut pour tout écraser
sur son passage, qu’il se retrouve à terre, écrasé par sa propre masse
autant que par le caillou ajusté par David. Le duel s’achève avant d’avoir
commencé, tant la rapidité du pâtre a été foudroyante. Toujours cette
légèreté de David, figure de sa liberté et de sa confiance!
Derrière les armes plus rudimentaires de David, il y a, dit-il, «le Nom
du Seigneur, du Dieu d’Israël» que Goliath a défié (v.45). Telle est en
effet l’arme de David : la confiance en celui qui libère son peuple de
l’oppression, de la mort et de l’esclavage. Dans les propos méprisants
qu’il tient devant son adversaire, Goliath maudit David par ses dieux.
Par delà les dieux des Philistins, ceux de Goliath sont en réalité la
force, la suffisance, la soif de pouvoir et de gloire. A ces dieux, David
oppose le Seigneur. De lui, il affirme que l’issue du combat lui appartient.
Mais qu’est-ce à dire, sinon qu’en définitive, la justice triomphe de
la force, que la générosité l’emporte sur la volonté de puissance, que
la droiture vient à bout de l’arrogance et que l’humilité est plus forte
que la vaine gloire ?
7.
Le roi, image d’un Dieu pasteur et libérateur
Au v. 46, David exprime la visée essentielle de son action : «Et tout
le pays saura qu’il y a un Dieu en Israël». En effet, le Dieu d’Israël
ne se révèle-t-il pas précisément lorsqu’un pasteur l’emporte sur les
guerriers, et que sa victoire rend la liberté et la vie à un peuple menacé
d’esclavage et de mort ? En David, c’est bien le Dieu de l’Exode qui se
montre à nouveau, ce Dieu qui a permis au pasteur Moïse de venir à bout
de Pharaon, le roi guerrier, et d’affranchir le peuple de l’emprise d’un
tyran qui le privait de liberté et d’avenir. Pasteur victorieux du guerrier,
David se montre digne d’être roi, non seulement parce qu’il a défendu
efficacement le peuple contre son agresseur, mais aussi parce qu’il a
permis à Dieu de révéler qu’il vit en libérateur au milieu de son peuple.
Bernadette
Escaffre
Cette
interprétation est un résumé du petit livre d’A. Wénin, David et Goliath,
le récit de 1 Samuel 16-18, Bruxelles, Lumen Vitae, coll. Connaître
la Bible , n°3, 1997.
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