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L'histoire sainte comme une grande parabole

Nous sommes déroutés par les nouvelles découvertes.
Que faut-il croire finalement ?
Si des récits ne sont pas historiques au sens où nous le comrenons aujourd'hui,
à quoi servent-ils ? Sont-ils faux ?

1. Qu'est-ce qu'une parabole
2. Qu'est-ce qu'une analogie ?

3. La Bible est comme une grande parabole
4. Conclusion
1. Qu'est-ce qu'une parabole ?
Nous connaissons les paraboles de l'Évangile. Nous savons que l'histoire du fils prodigue ou du gérant malhonnête ne s'est pas passée à tel jour, telle heure, telle année. C'est un fait de vie comme il y en a tant. Nous savons qu'elle ne nous est pas racontée comme un simple fait divers de journal mais parce qu'elle contient un message spirituel à découvrir. Elle nous transmet comme une analogie entre notre monde et celui de Dieu.
Dans l'Evangile, les paraboles sont donc des faits de vie contenant un secret, ils nous font signe souvent par un excès, une disproportion qui fait question. La pointe, le point central, de la parabole se trouve justement là.
Les paraboles ne sont pas de simples comparaisons. Si je dis : "Cet enfant court comme un lapin", j'énonce une comparaison bien extérieure. Le lapin et l'enfant n'ont en commun que le fait de courir vite. Dans la parabole, nous avons une comparaison "analogique", donc bien plus structurelle, plus profonde.
2. Qu'est-ce qu'une analogie ?
Voici un exemple d'analogie qui nous la fera mieux comprendre qu'un concept : prenons le mot "sain", "un homme sain". C'est un homme en qui il n'y a pas de maladie. C'est le premier analogué. "Un air sain", c'est l'atmosphère d'un lieu qui ne génère pas de maladie, qui n'est pas pollué. "Une réflexion saine" est une réflexion qui ne comporte pas d'erreur, voulue ou cachée. "Une affaire saine" est une affaire honnête, qui s'annonce bien. On pourrait encore donner d'autres exemples du mot "sain" pris dans un sens analogue. Il y a structurellement parlant, pourrait-on dire, une relation entre ces divers exemples. Ce ne sont pas purement et simplement des comparaisons.
Les paraboles ne sont pas non plus des allégories où tous les éléments sont mis à la place d'autres, comme le "roman de Renard" par exemple, où le renard symbolise l'être rusé et les autres, les êtres humains qui sont bernés par lui.
Les paraboles sont des comparaisons par analogie, elles sont à comprendre globalement. Il y a un lien structurel entre la semence et le dynamisme de vie qui est en Dieu. La réalité a été créée par Dieu à son image. Elle tient en elle-même la marque de Dieu.

3. La Bible est comme une grande parabole
La Bible est une grande histoire, celle du peuple d'Israël. Certains récits sont historiques au sens moderne du terme. Mais tous sont historiques au sens qu'ils sont des faits de vie comme il s'en passe : des nomades, le désert, des rois plus ou moins bons ou ambitieux, des hommes et des femmes qui vivent une relation à Dieu. Ces récits ne nous parviennent pas comme un livre d'Histoire, au sens moderne du terme, pour nous donner simplement connaissance des faits du passé. Ils nous sont transmis parce qu'un peuple y exprime sa foi en Dieu, sa relation avec lui, ses erreurs et le pardon de Dieu… Ils nous disent comment ils ont fait connaissance de Dieu et ce que cela a changé dans leur histoire. La Bible contient donc un "secret", un message.
Mais parler de Dieu ne peut se faire qu'avec des mots humains. C'est dans notre humanité qu'est répercutée la relation à Dieu. Ces mots, eux aussi, sont analogiques. Comme nous entrons en relation avec les autres par ce que nos yeux voient, nos oreilles entendent, comme nous parlons aux autres, la Bible dira que Dieu a parlé, que Dieu nous entend, que nous pouvons parler avec Dieu . Comme notre vie dépend des autres de par notre naissance et nos limites et l'inter- échange continu avec le monde qui nous entoure, la Bible dira que Dieu est la source de notre vie, que Dieu se met en colère devant le mal, que Dieu nous aime, que nous pouvons intercéder, que Dieu nous appelle…etc. Ces mots sont analogiques. En ce sens, même un sourd peut entendre la parole de Dieu. Point n'est besoin de produire des sons et de former des mots avec la bouche pour parler à Dieu. Nous avons des "sens spirituels" analogues à nos sens physiques.
4. Conclusion
La Bible est doublement analogique, d'abord analogique comme une grande parabole - des faits de vie contenant un message sur Dieu - , ensuite analogique par la manière dont elle exprime ses récits et par les mots qu'elle utilise; car nous n'avons que des mots humains pour parler des choses de Dieu.
Si les exégètes peuvent nous aider grandement à décoder les textes bibliques et approcher le sens, seule la foi, le témoignage, la vie peuvent nous permettre d'entrer dans le "secret", le "message" sur Dieu et sur nous, que contiennent les livres bibliques. Et cela, c'est l'œuvre de l'Esprit saint. Un récit n'est pas plus probant pour la foi s'il décrit des faits historiquement prouvés que quand il s'exprime par images, par faits de vie paraboliques.
La Bible est dite "canonique" parce que des communautés de foi y ont reconnu ce qui peut faire vivre de Dieu, et avec lui, et avec nos frères, ce qui donne le sens ultime à l'existence.
Ajoutons qu'à l'heure où le peuple d'Israël connaissait la pire des épreuves avec la ruine de Jérusalem et la dispersion forcée, c'est la confrontation des Juifs avec les Chrétiens, entre autres causes, qui les a poussés à définir la canonicité de tel ou tel livre du Premier Testament, cœur de leur foi. En effet, les Chrétiens commençaient à transmettre la foi aussi avec d'autres récits, ceux de Jésus, sa mort et sa résurrection, - ce qui peu à peu a constitué le Nouveau Testament - , et commençaient à lire le Premier Testament à la lumière de l'événement Jésus, cœur de la foi chrétienne.

Marie-Philippe Schùermans