1. Qu'est-ce qu'une parabole ?
Nous connaissons les paraboles de l'Évangile. Nous savons
que l'histoire du fils prodigue ou du gérant malhonnête ne
s'est pas passée à tel jour, telle heure, telle année.
C'est un fait de vie comme il y en a tant. Nous savons qu'elle ne nous est
pas racontée comme un simple fait divers de journal mais parce qu'elle
contient un message spirituel à découvrir. Elle nous transmet
comme une analogie entre notre monde et celui de Dieu.
Dans l'Evangile, les paraboles sont donc des faits de vie contenant un secret,
ils nous font signe souvent par un excès, une disproportion qui fait
question. La pointe, le point central, de la parabole se trouve justement
là.
Les paraboles ne sont pas de simples comparaisons. Si je dis : "Cet
enfant court comme un lapin", j'énonce une comparaison bien
extérieure. Le lapin et l'enfant n'ont en commun que le fait de courir
vite. Dans la parabole, nous avons une comparaison "analogique",
donc bien plus structurelle, plus profonde.
2. Qu'est-ce qu'une analogie ?
Voici un exemple d'analogie qui nous la fera mieux comprendre qu'un concept
: prenons le mot "sain", "un homme sain". C'est un homme
en qui il n'y a pas de maladie. C'est le premier analogué. "Un
air sain", c'est l'atmosphère d'un lieu qui ne génère
pas de maladie, qui n'est pas pollué. "Une réflexion
saine" est une réflexion qui ne comporte pas d'erreur, voulue
ou cachée. "Une affaire saine" est une affaire honnête,
qui s'annonce bien. On pourrait encore donner d'autres exemples du mot "sain"
pris dans un sens analogue. Il y a structurellement parlant, pourrait-on
dire, une relation entre ces divers exemples. Ce ne sont pas purement et
simplement des comparaisons.
Les paraboles ne sont pas non plus des allégories où tous
les éléments sont mis à la place d'autres, comme le
"roman de Renard" par exemple, où le renard symbolise l'être
rusé et les autres, les êtres humains qui sont bernés
par lui.
Les paraboles sont des comparaisons par analogie, elles sont à comprendre
globalement. Il y a un lien structurel entre la semence et le dynamisme
de vie qui est en Dieu. La réalité a été créée
par Dieu à son image. Elle tient en elle-même la marque de
Dieu.
3. La Bible est comme une grande parabole
La Bible est une grande histoire, celle du peuple d'Israël. Certains
récits sont historiques au sens moderne du terme. Mais tous sont
historiques au sens qu'ils sont des faits de vie comme il s'en passe :
des nomades, le désert, des rois plus ou moins bons ou ambitieux,
des hommes et des femmes qui vivent une relation à Dieu. Ces récits
ne nous parviennent pas comme un livre d'Histoire, au sens moderne du
terme, pour nous donner simplement connaissance des faits du passé.
Ils nous sont transmis parce qu'un peuple y exprime sa foi en Dieu, sa
relation avec lui, ses erreurs et le pardon de Dieu
Ils nous disent
comment ils ont fait connaissance de Dieu et ce que cela a changé
dans leur histoire. La Bible contient donc un "secret", un message.
Mais parler de Dieu ne peut se faire qu'avec des mots humains. C'est dans
notre humanité qu'est répercutée la relation à
Dieu. Ces mots, eux aussi, sont analogiques. Comme nous entrons en relation
avec les autres par ce que nos yeux voient, nos oreilles entendent, comme
nous parlons aux autres, la Bible dira que Dieu a parlé, que Dieu
nous entend, que nous pouvons parler avec Dieu . Comme notre vie dépend
des autres de par notre naissance et nos limites et l'inter- échange
continu avec le monde qui nous entoure, la Bible dira que Dieu est la
source de notre vie, que Dieu se met en colère devant le mal, que
Dieu nous aime, que nous pouvons intercéder, que Dieu nous appelle
etc.
Ces mots sont analogiques. En ce sens, même un sourd peut entendre
la parole de Dieu. Point n'est besoin de produire des sons et de former
des mots avec la bouche pour parler à Dieu. Nous avons des "sens
spirituels" analogues à nos sens physiques.
4. Conclusion
La Bible est doublement analogique, d'abord analogique comme une grande
parabole - des faits de vie contenant un message sur Dieu - , ensuite
analogique par la manière dont elle exprime ses récits et
par les mots qu'elle utilise; car nous n'avons que des mots humains pour
parler des choses de Dieu.
Si les exégètes peuvent nous aider grandement à décoder
les textes bibliques et approcher le sens, seule la foi, le témoignage,
la vie peuvent nous permettre d'entrer dans le "secret", le
"message" sur Dieu et sur nous, que contiennent les livres bibliques.
Et cela, c'est l'uvre de l'Esprit saint. Un récit n'est pas
plus probant pour la foi s'il décrit des faits historiquement prouvés
que quand il s'exprime par images, par faits de vie paraboliques.
La Bible est dite "canonique" parce que des communautés
de foi y ont reconnu ce qui peut faire vivre de Dieu, et avec lui, et
avec nos frères, ce qui donne le sens ultime à l'existence.
Ajoutons qu'à l'heure où le peuple d'Israël connaissait
la pire des épreuves avec la ruine de Jérusalem et la dispersion
forcée, c'est la confrontation des Juifs avec les Chrétiens,
entre autres causes, qui les a poussés à définir
la canonicité de tel ou tel livre du Premier Testament, cur
de leur foi. En effet, les Chrétiens commençaient à
transmettre la foi aussi avec d'autres récits, ceux de Jésus,
sa mort et sa résurrection, - ce qui peu à peu a constitué
le Nouveau Testament - , et commençaient à lire le Premier
Testament à la lumière de l'événement Jésus,
cur de la foi chrétienne.
Marie-Philippe Schùermans
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