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Connaissance des langues bibliques pour l'intelligence des Ecritures. Exemple : la création de la femme

Quand l'hébreu déverrouille...
       de vieux textes mangés de rouille...
On croit connaître, on connaît souvent mal et on peut découvrir à nouveaux frais...

1. l'homme créé à l'image de Dieu... et la femme ?
2. Cherchez l'homme

3. Qui est Adam ?
4. Pas l'homme sans la femme
   5. Sus aux vieux clichés
 6. Le premier couple
7. La sève qui monte des racines

8. L'homme et son lieu
9. Le jardin clos et la terre ouverte
10. La néfesh hayyah
11. Humains et autres animaux
12. De la musique avant toute chose

Quand l’hébreu déverrouille
             de vieux textes mangés de rouille !

1. L’homme créé à l’image de Dieu – et la femme ?
     'Pourquoi la femme n’est-elle pas créée à l’image de Dieu ?'
C’est la question que me posa un jour une jeune femme, visiblement inquiète et troublée. Interloquée, je me demandai à quoi elle faisait référence dans l’Ecriture pour en tirer pareille conclusion. Très certainement au “récit ” de Genèse ch.1 v.26 qui contient la première évocation de la création de l’homme.
     De soupçon en inquiétude: lisons ce verset dans l’une de ses traductions.Dès le départ, nous pouvons nous poser des questions sur la qualité d’un Dieu qui s’exprime au pluriel ! En français cette utilisation fait penser à un pluriel de majesté, et le soupçon est jeté d’emblée sur ce Dieu que l’homme a créé par trop semblable à l’image du Roi-Soleil.
     Cette fois c’est le mandat de domination par l’homme sur le monde animal qui a de quoi, dans notre contexte actuel, surprendre et inquiéter : nous ne connaissons que trop les excès liés à l’exploitation de la nature !
     Et comme cette femme nous pouvons nous poser ces questions naïves mais logiques : 'Mais alors où et quand la femme a-t-elle été créée, par qui et à l’image de qui ? Pourquoi n’est-elle pas mentionnée ici ?' Beaucoup dans notre société jugeront le tableau de Genèse 1,26 trop sexiste ou 'macho', et perdront toute envie de poursuivre la découverte de la Bible.

2. Cherchez l’homme
     Quant à nous, continuons notre recherche par d’autres traductions. Ce dernier terme passera-t-il mieux que la 'domination' précédente ? Et peut-être que ce passage abrupt d’un singulier (l’homme) à un pluriel (ils), heurtera la sensibilité grammaticale de certains. La traduction est décidément un art difficile !
Consultons donc d’autres versions plus récentes cette fois : "Faisons les êtres humains" (Français Courant) ou encore "Faisons l’adam" (Bible Bayard)…Alors de qui s’agit-il précisément ? Face à un tel éventail, il devient nécessaire d’aller regarder de plus près ce que nous dit le texte original. Il s’agit bien en effet d’un adam, et il faut rechercher ce que ce terme recouvre dans le contexte des premiers chapitres de la Genèse.

3. Qui est Adam ?
     S’agit-il d’un personnage bien précis, un mâle nommé Adam, 'lointain ancêtre de l’humanité', ou bien simplement d’ un prototype virtuel de la race humaine, d’ un Monsieur et Madame Tout-le-Monde ? S’agit-il d’un nom propre ou d’un substantif ? Le texte hébreu des premiers chapitres de la Genèse parle régulièrement d’un adam, terme toujours employé au singulier et accompagné d’un article. C’est un nom commun qui désigne 'non un individu particulier, mais  l’espèce humaine, l’humanité dans son ensemble'1 .
     D’ailleurs la suite de notre péricope de départ le montre bien en précisant : ce mot ‘adam est suivi la plupart du temps d’un verbe au pluriel : la grammaire hébraïque confirme qu’il s’agit bien d’un nom collectif désignant les êtres humains. S’il s’agissait d’un individu particulier, le texte l’aurait précisé en disant ben-‘adam (un fils d’humain).
     Et s’il s’agissait d’un masculin, il aurait pu utiliser ‘ysh–l’homme, or celui-ci n’apparaît justement et de façon significative qu’après la création de ‘ysshah–la femme à la fin du chapitre 2 (v. 24) , comme si l’individuation des genres n’apparaissaient pleinement que dans le dialogue masculin-féminin !

4. Pas l’homme sans la femme
     Le recours à la langue originale avec ses caractéristiques linguistiques de vocabulaire et de grammaire permet de : - préciser le sens de certains mots-clés : notre fameux Adam !
- tordre le cou à de fâcheux contresens : comprendre Adam comme le nom d’un homme masculin, puisque notre langue (contrairement par exemple à l’allemand Mann – Mensch) ne distingue pas entre l’homme masculin et l’homme être humain ;
- éviter d’induire des associations de pensées malheureuses : seul l’homme serait créé à l’image de Dieu.      Voilà de quoi rassurer notre première interlocutrice et bon nombre d’entre nous s’il en était encore besoin ! La référence à Adam ne dresse donc pas une moitié de l’humanité contre l’autre, elle souligne au contraire notre origine commune et le profond lien de parenté qui unit tous les humains.

5. Sus aux vieux clichés
     Parmi les interprétations routinières qui perdurent, plus ou moins enfouies dans les zones affectives de l’inconscient collectif, faut-il mentionner l’idée d’un Dieu fondamentalement opposé à tout ce qui fait plaisir ? Or le verset 9 du chapitre 2 de la Genèse nous dit qu’il "a créé tout arbre plaisant, agréable à regarder et bon, délicieux à manger" ! Que penser d’un Dieu qui aurait proposé à l’homme une création si bonne pour la lui interdire ensuite ?
     Mentionnons encore l’image d’un Dieu jaloux de ses prérogatives, opposé à la science et au progrès ! L’expression "l’ arbre de la connaissance du bien et du mal" (Gn 2,16), dont il est dit "tu n’en mangeras pas car le jour où tu en mangeras tu mourras certainement" (Gn 2,17), est un hébraïsme qui déploie une pluralité de sens : le fruit de cet arbre, c’est de vouloir tout connaître,tout expérimenter, tout posséder y compris la sagesse, devenir tout-puissant et auto-suffisant ! L’appel à ne pas en manger est une mise en garde réaliste contre un savoir, une maîtrise totalitaire qui étouffe, isole, détruit l’existence et fait périr la vie. Que ces clichés véhiculés durant des siècles via les traductions peuvent avoir la vie dure !

6. Le premier couple
     Si je pose maintenant la question : 'Quel est le premier couple ?', la réponse qui jaillit spontanément est 'Adam et Eve'. Eh bien non ! Selon les recherches récentes, Adam n’apparaît avec certitude comme nom propre que dans la généalogie de la fin du chapitre 4 de la Genèse au verset 25, et encore cet avis ne fait pas l’unanimité ! Quant à Eve, elle n’est nommée qu’à la fin du chapitre 3, après le récit de ce qu’on nomme 'la chute' et de ses conséquences. A la fin du chapitre 2, elle apparaît comme l’’yshah- la femme, en relation avec l’’ysh-l’homme . En outre ce n’est pas l’homme qui lui donne son nom (v. 23), comme s’il avait autorité sur elle, l’expression 'elle sera nommée' est l’équivalent de 'on l’appellera'.
     Ainsi le premier 'couple' qui se dégage linguistiquement du texte hébreu est l’ ‘adam et la ‘adamah (l’humain et le sol), dans les versets 5 à 7 du second récit de la création au chapitre 2. Si l’on voulait faire apparaître le jeu de mots, il faudrait traduire ce couple par l’humain et l’humus, ou le terreux et la terre, ce que Chouraqui a traduit fameusement par le glébeux et la glèbe ! A chaque fois nous avons un masculin et un féminin, ce qui rappelle la polarité de tout créé, et l’exégèse rabbinique fait remarquer à juste titre que la première lettre de la Genèse est beth, b qui a pour valeur numérique 2, et non pas ‘alèf, signe de l’Un qui renvoie à Dieu dont le nom ‘Elohim commence par a.

7. La sève qui monte des racines
     Comme une radiographie qui grâce aux rayons x fait apparaître le squelette, l’analyse des mots hébreux construits sur des racines de trois lettres permet de repérer immédiatement leur parenté cachée, ce que ne révèlent pas les traductions.
     A la racine du mot ‘adam est le verbe 'être rouge', il évoque la ‘adamah, la glaise dont l’être humain a été tiré : "Le Seigneur Dieu modela l’’adam avec la poussière de la ‘adamah, la terre rouge" (Gn 2, 7).
Autre association que les sonorités de l’hébreu ne manquent pas de susciter sur le plan phonétique, (il ne s’agit pas ici d’homonymie pure mais plutôt d’assonance) et que met en évidence l’exégèse rabbinique, est celle de ‘adam et de dam (le sang), allusion à la terre maternelle dont l’être humain a été tiré.


8. L’homme et son lieu
     La mise en évidence de ce couple originel ‘adam-‘adamah permet de repérer que l’être humain est d’emblée présenté à partir de son environnement proche ou lointain. Il n’est pas un spécimen isolé, il fait partie d’un lieu, d’une famille, d’un clan, d’un groupe social. De même qu’une molécule n’arrive jamais seule, l’humain ne peut être envisagé que comme un être en réseau, à l’intérieur d’un ensemble de relations. On peut ici faire le lien avec toutes les découvertes actuelles qui vont dans le sens de ce que laissait entrevoir l’antique sagesse intuitive de ce texte, sur le plan psychologique, sociologique, physique et biologique, à savoir qu’un élément ne peut être envisagé que par rapport à son 'système', à l’ensemble qui l’environne.
     Il ne faut pas oublier de relever au passage le signe de ce que j’appellerais une préoccupation écologique avant la lettre : la vie et la survie des humains et finalement de tous les êtres dépendent du soin apporté à l’environnement ; une pensée étonnamment moderne pour un texte aussi éloigné de nous dans le temps !
     Même préoccupation en Genèse 2, 15 où nous lisons ceci en hébreu :
"Le Seigneur Dieu prit l’’adam (l’être humain), et le (dé)- posa dans LE jardin d’Eden pour LA cultiver et LA garder." Ce passage du masculin au féminin n’est pas, à ma connaissance, mentionné dans les traductions, sauf par une note de la TOB. Le jardin gan est aussi un masculin en hébreu, donc ce féminin ne peut renvoyer qu’à la ‘adamah ou à la terre ‘eretz , mentionnée quelques versets plus haut avant l’intermède de la plantation du jardin en Eden (2, 8-9) et du fleuve à quatre 'têtes' (v 10-14). C’est une réponse à la constatation du verset 5 : “Il n’y avait pas d’’adam pour cultiver la ‘adamah.” Or cultiver ou travailler signifie aussi en hébreu "servir,  être au service de", un terme du registre cultuel. Et garder a le sens de préserver, protéger, ce dont les termes des langues germanique Garten ou anglo-saxonne garden gardent la trace !
     Ce mot 'garder' veut dire aussi observer, suivre ou se conformer à, comme dans l’expression 'garder un commandement'. Il y a bien sûr d’abord une allusion à l’agriculture dont nos premiers parents avaient besoin pour vivre, mais le texte va au-delà en pointant que, sans le soin de ses habitants, la terre ne peut être ce berceau nourricier dont toute vie a besoin pour croître et s’épanouir. Et cette préservation du lieu ne peut se faire sans se mettre à l’écoute et au service de celui-ci.

9. Le jardin clos et la terre ouverte
     Nous avons là comme deux cercles concentriques : celui d’abord du petit lieu protégé et clos (de la racine ganan, 'défendre'), qui est aussi 'lieu de délices', car l’ Eden n’est pas seulement une région de Mésopotamie mais signifie 'jouissance' ; c’est là que l’être humain est déposé ou mis au repos. Puis il est ensuite appelé (le`ovdah uleshomrah) à passer à une plus grande sphère, celle de la préoccupation pour la terre entière, dans le sens non seulement de préserver l’environnement, mais d’être au service du monde et de ses habitants.
     On est évidemment au-delà de l’interprétation qu’en faisait le Candide de Voltaire, pour qui  'il faut cultiver notre jardin' sous-entendait : 'C’est l’action et non la spéculation intellectuelle, qui est à la source du bonheur humain'. L’emploi métaphorique de cette invitation à cultiver notre jardin peut aussi, peut-être même avant tout, interpeller notre vie sur le plan personnel – et c’est déjà beaucoup !
     Près d’une ferme de la campagne environnante, j’ai vu ce panneau affiché : 'On ne peut commander à la nature qu’en lui obéissant'. Francis Bacon, l’auteur de cette maxime savait-il qu’il était en plein cœur de la sagesse de Genèse 2, 15 ? Ici le recours à l’hébreu met en évidence toute la richesse de la polysémie de ses termes, cette pluralité de sens dont le texte est porteur.
     Autre exemple bien connu et d’actualité de surcroît : le fameux Shalom signifie non seulement 'paix et absence de guerre' - ce qui est déjà tout un programme - mais encore 'bien-être, bonheur, prospérité, repos, contentement, harmonie et perfection'. Un même terme peut en hébreu réunir ce que dans notre mode de pensée nous estimons incompatible, par exemple tzédèk que nous traduisons par 'justice', signifie également 'miséricorde' - ici les opposés sont réconciliés !

10. La nèfèsh hayyah
     Nous observons dans les premiers versets du chapitre 2, et au v. 7 en particulier, l’image que l’on retrouve également dans d’autres civilisations - en Egypte, en Mésopotamie et en Grèce - d’un Dieu potier, qui prend du liquide, ou quelque chose d’humide (‘ed), et qui modèle l’être humain (‘adam) avec la poussière de la terre (‘adamah). Pour rendre le triple jeu de mots suggéré par l’hébreu, il faudrait traduire : "Dieu prit de l’HUMIDE pour modeler l’HUMAIN avec de l’HUMUS".
     Dieu lui insuffle dans les narines le souffle de la vie et cet ‘adam devient 'un être vivant', un être, une nèfèsh : ce fameux mot qui a tant de fois été traduit par 'âme', vient en fait d’une racine très concrète comme souvent en hébreu, cette langue 'qui répugne à l’abstrait' (R. Aron). Nèfèsh désigne la gorge, le lieu de la respiration et finalement 'la stature totale de l’être envisagé à partir de son souffle' (H.W. Wolff), donc toute la personne humaine dans son état de besoin et de désir ( face à son Créateur dans le contexte, mais aussi face à la création, puis face à l’autre, le/la partenaire qui sera créé(e) ensuite).
     Recherche passionnante que celle des significations des termes anthropologiques, tels que corps – âme- esprit, qui nous amène à découvrir qu’ en hébreu… ils n’existent pas, en tous cas au sens où nous les entendons dans nos langues occidentales ! La Bible hébraïque ne découpe pas l’être humain en tranches, la personne est toujours envisagée dans sa globalité, même si l’on parle à partir d’un certain aspect de sa réalité , comme pour le cas de l’ “âme” au paragraphe précédent ! Et cette réalité est toujours incarnée, l’âme n’est pas ce principe immatériel hérité de la philosophie grecque néo-platonicienne, la nèfèsh désigne bien tout l’être humain “ vivant…et désireux de vivre ” 2.

11. Humains et autres animaux…
     Poursuivons cet exemple de la nèfèsh hayyah “être vivant” du verset 7 : curieusement, dans tout l’ensemble du récit, on ne la retrouve qu’au verset 19, lorsqu’il est question des animaux ! Les exégètes expliquent ce phénomène en relevant que le texte souligne par là la profonde parenté des humains avec le règne animal (dans le premier chapitre, ils sont créés le même jour !). Mais dans le contexte, le passage de 2.19 met en évidence la prééminence de l’humain sur l’animal car celui qui nomme exerce à l’égard de l’être nommé un pouvoir et une responsabilité, confiés ici par le Créateur lui-même - c’est Dieu qui présente les animaux à l’être humain. Nommer c’est aussi faire preuve de compétences scientifiques, c’est cerner et définir l’être de celui que l’on nomme.
     Cependant le domaine de la recherche et de la connaissance, donc du travail en général, ne suffit pas à combler une vie, puisque l’homme ne trouve pas là ce qui va le sauver de sa solitude. Il ne trouvera le secours qu’il recherche que dans un partenariat d’égalité et de complémentarité, avec une créature tirée de sa “côte” c’est-à-dire proche de son cœur.

12. “De la musique avant toute chose”
     Ce vers célèbre de l’Art Poétique de Verlaine illustre bien l’importance de la consonance des mots choisis et de la musique des phrases, souvent rythmées comme une poésie versifiée. Reflet du génie littéraire du texte hébraïque, et indissociable de son sens, ce caractère poétique même au cœur de la prose a été clairement perçu et mis en valeur par les récentes traductions.
     Au troisième chapitre de la Genèse, après que l’adam a mangé du fruit de l’arbre à tout connaître, Dieu se met à sa recherche car l’être humain a peur et se cache. Or le “Où es-tu ?” qu’il adresse à l’homme, n’est pas la sèche interrogation d’un fonctionnaire remplissant un questionnaire ou celle d’un juge inquisiteur dressant procès. Ce ‘ayyèkka va bien au-delà. C’est un cri de douleur, si proche du ‘ekhah ( quoi donc !) , cette clameur de souffrance qui ouvre le livre des Lamentations, le remplit et lui a donné son titre hébreu. Si l’on voulait donner à ce “Où es-tu ?” sa juste coloration, il faudrait ajouter à sa traduction :  “Comment est-ce possible ? Mais qu’as-tu fait là ? Pourquoi ?…Pourquoi ?”, ce qui laisse entrevoir, non un Dieu punisseur et vengeur, mais un Dieu profondément impliqué, émotionnellement aussi, et vibrant au drame qui a touché sa créature.

     En conclusion, par ces quelques exemples choisis parmi beaucoup d’autres, j’ai tenté de mettre en évidence les points suivants :
- l’étendue et l’ouverture de sens qu’apporte la connaissance de la langue hébraïque (‘adam) ;
- la précision et le concret des racines (‘adam- ‘adamah’ et la nèfèsh hayyah) ;
- tous les signes qui se dévoilent au fil du texte et en éclairent la compréhension ( l’humain mis dans le jardin pour garder la terre). Le narrateur, tel un astucieux Petit Poucet, a parsemé son texte de discrets cailloux blancs : autant d’indices pour les chercheurs de sens à la recherche de pistes dans les épaisses forêts des textes !
- l’importance et la complexité du travail de traduction (et nous n’avons pas parlé des verbes !) pour une langue de caractère sémitique, si différente de nos langues gréco-latines au mode de pensée analytique, logique et déductive. L’hébreu n’est pas la langue des philosophes, elle est synthétique ; elle n’explique pas, elle juxtapose, elle évoque, elle suggère ; proche de la tradition orale, elle conte des histoires…
     “Traduire c’est trahir” : c’est opérer un choix, donc abandonner certains sens et par là appauvrir. Les traductions dont nous avons hérité étaient des interprétations et donc des choix théologiques, qui ont contribué à laisser perdurer des clichés réducteurs. Il faut saluer tous les efforts entrepris aujourd’hui par les traducteurs pour revisiter les vocables et les textes et nous les transmettre de façon à la fois plus fidèle à cause des découvertes récentes, plus adéquate pour notre société actuelle, et susceptible de parler à toute notre existence.
      Recourir au texte original est indispensable à l’exégète et au théologien. Mais l’étude de la langue, qui n’est certes pas toujours un jardin de délices, procure très vite à celle ou celui qui l’entreprend, avec les outils adéquats bien sûr, la joie inégalée du chercheur d’or qui trouve lui-même des pépites. C’est ce que j’ai constaté souvent avec émerveillement chez mes étudiants.

Thérèse Glardon, février 2003

Thérèse Glardon a enseigné durant dix ans l’hébreu biblique et rabbinique à la Faculté de Théologie de l’Université de Lausanne. Egalement formée dans le domaine du développement psychologique et spirituel, elle travaille dans la formation d’adultes.
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1 Samuel AMSLER, Adam le terreux dans Genèse 2 – 4 , in Le dernier et l’avant-dernier, Labor et Fides, Genève 1993, p.276,
2 Hans Walter WOLFF , Anthropologie de l’Ancien Testament, Labor et Fides, Genève 1974 , p. 29