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4.Une approche symbolique de la Bible

 

1. L'intelligence de la foi biblique
2. De l’intériorité affective à la vie spirituelle

3. L’adolescence
4. Conclusion


Bien des recherches actuelles nous aident à lire et relire la Bible pour nous en nourrir; En voici un exemple.

     Claude et Jacqueline Lagarde sont initiateurs de la catéchèse biblique symbolique. Ils travaillent en France, depuis plus de 30 ans. Claude Lagarde est pédagogue et théologien, spécialiste en patristique. Tous deux collaborent avec l’équipe CANA du diocèse de Liège : réalisation d’un parcours de catéchèse paroissiale et animation de sessions de formation pour les catéchistes chaque mois d’août. Quelle excellente surprise de lire dans le n°2 de « Maison de la Bible » sous la plume de Luc Aerens, un rappel de l’approche biblique que proposèrent, il y a maintenant un bon quart de siècle, Jean-Pierre Bagot et l’équipe Nathanaël. L’auteur du présent article faisait partie de cette équipe œcuménique et, sa vie durant, il a cherché à répondre avec bien d’autres aux graves constats que fit Jean-Pierre Bagot dans « Le risque de la Bible » (Cerf 1974).

1. L’intelligence de la foi biblique.
      L’approche « biblique-symbolique », que nous allons exposer ici, n’est donc pas d’abord une exégèse littéraire ni un outil de lecture, elle s’enracine dans un constat de terrain, un constat malheureusement toujours actuel : les jeunes (les adultes) rejettent la Bible enseignée pendant l’enfance parce que leur questionnement sur les récits bibliques n’a pas été entendu et, s’il l’a été, on n’en a rien fait. La Bible rejetée, la liturgie suit. Adieu, alors la pratique ecclésiale. Seule demeure parfois la foi religieuse et affective du petit enfant qui émerge dans certaines situations difficiles de la vie. Si les questions de l’enfant et de l’adolescent (qui n’a pas déjà tout rejeté) sont entendues, il faut aussi savoir y répondre. Il n’est pas suffisant d’entendre la critique, et même de connaître les deux types de questions qui s’énoncent dès 9 ans (1), il est nécessaire de les entendre dans la foi et non contre la foi.      
      La parole critique est preuve d’intelligence, et elle manifeste l’intérêt du jeune croyant pour les Écritures. S’il n’y avait pas cet intérêt de la foi, au lieu d’une question, nous aurions soit le chahut soit le silence. Mieux l’enfant connaît la Bible, plus sa critique devient personnelle et précise. Il faut une bonne dose de bêtise ou bien au contraire beaucoup d’intelligence pour raconter la Bible à des enfants, car le point de départ de la critique croyante est la mémoire des récits, ce que nos anciens appelaient le « sens littéral » des Ecritures. Cette mémoire est la première appropriation du Livre. Bien que risquée, elle nous semble essentielle à cultiver dès la plus jeune enfance dont on sait l’amour pour les histoires.
      Dès 8 ans, la ‘pensée concrète’ (Piaget) de l’enfant amoureux des histoires bibliques se met à comparer ce que raconte la Bible avec les choses d’aujourd’hui. C’est cette parole positive qui engendre peu à peu la première critique biblique qu’il va falloir utiliser et canaliser pour construire « l’intelligence de la foi » (intellectus fidei), pour charpenter la foi affective, immédiate et religieuse de l’enfant. Nous savons combien cette foi enfantine se désagrège à l’adolescence, d’où la nécessité impérative de construire entre 9 et 11 ans, une intelligence critique de la foi. Ainsi évite-t-on le constat massif fait par Jean-Pierre Bagot et que nul ne peut ignorer aujourd’hui : le rejet de la pratique biblique-liturgique de l’Église.

2. De l’intériorité affective à la vie spirituelle
     C’est en terme d’intériorisation qu’il faudrait penser l’évangélisation dont on parle tant puisque notre société technique prend de plus en plus ses marques dans le monde extérieur. N’est en effet considéré « vrai » que ce qui est vérifié par les logiques et les formidables savoirs de ce monde. Le jardin intérieur (d’Eden ?) de l’être humain tend alors à être colonisé par l’univers des choses : la mondialisation technologique. C’est ce qui semble se passer quand le jeune rejette la Bible. Ce n’est pas seulement les Écritures qu’il rejette mais tout ce qui prend ses racines dans l’âme : d’abord cet amour paradoxal qui vient de Dieu, exigeant ce don de soi qui est la Croix.
       La parole critique, celle de l’adulte et déjà celle de l’enfant, est une interrogation vraie qui jaillit du cœur. Dieu ne peut tout de même pas assassiner les premiers nés d’Égypte, Lui qui dit : ‘tu ne tueras pas’. « Ce Dieu-là, ne peut être le mien », pense l’adolescent… Alors, adieu la Bible, et adieu l’Église. Mais si la Bible avait justement pour fonction pédagogique d’inciter le sujet croyant à dire « non » à des représentations inadmissibles de Dieu, celles qu’exprime précisément « l’homme extérieur » dont parle Paul (2), ce « non » peut aussi être le refus du croyant d’en rester au premier degré du texte sacré. N’est-ce pas alors un « non » à l’idolâtrie du Livre ? La personne serait donc plus importante que le Livre religieux, mais sans la Bible, la naissance intérieure du croyant critique serait difficile puisque la religion est normalement perçue comme contraire à la raison.
      Dans « La Bible, parole d’amour », nous avons voulu montrer que la tradition (transmission) catéchétique de l’Église antique, encore toute imprégnée de ses sources juives (3), utilise souvent ce fonctionnement critique du texte biblique. Des dizaines d’exemples de catéchèses, d’Origène (III°s) à Augustin (V°s), partent d’une critique extérieure du Texte pour conduire à la nourriture intérieure de la foi en Jésus-Christ. ‘Dé-construire’ le texte à l’extérieur pour le ‘re-construire’ à l’intérieur à la lumière de l’Esprit. C’est une habitude que prennent facilement, et jusque dans la prière, les jeunes croyants de 9-11 ans. Nous en avons une longue expérience. Les limites réduites de cet article ne permettent pas de montrer comment se fait et s’anime l’échange de paroles bibliques exprimées en vérité. Il ne s’agit pas en effet d’expliquer et de donner des réponses de l’extérieur, mais de ‘tendre des perches’ qui permettent aux enfants d’éclairer leur questionnement de l’intérieur (4).

3. L’adolescence
      C’est ce travail de parole effectué par l’enfant, qui permettra à l’adolescent futur d’énoncer sans trop de difficultés une « parole biblique existentielle », qualité intérieure d’un ‘dire’ qui permet d’établir des correspondances intimes entre des situations bibliques et des expériences vécues.
      Dans l’équipe Nathanaël, nous étions arrivés à cette conviction que les jeunes adolescents devaient raconter leur histoire d’équipe pour la mettre en rapport avec un récit biblique de l’Alliance. Ainsi le Seigneur de l’Alliance se révélait-il au cœur de relations humaines vécues, narrées en vérité, et enfin exprimées dans des célébrations de la Parole.
      Si tout le monde sait que la puberté correspond à une mutation physique importante, on sait moins que le bouleversement mental est encore plus considérable. Un adolescent normalement constitué ne peut plus vivre des représentations religieuses qui lui viennent de l’enfance. Toute sa vie s’inscrit désormais dans le monde des rapports humains, sa vie religieuse aussi. Et si l’adolescent dit ne plus croire, c’est qu’il est persuadé que la religion d’enfance est le modèle d’une foi éternelle. Et s’il a du mal à croire comme un enfant qu’il n’est plus, n’est-ce pas plutôt bon signe ? Encore faut-il que les adultes de son entourage acceptent ce changement de représentations religieuses.
      Trente ans de métier nous on montré que la pédagogie de l’histoire – et de l’histoire biblique – telle que l’avait décrite Jean-Pierre Bagot, donne d’excellents résultats en catéchèse. Certes, il est nécessaire de former des animateurs à cette « pédagogie de projet » qui vise la double capacité inhérente à  la parole biblique existentielle (6)
** lire la Bible à partir d’une expérience relationnelle,
** et narrer des situations de sa vie avec des images et des récits bibliques. Nous avons constaté que l’acquisition de «la parole biblique existentielle» est bien facilitée par les deux apprentissages de l’enfance, ce que nous ne savions pas encore au temps de l’équipe Nathanaël :
** l’abondante mémoire des récits bibliques qui s’engrange entre 4 et 8 ans,
** et la critique biblique guidée vers l’intériorité chrétienne (entre 9 et 11 ans).
      Attention : ces deux apprentissages ne peuvent pas être déconnectés de la prière sans quoi le jeune enfant confondrait le récit biblique avec un conte de fées, sans quoi aussi l’enfant de dix ans ne percevrait pas sa critique comme une dimension essentielle de sa foi; elle serait plutôt culpabilisante, assimilée au péché.

Conclusion
     Comme nous l’avons annoncé d’emblée, notre approche symbolique de la Bible n’est pas littéraire, nous ne présentons pas d’abord un outil de lecture que l’on pourrait utiliser pour décrypter un texte d’Écriture. Il s’agit d’une catéchèse qui éduque à la résonance intérieure de la Parole de Dieu. La dimension symbolique, ici développée, n’est pas ce que nos contemporains très positifs pensent parfois : le contraire du réel, une construction de l’imagination. Dans cette philosophie, le monde de Dieu s’oppose à celui de l’homme ce qu’exprime bien la célèbre formule de Jacques Prévert : « Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y ». Le symbole biblique, tel que nous le concevons, n’est pas non plus une image codée qu’il faudrait décrypter, et dont la signification se trouverait écrite quelque part, par exemple dans un bon dictionnaire de symboles. Pour nous, le symbole biblique c’est l’être humain lui-même, créé à l’Image… comme à la ressemblance de Dieu (Gn 1, 26-27). L’homme de chair et de sang et Dieu, l’éternel pur Esprit, sont « jetés ensemble » dans ce jeu de l’amour qui se risque sans cesse tout au long de la grande histoire humaine où l’Alliance se joue. « Voici l’Homme » (Jn 19,5) s’est écrié Pilate en désignant Jésus, l’Homme par excellence, Celui dont le Corps a symbolisé Dieu de manière vraiment parfaite.

Anne Hermant

Les notes renvoient aux livres suivants de Cl. et J. Lagarde : Catéchèse et prière. Le chemin du catéchuménat, Equipe Cana, 2000 Publi-Art 2000. La Bible d'amour, Centurion 2000. L'adolescent et la foi de l'Eglise, Centurion-Privat, 1989. Pour raconter l'Evangile dans l'homélie et la catéchèse Centurion 1991. Pour une pédagogie de la Parole, collectif ESF, 1995. Animer une équipe en catéchèse,Centurion.