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Claude
et Jacqueline Lagarde sont initiateurs de la catéchèse biblique
symbolique. Ils travaillent en France, depuis plus de 30 ans.
Claude Lagarde est pédagogue et théologien, spécialiste en patristique.
Tous deux collaborent avec l’équipe CANA du diocèse de Liège : réalisation
d’un parcours de catéchèse paroissiale et animation de sessions
de formation pour les catéchistes chaque mois d’août. Quelle excellente
surprise de lire dans le n°2 de « Maison de la Bible » sous la plume
de Luc Aerens, un rappel de l’approche biblique que proposèrent,
il y a maintenant un bon quart de siècle, Jean-Pierre Bagot et l’équipe
Nathanaël. L’auteur du présent article faisait partie de cette équipe
œcuménique et, sa vie durant, il a cherché à répondre avec bien
d’autres aux graves constats que fit Jean-Pierre Bagot dans « Le
risque de la Bible » (Cerf 1974).
1. L’intelligence de la foi biblique.
L’approche « biblique-symbolique »,
que nous allons exposer ici, n’est donc pas d’abord une exégèse
littéraire ni un outil de lecture, elle s’enracine dans un constat
de terrain, un constat malheureusement toujours actuel : les jeunes
(les adultes) rejettent la Bible enseignée pendant l’enfance parce
que leur questionnement sur les récits bibliques n’a pas été entendu
et, s’il l’a été, on n’en a rien fait. La Bible rejetée, la liturgie
suit. Adieu, alors la pratique ecclésiale. Seule demeure parfois
la foi religieuse et affective du petit enfant qui émerge dans certaines
situations difficiles de la vie. Si les questions de l’enfant et
de l’adolescent (qui n’a pas déjà tout rejeté) sont entendues, il
faut aussi savoir y répondre. Il n’est pas suffisant d’entendre
la critique, et même de connaître les deux types de questions qui
s’énoncent dès 9 ans (1), il est nécessaire
de les entendre dans la foi et non contre la foi.
La parole critique est preuve d’intelligence,
et elle manifeste l’intérêt du jeune croyant pour les Écritures.
S’il n’y avait pas cet intérêt de la foi, au lieu d’une question,
nous aurions soit le chahut soit le silence. Mieux l’enfant connaît
la Bible, plus sa critique devient personnelle et précise. Il faut
une bonne dose de bêtise ou bien au contraire beaucoup d’intelligence
pour raconter la Bible à des enfants, car le point de départ de
la critique croyante est la mémoire des récits, ce que nos anciens
appelaient le « sens littéral » des Ecritures. Cette mémoire est
la première appropriation du Livre. Bien que risquée, elle nous
semble essentielle à cultiver dès la plus jeune enfance dont on
sait l’amour pour les histoires.
Dès 8 ans, la ‘pensée concrète’ (Piaget)
de l’enfant amoureux des histoires bibliques se met à comparer ce
que raconte la Bible avec les choses d’aujourd’hui. C’est cette
parole positive qui engendre peu à peu la première critique biblique
qu’il va falloir utiliser et canaliser pour construire « l’intelligence
de la foi » (intellectus fidei), pour charpenter la foi affective,
immédiate et religieuse de l’enfant. Nous savons combien cette foi
enfantine se désagrège à l’adolescence, d’où la nécessité impérative
de construire entre 9 et 11 ans, une intelligence critique de la
foi. Ainsi évite-t-on le constat massif fait par Jean-Pierre Bagot
et que nul ne peut ignorer aujourd’hui : le rejet de la pratique
biblique-liturgique de l’Église.
2. De l’intériorité
affective à la vie spirituelle
C’est en terme d’intériorisation qu’il
faudrait penser l’évangélisation dont on parle tant puisque notre
société technique prend de plus en plus ses marques dans le monde
extérieur. N’est en effet considéré « vrai » que ce qui est vérifié
par les logiques et les formidables savoirs de ce monde. Le jardin
intérieur (d’Eden ?) de l’être humain tend alors à être colonisé
par l’univers des choses : la mondialisation technologique. C’est
ce qui semble se passer quand le jeune rejette la Bible. Ce n’est
pas seulement les Écritures qu’il rejette mais tout ce qui prend
ses racines dans l’âme : d’abord cet amour paradoxal qui vient de
Dieu, exigeant ce don de soi qui est la Croix.
La parole critique, celle de
l’adulte et déjà celle de l’enfant, est une interrogation vraie
qui jaillit du cœur. Dieu ne peut tout de même pas assassiner les
premiers nés d’Égypte, Lui qui dit : ‘tu ne tueras pas’. « Ce Dieu-là,
ne peut être le mien », pense l’adolescent… Alors, adieu la Bible,
et adieu l’Église. Mais si la Bible avait justement pour fonction
pédagogique d’inciter le sujet croyant à dire « non » à des représentations
inadmissibles de Dieu, celles qu’exprime précisément « l’homme extérieur »
dont parle Paul (2), ce « non » peut aussi
être le refus du croyant d’en rester au premier degré du texte sacré.
N’est-ce pas alors un « non » à l’idolâtrie du Livre ? La personne
serait donc plus importante que le Livre religieux, mais sans la
Bible, la naissance intérieure du croyant critique serait difficile
puisque la religion est normalement perçue comme contraire à la
raison.
Dans « La Bible, parole d’amour »,
nous avons voulu montrer que la tradition (transmission) catéchétique
de l’Église antique, encore toute imprégnée de ses sources juives
(3), utilise souvent ce fonctionnement critique
du texte biblique. Des dizaines d’exemples de catéchèses, d’Origène
(III°s) à Augustin (V°s), partent d’une critique extérieure du Texte
pour conduire à la nourriture intérieure de la foi en Jésus-Christ.
‘Dé-construire’ le texte à l’extérieur pour le ‘re-construire’ à
l’intérieur à la lumière de l’Esprit. C’est une habitude que prennent
facilement, et jusque dans la prière, les jeunes croyants de 9-11
ans. Nous en avons une longue expérience. Les limites réduites de
cet article ne permettent pas de montrer comment se fait et s’anime
l’échange de paroles bibliques exprimées en vérité. Il ne s’agit
pas en effet d’expliquer et de donner des réponses de l’extérieur,
mais de ‘tendre des perches’ qui permettent aux enfants d’éclairer
leur questionnement de l’intérieur (4).
3. L’adolescence
C’est ce travail de parole effectué
par l’enfant, qui permettra à l’adolescent futur d’énoncer sans
trop de difficultés une « parole biblique existentielle », qualité
intérieure d’un ‘dire’ qui permet d’établir des correspondances
intimes entre des situations bibliques et des expériences vécues.
Dans l’équipe Nathanaël, nous étions
arrivés à cette conviction que les jeunes adolescents devaient raconter
leur histoire d’équipe pour la mettre en rapport avec un récit biblique
de l’Alliance. Ainsi le Seigneur de l’Alliance se révélait-il au
cœur de relations humaines vécues, narrées en vérité, et enfin exprimées
dans des célébrations de la Parole.
Si tout le monde sait que la puberté
correspond à une mutation physique importante, on sait moins que
le bouleversement mental est encore plus considérable. Un adolescent
normalement constitué ne peut plus vivre des représentations religieuses
qui lui viennent de l’enfance. Toute sa vie s’inscrit désormais
dans le monde des rapports humains, sa vie religieuse aussi. Et
si l’adolescent dit ne plus croire, c’est qu’il est persuadé que
la religion d’enfance est le modèle d’une foi éternelle. Et s’il
a du mal à croire comme un enfant qu’il n’est plus, n’est-ce pas
plutôt bon signe ? Encore faut-il que les adultes de son entourage
acceptent ce changement de représentations religieuses.
Trente ans de métier nous on montré
que la pédagogie de l’histoire – et de l’histoire biblique – telle
que l’avait décrite Jean-Pierre Bagot, donne d’excellents résultats
en catéchèse. Certes, il est nécessaire de former des animateurs
à cette « pédagogie de projet » qui vise la double capacité inhérente
à la parole biblique existentielle (6)
** lire la Bible à partir d’une expérience relationnelle,
** et narrer des situations de sa vie avec des images et des récits
bibliques. Nous avons constaté que l’acquisition de «la parole biblique
existentielle» est bien facilitée par les deux apprentissages de
l’enfance, ce que nous ne savions pas encore au temps de l’équipe
Nathanaël :
** l’abondante mémoire des récits bibliques qui s’engrange entre
4 et 8 ans,
** et la critique biblique guidée vers l’intériorité chrétienne
(entre 9 et 11 ans).
Attention : ces deux apprentissages
ne peuvent pas être déconnectés de la prière sans quoi le jeune
enfant confondrait le récit biblique avec un conte de fées, sans
quoi aussi l’enfant de dix ans ne percevrait pas sa critique comme
une dimension essentielle de sa foi; elle serait plutôt culpabilisante,
assimilée au péché.
Conclusion
Comme nous l’avons annoncé d’emblée,
notre approche symbolique de la Bible n’est pas littéraire, nous
ne présentons pas d’abord un outil de lecture que l’on pourrait
utiliser pour décrypter un texte d’Écriture. Il s’agit d’une catéchèse
qui éduque à la résonance intérieure de la Parole de Dieu. La dimension
symbolique, ici développée, n’est pas ce que nos contemporains très
positifs pensent parfois : le contraire du réel, une construction
de l’imagination. Dans cette philosophie, le monde de Dieu s’oppose
à celui de l’homme ce qu’exprime bien la célèbre formule de Jacques
Prévert : « Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y ». Le symbole
biblique, tel que nous le concevons, n’est pas non plus une image
codée qu’il faudrait décrypter, et dont la signification se trouverait
écrite quelque part, par exemple dans un bon dictionnaire de symboles.
Pour nous, le symbole biblique c’est l’être humain lui-même, créé
à l’Image… comme à la ressemblance de Dieu (Gn 1, 26-27). L’homme
de chair et de sang et Dieu, l’éternel pur Esprit, sont « jetés
ensemble » dans ce jeu de l’amour qui se risque sans cesse tout
au long de la grande histoire humaine où l’Alliance se joue. « Voici
l’Homme » (Jn 19,5) s’est écrié Pilate en désignant Jésus, l’Homme
par excellence, Celui dont le Corps a symbolisé Dieu de manière
vraiment parfaite.
Anne Hermant
Les notes renvoient aux livres
suivants de Cl. et J. Lagarde : Catéchèse et prière.
Le chemin du catéchuménat, Equipe Cana, 2000 Publi-Art
2000. La Bible d'amour, Centurion 2000. L'adolescent et
la foi de l'Eglise, Centurion-Privat, 1989. Pour raconter
l'Evangile dans l'homélie et la catéchèse
Centurion 1991. Pour une pédagogie de la Parole,
collectif ESF, 1995. Animer une équipe en catéchèse,Centurion.
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