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Qu’est-ce
que la lecture fondamentaliste de la Bible ?
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Lire la Bible peut donner lieu à des démarches différentes. Une manière très courante, encore maintenant, consiste à la lire en prenant au pied de la lettre tout ce qui y est dit. Cela semble, à première vue, une bonne façon de lire. Pourtant, l'expérience nous montre qu'elle peut mener à des contresens et des catastrophes. Entrons dans la logique de ceux qui en restent à une compréhension entièrement littérale. Que se passe-t-il? Ils pensent par exemple que si l'on parle de 144.000 marqués du signe de Dieu, dans l'Apocalypse, c'est qu'il y en a exactement ce nombre, pas un de plus, pas un de moins. Ils oublient que les chiffres sont symboliques. C'est un peu comme si je vous raconte que j'ai glissé et que, tombant par terre, j'ai vu 36 chandelles. Allez-vous me demander : "Vous êtes sûre que c'était bien 36 et pas 37 ou 38? ".… Ou si vous me racontez que votre fils, hier, a fait mille bêtises, je vous demande si vous les avez comptées...! Dans le récit de la tentation au désert que nous trouvons dans les évangiles de Luc et de Matthieu, Jésus refuse de prendre la Bible au pied de la lettre (voir Lc 4,1-13 et Mt 4,1-11). Ce n’est pas parce qu’il est écrit « Il a donné ordre à ses anges de te garder de peur que ton pied ne heurte les pierres » (Ps 90,11-12) que Jésus peut se jeter du haut du temple ! L’ensemble de la Bible montre bien que Dieu n’intervient pas automatiquement pour arranger les affaires humaines. Une autre méprise serait de croire que la Bible a une visée scientifique, en racontant la création par exemple. On essaie alors de faire coïncider les données de la science avec le récit biblique. Or le premier récit de la création est comme une grand hymne liturgique avec des refrains. On n'attend pas d'une hymne liturgique et poétique d'être un compte-rendu scientifique. Elle comporte sept jours, comme la semaine, et l'on peut découvrir que le premier jour chante la lumière et que le quatrième nous donne le nom des astres qui illuminent, que le deuxième jour sépare les eaux du ciel et celles de la terre tandis que le cinquième va les remplir de vie : oiseaux et poissons. Le troisième jour sépare la terre de la mer et le sixième raconte la création des animaux et des êtres humains qui peupleront cette terre. Nous avons une hymne bien agencée, un grand poème, un beau chant. Or, dans le cas d’un chanteur, nous ne prenons pas ce qu'il dit au pied de la lettre! S'il nous chante que "sa bien-aimée est une biche sensible, un petit chat affectueux...", nous ne croyons pas qu'il parle sérieusement d'une biche ou d'un chat, ce sont des images. Le comprendre autrement serait un contresens. Ainsi en est-il si nous lisons la Bible d'une manière trop littérale, sans recul pour comprendre mieux ce qu'elle veut nous dire. C'est pourquoi les exégètes ont été attentifs à chercher quel genre de textes représentent les chapitres de la Bible. On ne lit pas un poème comme un récit, un mythe originel comme une prière, un livre de sagesse et de proverbes comme un code de lois. Pour découvrir le sens des images, des chiffres, des textes, il faut une analyse littéraire, des comparaisons avec les textes d'autres littératures. Il est nécessaire de chercher à quoi les textes peuvent faire allusion. Or ordinairement nous ne connaissons pas l'hébreu, ni sa manière de parler! Une lecture fondamentaliste peut encore conduire à prendre les récits de la conquête par Josué de la terre de Canaan, par exemple, comme un récit entièrement historique. Or les textes mêmes de la Bible montrent bien que les Hébreux n'ont pas conquis toute la Terre Promise en une fois. Ils ont dû vivre longtemps à la marge du pays, dans la forêt ou la montagne, tandis que les riches plaines restaient aux mains de Cananéens. Ils devaient même descendre dans la plaine pour faire aiguiser leurs faux, car les puissants Cananéens ne leur permettaient pas d'avoir des forgerons. On pourrait multiplier les exemples. Ceux-ci suffiront à nous mettre en garde contre une lecture trop littéraliste et nous donner envie de nous mettre ensemble pour lire la Bible pour mieux la comprendre, la vivre et en vivre. Marie-Philippe Schùermans Dans le livre de Jean-Claude Brau et Thierry Tilquin La bible : un livre… des lectures… (Collection : Sens et Foi, n°1), Éditions Lumen Vitae, Bruxelles 1999, 112 pages, on trouvera aussi une présentation de la lecture fondamentaliste de la Bible, pages 29-33. |