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2. Écriture et Réécritures
Qui a écrit la Bible? |
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| 1. Croisssance
du texte biblique ? 2. Explication de cette croissance |
3. Fidélité
créatrice 4. L'histoire lieu de la révélation divine |
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A
partir du XVIIe siècle, cependant, la critique historique et littéraire
a montré que la pensée traditionnelle contenait une part de naïveté:
on a relevé dans les textes divers anachronismes, puis d'autres indices
qui ont obligé à formuler de nouvelles hypothèses. Aujourd'hui, l'immense
majorité des "savants" - de toutes les confessions chrétiennes aussi bien
que du monde juif - s'accordent au moins sur ceci: la plupart des livres
bibliques ne sont pas l'œuvre "personnelle" de personnages connus, mais
plutôt le résultat d'un long et obscur travail de réflexion et d'écriture
effectué en bonne partie par des communautés et des écrivains "anonymes".
Dans plus d'un cas, ce travail de maturation, d'écriture et de réécriture
a pu prendre des siècles. Le livre d'Isaïe, par exemple, rapporte évidemment
la prédication du prophète du VIIIe siècle, mais il comprend aussi des
matériaux beaucoup plus récents, dont les plus jeunes ne remontent sans
doute pas au-delà du IIIe siècle.
1.Pourquoi
parler d'une "croissance" des livres bibliques? 2. Cette explication s'impose-t-elle? Le processus de formation du texte biblique par réécritures successives a été reconnu depuis longtemps déjà pour les livres prophétiques, puis la littérature historique. En ce qui concerne le Pentateuque, ce n'est qu'à partir de 1975 que l'hypothèse "des documents" a été remise en question; si l'unanimité est loin d'être acquise, on s'orientait généralement vers de nouvelles théories où l'on parle d'une "histoire des rédactions" du texte. Bien sûr, de très nombreux éléments restent discutés: dans quel milieu, dans quel contexte historique telle strate littéraire a-t-elle vu le jour? À quelle rédaction faut-il attribuer tel chapitre, telle phrase? Au-delà de ces discussions de détails, une unanimité se fait peu à peu parmi les exégètes quant au processus fondamental de la production des textes. Mais est-on bien sûr de ne pas se tromper? Les manuscrits bibliques les plus anciens que nous possédons - notamment deux exemplaires du livre d'Isaïe trouvés à Qumrân et remontant sans doute au IIe siècle av. J.-C. - présentent déjà le texte "complet" de nos Bibles modernes. Le procédé de réécriture des textes est pourtant une réalité presque certaine, comme l'attestent à la fois la littérature mésopotamienne et les anciennes traductions grecques de la Bible. L'analyse dite narrative prend fait et cause pour le texte actuel comme le plus apte à nous permettre une recherche nouvelle. Cette nouvelle recherche est extrêmement fructueuse. Il n'est pas étonnant que nous n'ayons aucun texte "provisoire" d'un des livres bibliques en voie de formation: les matériaux utilisés (papyrus, puis parchemin) étaient très fragiles, et seules les conditions climatiques exceptionnelles de Qumrân ont permis de retrouver les célèbres "manuscrits de la mer Morte". En Mésopotamie, cependant, c’était sur des tablettes d’argile que les textes étaient écrits, et les archéologues en ont retrouvé des bibliothèques entières, avec parfois les mêmes récits à différents stades de leur élaboration. Le meilleur exemple est celui de l'épopée de Gilgamesh, dont on possède plusieurs exemplaires plus ou moins fragmentaires. Du plus ancien (XXIe siècle av. Jésus-Christ) jusqu'aux plus récents (VIIe siècle), on peut observer une croissance régulière de la narration, dans laquelle de nouveaux éléments sont progressivement introduits ( 1). Une autre indication, plus directe celle-ci, est donnée par la Septante (LXX), c'est-à-dire l'ancienne version grecque de l'Ancien Testament. Dans plusieurs livres bibliques, en effet, la LXX présente un texte plus court que la Bible hébraïque: un certain nombre de passages, en effet, sont omis. Or, il se fait que ces omissions correspondent souvent à ce que la critique littéraire reconnaît comme éléments "ajoutés" au texte de base: il est tout à fait probable que le traducteur a eu sous les yeux un texte hébreu qui ne comportait pas encore toute la matière du livre actuel(2). A défaut de preuves formelles, qu'il ne faut pas attendre dans ce domaine, nous possédons donc assez d'indices pour affirmer que l'hypothèse d'une croissance organique des livres bibliques par réécritures successives est non seulement vraisemblable, mais très probablement exacte. On pourrait croire que le procédé de la réécriture est le signe d'une infidélité du rédacteur par rapport au texte dont il a hérité: ne veut-il pas l'altérer, en changer la portée? Bien au contraire, nous pouvons y reconnaître la marque d'une fidélité scrupuleuse, mais créatrice. La preuve de cette volonté d'être fidèle est inscrite dans le texte: jamais, nous n'avons l'indice d'une censure, mais les auteurs ont toujours travaillé par additions. C'est d'ailleurs pour cette raison que les textes présentent tant d'aspérités: si les auteurs avaient pris la liberté d'effacer les éléments qui les gênaient, s'ils avaient tout réécrit selon leur propre fantaisie, nous n'aurions qu'un texte lisse, homogène, et il serait impossible de reconstituer une histoire de sa rédaction. Cette fidélité est créatrice, comme l'est d'ailleurs sans doute toute fidélité authentique. La réécriture des textes procède d'un double mouvement. Le plus souvent, elle a lieu en période de crise grave, au moment où Israël ou la communauté croyante est affronté à des questions vitales: par exemple au lendemain de la prise de Jérusalem et de la ruine du temple par Nabuchodonosor en 587. Le choc des événements secoue la foi d'Israël: comment mettre encore sa confiance dans le Seigneur, alors qu'il a visiblement rejeté son propre peuple? Pour répondre à cette question, Israël va relire les Écritures, et notamment la parole des grands prophètes: n'avaient-ils pas prévenu Israël qu'il devait se convertir, renoncer à ses idoles et à son injustice sociale, s'il voulait échapper au grand châtiment que le Seigneur lui préparait? La lecture des prophètes le montrait: la catastrophe n'est pas imputable à la prétendue injustice de Dieu, mais à l'infidélité chronique d'Israël. La méditation des Écritures éclaire donc l'événement et permet de lui donner un sens, de le vivre dans la foi. En retour, le texte s'éclaire: enfin, on comprend qu'il parlait de l'aujourd'hui, et c'est pourquoi on va l'enrichir de nouveaux éléments. Dans les récits du Pentateuque et des livres historiques, on montrera à toute occasion ce qu'on vient de découvrir: le Seigneur veut le bien de son peuple et récompense tout acte de fidélité; lorsqu'il punit, c'est en toute justice. En somme, le moteur de ce processus, c'est la conviction que le texte biblique n'est pas une chose morte, un vieux grimoire, mais au contraire un livre qui parle sans cesse de l'aujourd'hui, une parole vivante. 4.L'histoire, lieu de la révélation divine En définitive, ce qui fait le plus grand obstacle à cette manière d'aborder l'Écriture, c'est la conviction de se trouver en présence d'un phénomène trop peu "surnaturel": la Bible n'est-elle pas réduite à une parole trop "humaine", trop liée à l'histoire? Ce serait oublier que l'histoire est précisément, pour Israël comme pour les chrétiens, le lieu par excellence des merveilles de Dieu : la délivrance de l'esclavage d'Égypte, le don de la Loi au Sinaï, le retour de la captivité babylonienne et l'action de Jésus. Ce souvenir mène à un engagement de vie, à un renouvellement de la fidélité, alors qu'"oublier" équivaut à renier Dieu (voir par exemple Deut 8,2-6; 9,7 - 10,13). L'histoire ainsi envisagée n'est pas archéologie, mais fondement essentiel de la relation présente avec Dieu. C'est à travers les pesanteurs humaines et non en dehors d'elles que, peu à peu, Dieu a révélé son visage d'amour. La Bible ne témoigne pas d'autre chose: la présence et l'action mystérieuse du Tout-Autre dans les événements "terre à terre" de l'histoire humaine. Jacques Vermeylen (1).
Voir J.H. TIGAY, The Evolution of Pentateuchal Narratives in the Light
of the Evolution of Gilgamesh Epic, dans J.H. TIGAY (éd.) Empirical
Models for Biblical Critiscism, Philadelphie, 1985, pp 21-52. |
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