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LES RÉSISTANTES
Les premiers libérateurs d'Israël furent des femmes

Quand un homme est peu courageux, on dit de lui : "C'est une femmelette!" Les femmes sont-elles donc si peu courageuses ? Ne voit-on pas le contraire dans tant de parties du monde où elles luttent seules pour la survie de leurs enfants, de leur famille ? Dans la Bible, les femmes sont souvent passées au bleu. Les hommes y sont présents de la première à la dernière. Mais les femmes ? Eh bien, quiand elles sont là, elles font parler d'elles tant leur action peut être étonnante.

1. Travail forcé et génocide
2. Les hommes se soumettent

3. Des femmes refusent l'intolérable
4. Les libératrices de la Bible


1. Travail forcé et génocide

     L'histoire d'Israël s'ouvre avec le livre de l'Exode. Une grande famille d' "hébreux" s'est installée aux confins de l'Égypte (Ex. 1,1-5). Ce sont les "fils de Jacob" ou ''fils d'Israël''. Il faut savoir que le mot "hébreu" ne désigne pas un peuple, mais une classe sociale de marginaux, des gens qui n'ont pas de terre, qui font la razzia, qui ne sont pas intégrés à la société. Pour les Égyptiens riches de leur culture prestigieuse, c'est une troupe d'immigrés barbares avec lesquels on n'a que des ennuis. Bref, des indésirables. Des non-citoyens. Des gens incontrôlables, qu'il faut mater.
     Le pouvoir égyptien - sans doute le célèbre pharaon Ramsès II, au XIIIe siècle avant notre ère - prend des mesures radicales. On réquisitionne les hommes pour le travail forcé : ils vont devoir construire des villes nouvelles, à la limite du désert (Ex 1,11-14), et ce travail sera de plus en plus dur, jusqu'à devenir un véritable esclavage (5,6-18). Malgré cette violence, le nombre des Israélites grandit, et les Égyptiens prennent peur. Comme si cette troupe dépenaillée les menaçait ! Bientôt, Pharaon ordonne que tous les enfants mâles soient tués a la naissance (1, 16.22). Cette fois, 1'objectif est clair : il s'agit d'empêcher les Israélites de former un peuple. C'est un génocide, même si l'on prend soin de ne pas se priver d'une main-d'œuvre gratuite.

2. Les hommes se soumettent
     Face à cette situation, comment réagissent les hommes israélites? Ils courbent l'échine sans rien dire. Que peuvent-ils faire, face à la puissance égyptienne? Seul, Moïse réagit. Il tue l'Égyptien qui frappe un de ses frères hébreux (2,11-12), puis il veut arbitrer une bagarre (v. 13). Il faut s'unir face à l'oppresseur ! Mais les Israélites rejettent celui qui veut les libérer: "Qui t'a constitué notre chef?" (v. 14). Et Moïse doit fuir. Plus tard, lorsqu'il va trouver Pharaon pour lui demander "laisse partir mon peuple" et que celui-ci alourdit le travail des Israélites, ceux-ci s'en prennent, encore une fois, à Moïse (5,21). Ils préfèrent subir leur sort, plutôt que de prendre le risque de l'insurrection. En vérité, ils croient la libération impossible.

3. Des femmes refusent l'intolérable
     Aux chapitres 1 et 2 du livre de l'Exode, il y a douze femmes : les accoucheuses Shiphra et Pua (1,15), la fille de Lévi (2,1), la sœur de Moïse (2,4), la fille de Pharaon (2,5) et les sept filles du prêtre de Madian (2,16). Seules, les femmes font acte de résistance. Les femmes tiennent souvent, dans le récit biblique, un rôle mineur. Or, le narrateur insiste: sans l'intervention courageuse de ces femmes, chacune à sa manière, le peuple d'Israël aurait été anéanti, et l'Exode n'aurait jamais eu lieu ! Même si la figure masculine de Moïse domine le livre de l'Exode, la libération est l'œuvre commune des hommes et des femmes. Dont la propre fille de Pharaon et sept Madianites ! La première intervention des femmes est celle des accoucheuses (1,15-20). Pour sauver les enfants nouveaux-nés, elles mentent effrontément à Pharaon. Quelle est leur motivation? Le verset 17 parle de leur "crainte de Dieu ", c'est-à-dire leur fidélité à ce Dieu qui veut faire vivre son peuple. Il est permis de parler ici d'un acte de citoyenneté responsable: quand la loi est au service de la mort ou de l'asservissement, celui (ou celle) qui transgresse se met du côté d'une loi plus fondamentale, celle qui appelle à vivre.
Comment ne pas comprendre la mère et la sœur qui veulent soustraire le petit Moïse à la mort qui l'attend (2,1-4) ? Plus étonnante est la conduite de la propre fille de Pharaon, qui désobéit à l'ordre de son père et prend ainsi un risque personnel majeur. Elle agit par compassion humaine (2,6). Cette fois, ce n'est plus la solidarité familiale ou clanique qui joue, mais une solidarité qui franchit les frontières. Déjà, elle anticipe la conduite de Jésus, qui transgressera plus d'une fois la loi, par compassion pour ceux qu'il rencontre et par souci de libération.

4. Les libératrices de la Bible
     Les femmes de la Bible ne sont pas toutes de paisibles ménagères. Outre celles qui viennent d'être évoquées, on pourrait citer de nombreuses figures à la forte stature. En particulier:
* Tamar, qui se fait passer pour une prostituée pour obtenir justice (Gn 38);
* Rahab, la prostituée de Jéricho, qui cache les espions israélites et permet ainsi l'entrée du peuple en terre promise (Jos 2);
* Ruth l'étrangère, qui épousera Booz, ancêtre du roi David (livre de Ruth);
* Suzanne, qui confond ses agresseurs et leur perversité (Dn 13) ;
* Esther, (femme du roi Assuérus, nièce de Mardochée), qui sauve les Israélites alors que le ministre Aman a décidé d'exterminer tout le peuple (livre d'Esther);
* Judith, qui assassine Holopherne et délivre ainsi Jérusalem d'une menace mortelle (livre de Judith);
* La Shulamite, qui chante son amour dans le Cantique des Cantiques.
     Dans la Bible, les femmes sont souvent plus subversives que les hommes, et c'est également vrai pour le Nouveau Testament. La construction de la cité ne se fera pas sans elles!

JacquesVermeylen