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Un Dieu féminin ?
1.Un couple : YHWH et son Ashéra ? ?
2. Un Dieu maternel
3. YHWH Dieu maternel et généreux
4. YHWH, comme une mère, n'oublie pas son nourrisson
5. YHWH console son peuple comme une mère
6. YHWH a enfanté son peuple
7. Les limites de la féminité du Dieu de la Bible
8. Conclusion
Dieu est-il masculin ou féminin ? Dieu est-il sexué comme les êtres humains ?

     Il fut un temps, pas très éloigné, où il paraissait évident que YHWH, le Dieu d'Israël, était de sexe masculin: non seulement les adjectifs et les pronoms qui lui sont attachés ont toujours la forme masculine, mais en outre il est représenté à de très nombreuses reprises sous les traits d'un roi, d'un juge, d'un père, d'un berger ou d'un guerrier. Dans la métaphore conjugale utilisée pour évoquer l'Alliance entre YHWH et Israël (voir en particulier Os 1-3 et Jr 2), la partie divine est représentée par l'homme et la partie humaine l'est par la femme. Ainsi, la masculinité du Dieu de la Bible apparaît comme un fait massif, qui traverse l'ensemble du Livre. Depuis 1970 environ, cette image patriarcale de YHWH est pourtant contestée, ou tout au moins contrebalancée par la mise en évidence de divers traits "féminins" de ce même Dieu. Deux mouvements du christianisme et de la société sont à l'origine de cette évolution. D'une part, bon nombre de théologiens ont attiré l'attention sur les limites des représentations anthropomorphiques de Dieu ; en faire un être masculin - en tout cas exclusivement masculin - ne peut que réduire son mystère et donc le défigurer, en faire une idole. D'autre part, le mouvement féministe ne pouvait manquer de s'en prendre à la figure patriarcale de Dieu, dans la mesure où elle fondait la légitimité de la suprématie masculine dans la société. La publication de nombreux travaux sur les traits féminins du Dieu de la Bible n'a donc rien d'étonnant. Cependant ni les exigences du "théologiquement correct", ni les légitimes revendications féministes ne permettent de changer le contenu de la Bible, et il ne suffit pas de souhaiter que YHWH y présente telle ou telle caractéristique pour qu'il en soit ainsi ; c'est pourquoi d'autres voix tendent aujourd'hui à réduire à des proportions modestes la prétendue féminité de YHWH dans la Bible. Faisons donc le point sur cette question débattue.

1. Un couple : YHWH et son Ashéra ?
     Les panthéons des religions proche-orientales anciennes comportent toujours des dieux et des déesses, qui forment généralement des couples. On connaît par exemple Osiris et Isis en Égypte, Enlil et Ninlil en Mésopota-mie, Él et Athirat à Ougarit. Partout, les dieux sont sexués, et un dieu mas-culin a généralement sa déesse parèdre. Il n'en va pas de même dans la Bible, car le principe du monothéisme l'interdit d'une manière absolue : tout autre culte est prohibé (Ex 20,3 ; Dt 5,7), et il n'existe en définitive pas de divinité en dehors de YHWH, à qui nul ne peut être comparé (Is 40,18 ; 46,5).
     En réalité, ce monothéisme ne remonte pas aux origines d'Israël, mais il est le fruit d'une longue évolution. Au point de départ, Israël était sans doute à bien des égards un peuple parmi d'autres, et d'importants éléments de sa religion ont été hérités du monde cananéen, à commencer par le dieu Él, assimilé à YHWH, et les principales fêtes du calendrier liturgique. On s'est donc demandé si, en des temps anciens, YHWH n'était pas flanqué d'une épouse, ce qui accentuerait son caractère masculin. Cette hypothèse n'a rien d'invraisemblable, car le nom d'Athirat, épouse du dieu cananéen Él et déesse de la fertilité, apparaît dans la Bible sous la forme d'Ashéra, qui désigne soit une divinité païenne associée à Baal (Jg 3,7; 1 R 18,19 ; etc.), soit un pieu de bois qui la représente (Dt 7,5 ; etc.). Le culte d'Ashéra a été longtemps répandu, comme l'attestent à la fois les récits bibliques (voir par exemple 1 R 15,13) et les nombreuses statuettes retrouvées dans les maisons de l'époque royale.
      L'hypothèse d'un couple divin formé par YHWH et Ashéra a été relancée par la découverte de deux inscriptions trouvées à Kuntillet 'Ajrud (nord du Sinaï) et à Khirbet el-Qom (région de la Shéphéla, au sud-ouest de Jérusalem). Ces inscriptions datées du VIIIe siècle avant notre ère environ semblent faire référence à "YHWH et son Ashéra". La première est accompagnée par un dessin dont le sens est controversé : pour les uns, il s'agit de divinités égyptiennes ; pour d'autres, les deux figures principales représentent YHWH et Ashéra, bien que les marques sexuées soient peu évidentes. Ces textes n'apportent pas la preuve d'un culte offert à un couple divin en Israël, car il serait étonnant de voir le nom propre Ashéra assorti d'un suffixe possessif, et le sens de l'expression n'est donc pas assuré. Faute d'élément probant, il vaut mieux renoncer provisoirement à l'hypothèse du couple divin YHWH-Ashéra. De toute manière, même si cette hypothèse était pertinente, elle ne concernerait pas la Bible comme telle, mais la société israélite à une époque assez ancienne.

2. Un Dieu maternel
     Alors que les religions des pays voisins honorent des divinités des deux sexes, la Bible présente YHWH comme le Dieu unique d'Israël, le créateur unique de l'univers. Cumulerait-il les traits masculins et féminins, comme de nombreuses études le soulignent aujourd'hui ? Les références masculines étant surabondantes, c'est du côté féminin qu'il convient de porter l'attention.

3. YHWH Dieu maternel et généreux
     Tout d'abord, parmi les qualificatifs dont YHWH est gratifié, on relève un terme dérivé d'un autre qui signifie 'utérus, ventre maternel' et que l'on peut traduire par "maternel". Ainsi, Moïse déclare à son sujet qu'il est "un Dieu maternel et généreux, long des deux narines (c'est-à-dire peu enclin à la colère), riche en fidélité et en loyauté" (Ex 34,6 ; le tout est repris presque mot pour mot aux Ps 86,15 et 103,8). Les différentes expressions s'explicitent et se renforcent mutuellement : l'attitude maternelle de YHWH envers son peuple n'est rien d'autre que son attachement profond, qui se déploie en générosité, en longue patience, en fidélité quoi qu'il arrive. Le Ps 78 prolonge la même perspective. Après avoir rappelé l'ingra-titude d'Israël au cours de la sortie d'Égypte et de la marche au désert, le psalmiste déclare, à propos de YHWH :
"Lui, il est maternel : il couvrait la faute et ne détruisait pas ; il ne cessait de faire retourner sa colère et ne réveillait pas toute sa fureur" (v. 38).
     Israël se comporte comme un fils ingrat, qui renie ses parents, mais YHWH agit envers lui comme une mère, qui a toutes les patiences et pardonne parce qu'elle aime ses enfants, quoi qu'ils aient pu commettre, car ils sont sa pro-pre chair. Cette attitude n'empêche pas la punition, quand elle est méritée (cf. Ex 34,7), mais cette punition elle-même ne détruit pas l'attachement : qui aime bien châtie bien, dit le proverbe. Le chap. 4 du Deutéronome annonce à Israël qu'il sera dispersé et connaîtra la détresse, mais qu'ensuite il reviendra à son Seigneur, avec ce commentaire :
"YHWH ton Dieu est un Dieu maternel : il ne t'abandon-nera pas, il ne te détruira pas, il n'oubliera pas l'Alliance de tes pères, qu'il leur a jurée" (v. 31).
      Encore une fois, il s'agit d'un amour viscéral, qui invite au pardon et à la réconciliation après la faute. De nombreux autres textes bibliques (par exemple Dt 13,18 ou le Ps 103,4) parlent de YHWH encore avec un mot de la même racine qu'on traduit souvent par 'compassion', 'ten-dresse' ou 'miséricorde'; l'étymologie recommanderait plutôt de parler 'd'attachement maternel' ou 'd'attitude maternelle'.
    

4. YHWH, comme une mère, n'oublie pas son nourrisson
     Le livre d'Isaïe contient un texte qui dit d'une manière saisissante l'attitude maternelle de YHWH envers les siens :
13 Cieux, criez de joie ! Terre, exulte ! Que les montagnes éclatent en cris de joie ! Car YHWH console son peuple, il materne ses humiliés. 14 Elle avait dit, Sion : " YHWH m'a abandonnée, mon Seigneur m'a oubliée ". 15 Une femme oublie-t-elle son nourrisson ? Cesse-elle de materner le fils de son ventre ? Même si celles-là oubliaient, moi je ne t'oublie pas. 16 Vois ! Sur mes paumes je t'ai gravée, tes remparts sont devant moi, toujours. 17 Ils se hâtent, tes fils / tes bâtisseurs ; tes démolisseurs, tes destructeurs s'en vont loin de toi (Is 49,13-17)
.
     Selon la meilleure vraisemblance, ce texte date de l'époque perse et, plus précisément du temps de Néhémie (milieu du Ve siècle) environ. En ces temps d'insécurité, Jérusalem n'a toujours pas pu reconstruire ses remparts détruits par Nabuchodonosor, et elle se trouve à la merci de n'importe quelle bande de pillards. Depuis le moment exaltant du retour à Sion (au temps de Cyrus ou, plus probablement vers 525, sous Darius), la communauté rassemblée autour du Temple a été de désenchantement en désenchantement. Après l'épreuve de l'exil à Babylone, les Sionistes pensaient renouer avec le bonheur et la gloire, mais ils trouvèrent le pays habité par le petit peuple qui n'avait pas été déporté, et ils s'étaient aussitôt trouvés en conflit aigu avec cette population concurrente. Dans les années 520-515, ils ont cru tenir un nouveau roi en la personne du gouverneur Zorobabel, descen-dant de la lignée davidique, ils ont rebâti le Temple, mais le gouverneur a perdu son pouvoir, et rien ne s'est passé. Un grand espoir a traversé la communauté en 482, à la nouvelle de la destruction de Babylone par les Perses, mais rien n'a changé. À présent, la communauté vit dans un sentiment de grande insécurité, et sa prière n'est pas exaucée. Il n'est pas éton-nant qu'elle en vienne à se demander si YHWH ne l'a pas abandonnée pour toujours (v. 14 ; voir dans la même ligne le Ps 22,2). La voix prophétique attribuée à Isaïe répond en substance : YHWH éprouve pour son peuple un attachement plus fort que celui d'une mère pour son enfant. La peine encourue pour ses péchés étant enfin purgée, YHWH va le consoler (cf. 40,1-2, avec un même verbe qu'en Isaïe 49 ). Les cieux et la terre, qui avaient été les témoins de la révolte d'Israël contre YHWH, leur père (1,1-2), peuvent à présent célébrer la décision divine d'intervenir en sa faveur (v. 13) : il se préoccupe des remparts de la ville (v. 16) ; déjà, les bâtisseurs (en suivant le manuscrit d'Isaïe trouvé à Qumrân) se hâtent, tandis que les ennemis vont s'en aller (v. 17). Le texte hébreu de nos Bibles (texte " massorétique ") lit " tes fils " au lieu de " tes bâtisseurs " ; sans doute cette petite correction, qui n'affecte que la vocalisation, provient-elle d'un lecteur qui attendait le rassemblement des Juifs de la Diaspora. Quoi qu'il en soit, Is 49,13-17 exprime d'une manière admirable les sentiments quasi maternels que YHWH éprouve envers son peuple humilié. En 445, les remparts seront réédifiés par Néhémie (cf. Ne 1-6), et les gens de Jéru-salem pour-ront voir dans cet événement une marque de la sollicitude divine à leur égard.

5. YHWH console son peuple comme une mère
      Toujours dans le livre d'Isaïe, on peut lire une autre déclaration divine envers sa communauté :
Comme un homme que sa mère console, ainsi moi je vous consolerai, à Jérusalem vous serez consolés (66,13).

     Ce texte se situe dans la même ligne que le précédent, et il est d'ailleurs vraisemblable qu'il ait été écrit par le même auteur. À nouveau, l'analogie maternelle va de pair avec le thème de la consolation (trois fois). Dans les versets qui précèdent, il est question d'une mère qui accouche de fils innombrables, puis qui donne le sein, porte sa progéniture sur la hanche et la caresse en la tenant sur ses genoux (vv. 7-12). Ici, cependant, la mère est Sion ; quant à YHWH, c'est lui qui " ouvre le sein " et fait naître (v. 9). Il tient en quelque sorte le rôle de la sage-femme (cf. Ps 22,10). Comme au chap. 49, le contexte historique est celui d'une épreuve : la communauté dépérit, et elle craint la disparition. Encore une fois, c'est Néhémie qui va mettre fin à cette angoisse, en repeuplant Jérusalem à nouveau protégée par une muraille (cf. Ne 7,4-72). Sion peut cesser de pleurer : YHWH lui donne des fils. On peut se demander pourquoi le rôle de l'accoucheuse a été préféré à celui de père ; peut-être l'auteur a-t-il voulu éviter une référence trop explicite à une génitalité de Dieu. En tout cas, après avoir attribué à YHWH le rôle de l'accoucheuse, il le compare à une mère qui console son enfant.

6. YHWH a enfanté son peuple
     C'est toujours la métaphore de la mère qui engendre qu'on retrouve en Dt 32,18 : "Le rocher qui t'a mis au monde, tu le négliges, Tu oublies le Dieu qui t'a enfanté". 'Mettre au monde'et 'enfanter' sont des verbes qui ne s'emploient que pour des femmes ; le second d'entre eux évoque même les mouvements provoqués par la douleur de l'accouchement. On lira dans le même sens Is 42,14, ou encore Nb 11,12, où Moïse déclare à son Dieu, sur un ton de reproche :
" Est-ce moi qui ai engendré tout ce peuple, est-ce moi qui l'ai enfanté, que tu me dises : Porte-le sur ton sein comme la nourrice porte un bébé ? "
      Moïse refuse ici un rôle que Dieu devrait assumer lui-même, puisqu'il a fait naître Israël.
Revenons un instant à Dt 32. Au v. 11, on trouve une autre image de sollicitude maternelle : lors du séjour au désert, YHWH s'est comporté avec les siens comme un aigle qui veille sur son nid, plane au-dessus de ses petits, déploie ses ailes et les prend, puis les porte sur son pennage (cf. Ex 19,4). Le mot, qui désigne l'aigle ou le vautour, n'est usité qu'au masculin, mais les gestes de l'animal sont ceux de la tendresse maternelle. De la même manière, plusieurs Psaumes (17,8 ; 57,2 ; 61,5 ; 63,8 ; 91,4) font dire à l'homme pieux qu'il se réfugie à l'ombre des ailes divines, ce qui évoque l'image de la poule protégeant ses poussins.

7. Les limites de la féminité du Dieu de la Bible
     Ce qui précède peut apparaître comme une riche moisson : la Bible parle de YHWH en utilisant volontiers un vocabulaire et des images maternelles. Cela autorise-t-il à affirmer que le Dieu biblique présente des traits fémi-nins autant que masculins ? Au risque de décevoir, la prudence s'impose.
      Tout d'abord, on remarque que la féminité prêtée à YHWH est cantonnée dans le seul domaine de la maternité, (Jacques Nieuviarts, dans un même volume que mon étude, écrit un article, intitulé 'Dieu père ou mère ?' et le remarque lui aussi). Sauf erreur, jamais YHWH n'est dit 'femme'; il n'est nulle part présenté comme épouse ou amante, alors que plusieurs textes parlent de lui en utilisant la métaphore de l'époux ou de l'amant. Encore faut-il ajouter qu'il n'est jamais appelé 'mère', alors qu'il porte le titre de 'père'. En réalité, les traits féminins prêtés à YHWH se limitent à l'emploi de la racine 'ventre maternel' et à quelques métaphores concernant ses émotions ou sa manière d'agir envers son peuple.
     Le qualificatif 'maternel' et le substantif apparenté 'attachement maternel' rapportés à YHWH signifient-ils qu'il est présenté comme une divinité féminine ? Cela n'est pas du tout certain. Dans la littérature ougaritique, le même mot 'maternel' qualifie plus d'une fois Él, le dieu père par excellence, époux d'Athirat. En Ex 34,6 et Dt 4,31, ainsi qu'au Ps 86,15, précisément, YHWH n'est pas qualifié de 'maternel', mais de 'Dieu maternel', utilisant ainsi le nom du dieu cananéen ; le même phénomène peut encore s'observer en Jon 4,2 et Ne 9,31, où figure l'expression plus complète 'Dieu généreux et maternel'. Ajoutons que Ex 34,6 et les textes apparen-tés ne prétendent pas dire l'être de YHWH, mais son agir : pour les Israé-lites, il est 'comme une mère' : il sait être généreux, il prend patience, il agit avec loyauté. Là réside toute la question : YHWH se com-porte-t-il 'en tant que mère' , ou plutôt 'comme une mère' ? Dans la seconde hypo-thèse, l'expression peut se rapporter à un être masculin ou féminin. C'est évidemment dans cette perspective qu'on peut lire :
"Comme l'agir maternel d'un père pour des fils, YHWH est maternel pour ceux qui le craignent " (Ps 103,13).
     De la même manière, le patriarche Jacob dit littéralement à ses fils :
"Que Él Shaddaï vous donne un sentiment," (agir maternel ) à la face de cet homme" ; la Traduction Œcuménique de la Bible traduit avec justesse : "Que le Dieu puissant émeuve cet homme en votre faveur". Il s'agit bien d'un homme, Joseph, auquel le récit prête un attachement semblable à celui d'une femme pour ses enfants. Des textes comme Is 49,13-17 et 66,13 ne disent pas autre chose à propos de YHWH. On peut interpréter dans la même perspective l'image de la sage-femme (Is 66,9) et même un texte comme Dt 32,18.
      Pour être complet, il faut encore signaler trois textes parfois interprétés comme s'ils contestaient la masculinité de YHWH, car on y lit "Dieu n'est pas un homme", (Nb 23,19 ; 1 S 15,29) ou "je suis un Dieu, non un homme", (Os 11,9), en précisant que le mot 'homme' ne désigne pas l'humain en général, mais l'homme mâle. YHWH serait donc au-delà du genre masculin. Cette lecture repose en fait sur un malentendu. Remarquons tout d'abord que les trois textes parlent de Él, le dieu père du panthéon cananéen. Ensuite et surtout, ces textes ne contestent pas le genre masculin de YHWH, mais une manière d'agir qui lui est attribuée. On peut paraphraser : 'Je ne suis menteur, comme le sont les hommes' (Nb 23,19 et 1 S 15,29) ; notons que 'être humain' est parallèle à 'homme' dans le membre de phrase suivant : "je n'agis pas comme un homme, qui se met facilement en colère" (Os 11,9). Malgré l'apparence, ces textes n'ont rien à voir avec la question du genre masculin ou féminin de Dieu.

8. Conclusion
      
Le bilan de l'enquête peut paraître assez maigre. Si l'hypothèse du couple divin YHWH-Ashéra n'a pas encore trouvé un fondement solide, aucun texte biblique ne conteste les représentations masculines traditionnelles de Dieu. Quelques-uns disent cependant que YHWH a pour Israël l'attache-ment d'une mère pour ses fils, et qu'il agit en conséquence. En définitive, les traits 'fémi-nins' du Dieu de la Bible veulent surtout corriger une certaine image masculine, associée à la colère et à l'usage fréquent de la force violente. En même temps, ils font percevoir que YHWH n'est pas l'être suprême impassible que d'aucuns imaginent, mais qu'il sait s'émouvoir ; au-delà de la stricte justice, il s'est tellement engagé dans l'Alliance, qu'il n'abandonnera jamais son peuple, quoi qu'il arrive. La société israélite était de type patriarcal, et les auteurs de la Bible ont très naturellement parlé de Dieu à partir de cette expérience : à leurs yeux, il est donc un père ou un roi. Sans doute un autre discours était-il tout simplement inimaginable. Malgré leur conditionnement culturel, ils ont ajouté que YHWH n'agit pas comme le font les hommes, toujours enclins à la violence. N'est-ce pas suggérer que les images sexuées de Dieu, quelles qu'elles soient, sont de toute manière insuffisantes pour dire son mystère ?

Jacques VERMEYLEN
Faculté de théologie de Lille

Dans, P. GILBERT et D. MARGUERAT (dir), Dieu, vingt-six portraits bibliques, Bayard, Paris, 2002, J. VERMEYLEN, Dieu féminin, pp. 101-111, J. NIEUVIARTS, Dieu, père ou mère ?, pp. 297-310.