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Il
fut un temps, pas très éloigné, où il paraissait évident que YHWH,
le Dieu d'Israël, était de sexe masculin: non seulement les adjectifs
et les pronoms qui lui sont attachés ont toujours la forme masculine,
mais en outre il est représenté à de très nombreuses reprises sous
les traits d'un roi, d'un juge, d'un père, d'un berger ou d'un guerrier.
Dans la métaphore conjugale utilisée pour évoquer l'Alliance entre
YHWH et Israël (voir en particulier Os 1-3 et Jr 2), la partie divine
est représentée par l'homme et la partie humaine l'est par la femme.
Ainsi, la masculinité du Dieu de la Bible apparaît comme un fait
massif, qui traverse l'ensemble du Livre. Depuis 1970 environ, cette
image patriarcale de YHWH est pourtant contestée, ou tout au moins
contrebalancée par la mise en évidence de divers traits "féminins"
de ce même Dieu. Deux mouvements du christianisme et de la société
sont à l'origine de cette évolution. D'une part, bon nombre de théologiens
ont attiré l'attention sur les limites des représentations anthropomorphiques
de Dieu ; en faire un être masculin - en tout cas exclusivement
masculin - ne peut que réduire son mystère et donc le défigurer,
en faire une idole. D'autre part, le mouvement féministe ne pouvait
manquer de s'en prendre à la figure patriarcale de Dieu, dans la
mesure où elle fondait la légitimité de la suprématie masculine
dans la société. La publication de nombreux travaux sur les traits
féminins du Dieu de la Bible n'a donc rien d'étonnant. Cependant
ni les exigences du "théologiquement correct", ni les légitimes
revendications féministes ne permettent de changer le contenu de
la Bible, et il ne suffit pas de souhaiter que YHWH y présente telle
ou telle caractéristique pour qu'il en soit ainsi ; c'est pourquoi
d'autres voix tendent aujourd'hui à réduire à des proportions modestes
la prétendue féminité de YHWH dans la Bible. Faisons donc le point
sur cette question débattue.
1.
Un couple : YHWH et son Ashéra ?
Les
panthéons des religions proche-orientales anciennes comportent toujours
des dieux et des déesses, qui forment généralement des couples.
On connaît par exemple Osiris et Isis en Égypte, Enlil et Ninlil
en Mésopota-mie, Él et Athirat à Ougarit. Partout, les dieux sont
sexués, et un dieu mas-culin a généralement sa déesse parèdre. Il
n'en va pas de même dans la Bible, car le principe du monothéisme
l'interdit d'une manière absolue : tout autre culte est prohibé
(Ex 20,3 ; Dt 5,7), et il n'existe en définitive
pas de divinité en dehors de YHWH, à qui nul ne peut être comparé
(Is 40,18 ; 46,5).
En réalité, ce monothéisme ne remonte
pas aux origines d'Israël, mais il est le fruit d'une longue évolution.
Au point de départ, Israël était sans doute à bien des égards un
peuple parmi d'autres, et d'importants éléments de sa religion ont
été hérités du monde cananéen, à commencer par le dieu Él, assimilé
à YHWH, et les principales fêtes du calendrier liturgique. On s'est
donc demandé si, en des temps anciens, YHWH n'était pas flanqué
d'une épouse, ce qui accentuerait son caractère masculin. Cette
hypothèse n'a rien d'invraisemblable, car le nom d'Athirat, épouse
du dieu cananéen Él et déesse de la fertilité, apparaît dans la
Bible sous la forme d'Ashéra, qui désigne soit une divinité païenne
associée à Baal (Jg 3,7; 1 R 18,19 ; etc.),
soit un pieu de bois qui la représente (Dt 7,5 ;
etc.). Le culte d'Ashéra a été longtemps répandu, comme l'attestent
à la fois les récits bibliques (voir par exemple
1 R 15,13) et les nombreuses statuettes retrouvées dans les
maisons de l'époque royale.
L'hypothèse d'un couple divin formé
par YHWH et Ashéra a été relancée par la découverte de deux inscriptions
trouvées à Kuntillet 'Ajrud (nord du Sinaï)
et à Khirbet el-Qom (région de la Shéphéla, au sud-ouest
de Jérusalem). Ces inscriptions datées du VIIIe siècle avant
notre ère environ semblent faire référence à "YHWH et son Ashéra".
La première est accompagnée par un dessin dont le sens est controversé
: pour les uns, il s'agit de divinités égyptiennes ; pour d'autres,
les deux figures principales représentent YHWH et Ashéra, bien que
les marques sexuées soient peu évidentes. Ces textes n'apportent
pas la preuve d'un culte offert à un couple divin en Israël, car
il serait étonnant de voir le nom propre Ashéra assorti d'un suffixe
possessif, et le sens de l'expression n'est donc pas assuré. Faute
d'élément probant, il vaut mieux renoncer provisoirement à l'hypothèse
du couple divin YHWH-Ashéra. De toute manière, même si cette hypothèse
était pertinente, elle ne concernerait pas la Bible comme telle,
mais la société israélite à une époque assez ancienne.
2.
Un Dieu maternel
Alors
que les religions des pays voisins honorent des divinités des deux
sexes, la Bible présente YHWH comme le Dieu unique d'Israël, le
créateur unique de l'univers. Cumulerait-il les traits masculins
et féminins, comme de nombreuses études le soulignent aujourd'hui
? Les références masculines étant surabondantes, c'est du côté féminin
qu'il convient de porter l'attention.
3.
YHWH Dieu maternel et généreux
Tout
d'abord, parmi les qualificatifs dont YHWH est gratifié, on relève
un terme dérivé d'un autre qui signifie 'utérus, ventre maternel'
et que l'on peut traduire par "maternel". Ainsi, Moïse déclare à
son sujet qu'il est "un Dieu maternel et généreux, long des deux
narines (c'est-à-dire peu enclin à la colère),
riche en fidélité et en loyauté" (Ex 34,6
; le tout est repris presque mot pour mot aux Ps 86,15 et 103,8).
Les différentes expressions s'explicitent et se renforcent mutuellement
: l'attitude maternelle de YHWH envers son peuple n'est rien d'autre
que son attachement profond, qui se déploie en générosité, en longue
patience, en fidélité quoi qu'il arrive. Le Ps 78 prolonge la même
perspective. Après avoir rappelé l'ingra-titude d'Israël au cours
de la sortie d'Égypte et de la marche au désert, le psalmiste déclare,
à propos de YHWH :
"Lui, il est maternel : il couvrait la faute et ne détruisait
pas ; il ne cessait de faire retourner sa colère et ne réveillait
pas toute sa fureur" (v. 38).
Israël se comporte comme un fils ingrat,
qui renie ses parents, mais YHWH agit envers lui comme une mère,
qui a toutes les patiences et pardonne parce qu'elle aime ses enfants,
quoi qu'ils aient pu commettre, car ils sont sa pro-pre chair. Cette
attitude n'empêche pas la punition, quand elle est méritée (cf.
Ex 34,7), mais cette punition elle-même ne détruit pas l'attachement
: qui aime bien châtie bien, dit le proverbe. Le chap. 4 du Deutéronome
annonce à Israël qu'il sera dispersé et connaîtra la détresse, mais
qu'ensuite il reviendra à son Seigneur, avec ce commentaire :
"YHWH ton Dieu est un Dieu maternel : il ne t'abandon-nera pas,
il ne te détruira pas, il n'oubliera pas l'Alliance de tes pères,
qu'il leur a jurée" (v. 31).
Encore une fois, il s'agit d'un amour
viscéral, qui invite au pardon et à la réconciliation après la faute.
De nombreux autres textes bibliques (par exemple
Dt 13,18 ou le Ps 103,4) parlent de YHWH encore avec un mot
de la même racine qu'on traduit souvent par 'compassion', 'ten-dresse'
ou 'miséricorde'; l'étymologie recommanderait plutôt de parler 'd'attachement
maternel' ou 'd'attitude maternelle'.
4.
YHWH, comme une mère, n'oublie pas son nourrisson
Le
livre d'Isaïe contient un texte qui dit d'une manière saisissante
l'attitude maternelle de YHWH envers les siens :
13 Cieux, criez de joie ! Terre, exulte ! Que les montagnes éclatent
en cris de joie ! Car YHWH console son peuple, il materne ses humiliés.
14 Elle avait dit, Sion : " YHWH m'a abandonnée, mon Seigneur m'a
oubliée ". 15 Une femme oublie-t-elle son nourrisson ? Cesse-elle
de materner le fils de son ventre ? Même si celles-là oubliaient,
moi je ne t'oublie pas. 16 Vois ! Sur mes paumes je t'ai gravée,
tes remparts sont devant moi, toujours. 17 Ils se hâtent, tes fils
/ tes bâtisseurs ; tes démolisseurs, tes destructeurs s'en vont
loin de toi (Is 49,13-17).
Selon la meilleure vraisemblance,
ce texte date de l'époque perse et, plus précisément du temps de
Néhémie (milieu du Ve siècle) environ. En
ces temps d'insécurité, Jérusalem n'a toujours pas pu reconstruire
ses remparts détruits par Nabuchodonosor, et elle se trouve à la
merci de n'importe quelle bande de pillards. Depuis le moment exaltant
du retour à Sion (au temps de Cyrus ou, plus probablement
vers 525, sous Darius), la communauté rassemblée autour du
Temple a été de désenchantement en désenchantement. Après l'épreuve
de l'exil à Babylone, les Sionistes pensaient renouer avec le bonheur
et la gloire, mais ils trouvèrent le pays habité par le petit peuple
qui n'avait pas été déporté, et ils s'étaient aussitôt trouvés en
conflit aigu avec cette population concurrente. Dans les années
520-515, ils ont cru tenir un nouveau roi en la personne du gouverneur
Zorobabel, descen-dant de la lignée davidique, ils ont rebâti le
Temple, mais le gouverneur a perdu son pouvoir, et rien ne s'est
passé. Un grand espoir a traversé la communauté en 482, à la nouvelle
de la destruction de Babylone par les Perses, mais rien n'a changé.
À présent, la communauté vit dans un sentiment de grande insécurité,
et sa prière n'est pas exaucée. Il n'est pas éton-nant qu'elle en
vienne à se demander si YHWH ne l'a pas abandonnée pour toujours
(v. 14 ; voir dans la même ligne le Ps 22,2).
La voix prophétique attribuée à Isaïe répond en substance : YHWH
éprouve pour son peuple un attachement plus fort que celui d'une
mère pour son enfant. La peine encourue pour ses péchés étant enfin
purgée, YHWH va le consoler (cf. 40,1-2, avec un
même verbe qu'en Isaïe 49 ). Les cieux et la terre, qui avaient
été les témoins de la révolte d'Israël contre YHWH, leur père (1,1-2),
peuvent à présent célébrer la décision divine d'intervenir en sa
faveur (v. 13) : il se préoccupe des remparts
de la ville (v. 16) ; déjà, les bâtisseurs
(en suivant le manuscrit d'Isaïe trouvé à Qumrân)
se hâtent, tandis que les ennemis vont s'en aller (v.
17). Le texte hébreu de nos Bibles (texte
" massorétique ") lit " tes fils " au lieu de " tes bâtisseurs
" ; sans doute cette petite correction, qui n'affecte que la vocalisation,
provient-elle d'un lecteur qui attendait le rassemblement des Juifs
de la Diaspora. Quoi qu'il en soit, Is 49,13-17 exprime d'une manière
admirable les sentiments quasi maternels que YHWH éprouve envers
son peuple humilié. En 445, les remparts seront réédifiés par Néhémie
(cf. Ne 1-6), et les gens de Jéru-salem pour-ront voir dans
cet événement une marque de la sollicitude divine à leur égard.
5.
YHWH console son peuple comme une mère
Toujours
dans le livre d'Isaïe, on peut lire une autre déclaration divine
envers sa communauté :
Comme un homme que sa mère console, ainsi moi je vous consolerai,
à Jérusalem vous serez consolés (66,13).
Ce texte se situe dans la même ligne
que le précédent, et il est d'ailleurs vraisemblable qu'il ait été
écrit par le même auteur. À nouveau, l'analogie maternelle va de
pair avec le thème de la consolation (trois fois).
Dans les versets qui précèdent, il est question d'une mère qui accouche
de fils innombrables, puis qui donne le sein, porte sa progéniture
sur la hanche et la caresse en la tenant sur ses genoux (vv.
7-12). Ici, cependant, la mère est Sion ; quant à YHWH, c'est
lui qui " ouvre le sein " et fait naître (v. 9).
Il tient en quelque sorte le rôle de la sage-femme (cf.
Ps 22,10). Comme au chap. 49, le contexte historique est
celui d'une épreuve : la communauté dépérit, et elle craint la disparition.
Encore une fois, c'est Néhémie qui va mettre fin à cette angoisse,
en repeuplant Jérusalem à nouveau protégée par une muraille (cf.
Ne 7,4-72). Sion peut cesser de pleurer : YHWH lui donne
des fils. On peut se demander pourquoi le rôle de l'accoucheuse
a été préféré à celui de père ; peut-être l'auteur a-t-il voulu
éviter une référence trop explicite à une génitalité de Dieu. En
tout cas, après avoir attribué à YHWH le rôle de l'accoucheuse,
il le compare à une mère qui console son enfant.
6.
YHWH a enfanté son peuple
C'est
toujours la métaphore de la mère qui engendre qu'on retrouve en
Dt 32,18 : "Le rocher qui t'a mis au monde, tu le négliges,
Tu oublies le Dieu qui t'a enfanté". 'Mettre au monde'et
'enfanter' sont des verbes qui ne s'emploient que pour des femmes
; le second d'entre eux évoque même les mouvements provoqués par
la douleur de l'accouchement. On lira dans le même sens Is 42,14,
ou encore Nb 11,12, où Moïse déclare à son Dieu, sur un ton de reproche
:
" Est-ce moi qui ai engendré tout ce peuple, est-ce moi qui l'ai
enfanté, que tu me dises : Porte-le sur ton sein comme la nourrice
porte un bébé ? "
Moïse refuse ici un rôle que Dieu
devrait assumer lui-même, puisqu'il a fait naître Israël.
Revenons un instant à Dt 32. Au v. 11, on trouve une autre image
de sollicitude maternelle : lors du séjour au désert, YHWH s'est
comporté avec les siens comme un aigle qui veille sur son nid, plane
au-dessus de ses petits, déploie ses ailes et les prend, puis les
porte sur son pennage (cf. Ex 19,4). Le mot,
qui désigne l'aigle ou le vautour, n'est usité qu'au masculin, mais
les gestes de l'animal sont ceux de la tendresse maternelle. De
la même manière, plusieurs Psaumes (17,8 ; 57,2 ;
61,5 ; 63,8 ; 91,4) font dire à l'homme pieux qu'il se réfugie
à l'ombre des ailes divines, ce qui évoque l'image de la poule protégeant
ses poussins.
7.
Les limites de la féminité du Dieu de la Bible
Ce
qui précède peut apparaître comme une riche moisson : la Bible parle
de YHWH en utilisant volontiers un vocabulaire et des images maternelles.
Cela autorise-t-il à affirmer que le Dieu biblique présente des
traits fémi-nins autant que masculins ? Au risque de décevoir, la
prudence s'impose.
Tout d'abord, on remarque que la
féminité prêtée à YHWH est cantonnée dans le seul domaine de la
maternité, (Jacques Nieuviarts, dans un même volume
que mon étude, écrit un article, intitulé 'Dieu père ou mère ?'
et le remarque lui aussi). Sauf erreur, jamais YHWH n'est
dit 'femme'; il n'est nulle part présenté comme épouse ou amante,
alors que plusieurs textes parlent de lui en utilisant la métaphore
de l'époux ou de l'amant. Encore faut-il ajouter qu'il n'est jamais
appelé 'mère', alors qu'il porte le titre de 'père'. En réalité,
les traits féminins prêtés à YHWH se limitent à l'emploi de la racine
'ventre maternel' et à quelques métaphores concernant ses émotions
ou sa manière d'agir envers son peuple.
Le
qualificatif 'maternel' et le substantif apparenté 'attachement
maternel' rapportés à YHWH signifient-ils qu'il est présenté comme
une divinité féminine ? Cela n'est pas du tout certain. Dans la
littérature ougaritique, le même mot 'maternel' qualifie plus d'une
fois Él, le dieu père par excellence, époux d'Athirat. En Ex 34,6
et Dt 4,31, ainsi qu'au Ps 86,15, précisément, YHWH n'est pas qualifié
de 'maternel', mais de 'Dieu maternel', utilisant ainsi le nom du
dieu cananéen ; le même phénomène peut encore s'observer en Jon
4,2 et Ne 9,31, où figure l'expression plus complète 'Dieu généreux
et maternel'. Ajoutons que Ex 34,6 et les textes apparen-tés ne
prétendent pas dire l'être de YHWH, mais son agir : pour les Israé-lites,
il est 'comme une mère' : il sait être généreux, il prend patience,
il agit avec loyauté. Là réside toute la question : YHWH se com-porte-t-il
'en tant que mère' , ou plutôt 'comme une mère' ? Dans la seconde
hypo-thèse, l'expression peut se rapporter à un être masculin ou
féminin. C'est évidemment dans cette perspective qu'on peut lire
:
"Comme l'agir maternel d'un père pour des fils, YHWH est maternel
pour ceux qui le craignent " (Ps 103,13).
De la même manière, le patriarche
Jacob dit littéralement à ses fils :
"Que Él Shaddaï vous donne un sentiment," (agir maternel ) à
la face de cet homme" ; la Traduction Œcuménique de la Bible
traduit avec justesse : "Que le Dieu puissant émeuve cet homme
en votre faveur". Il s'agit bien d'un homme, Joseph, auquel
le récit prête un attachement semblable à celui d'une femme pour
ses enfants. Des textes comme Is 49,13-17 et 66,13 ne disent pas
autre chose à propos de YHWH. On peut interpréter dans la même perspective
l'image de la sage-femme (Is 66,9) et même
un texte comme Dt 32,18.
Pour être complet, il faut encore
signaler trois textes parfois interprétés comme s'ils contestaient
la masculinité de YHWH, car on y lit "Dieu n'est pas un homme",
(Nb 23,19 ; 1 S 15,29) ou "je suis un Dieu,
non un homme", (Os 11,9), en précisant
que le mot 'homme' ne désigne pas l'humain en général, mais l'homme
mâle. YHWH serait donc au-delà du genre masculin. Cette lecture
repose en fait sur un malentendu. Remarquons tout d'abord que les
trois textes parlent de Él, le dieu père du panthéon cananéen. Ensuite
et surtout, ces textes ne contestent pas le genre masculin de YHWH,
mais une manière d'agir qui lui est attribuée. On peut paraphraser
: 'Je ne suis menteur, comme le sont les hommes' (Nb
23,19 et 1 S 15,29) ; notons que 'être humain' est parallèle
à 'homme' dans le membre de phrase suivant : "je n'agis pas comme
un homme, qui se met facilement en colère" (Os
11,9). Malgré l'apparence, ces textes n'ont rien à voir avec
la question du genre masculin ou féminin de Dieu.
8.
Conclusion
Le
bilan de l'enquête peut paraître assez maigre. Si l'hypothèse du
couple divin YHWH-Ashéra n'a pas encore trouvé un fondement solide,
aucun texte biblique ne conteste les représentations masculines
traditionnelles de Dieu. Quelques-uns disent cependant que YHWH
a pour Israël l'attache-ment d'une mère pour ses fils, et qu'il
agit en conséquence. En définitive, les traits 'fémi-nins' du Dieu
de la Bible veulent surtout corriger une certaine image masculine,
associée à la colère et à l'usage fréquent de la force violente.
En même temps, ils font percevoir que YHWH n'est pas l'être suprême
impassible que d'aucuns imaginent, mais qu'il sait s'émouvoir ;
au-delà de la stricte justice, il s'est tellement engagé dans l'Alliance,
qu'il n'abandonnera jamais son peuple, quoi qu'il arrive. La société
israélite était de type patriarcal, et les auteurs de la Bible ont
très naturellement parlé de Dieu à partir de cette expérience :
à leurs yeux, il est donc un père ou un roi. Sans doute un autre
discours était-il tout simplement inimaginable. Malgré leur conditionnement
culturel, ils ont ajouté que YHWH n'agit pas comme le font les hommes,
toujours enclins à la violence. N'est-ce pas suggérer que les images
sexuées de Dieu, quelles qu'elles soient, sont de toute manière
insuffisantes pour dire son mystère ?
Jacques
VERMEYLEN
Faculté de théologie de Lille
Dans,
P. GILBERT et D. MARGUERAT (dir), Dieu, vingt-six portraits bibliques,
Bayard, Paris, 2002, J. VERMEYLEN, Dieu féminin, pp. 101-111,
J. NIEUVIARTS, Dieu, père ou mère ?, pp. 297-310.
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