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"Il courut se jeter à son cou et l’embrassa" (Luc 15,20)
1. Le Père veut ses enfants libres
2. Le Père est toujours attentif à ses enfants
3. Le Père ne renie jamais ses fils
4. Le Père n'a pas de cahier de charge
5. La porte de la maison est toujours ouverte
 L’évangile de Luc, appelé parfois « l’évangile de la miséricorde », nous offre des pages merveilleuses sur la délicatesse et l’amour de Dieu. Nous en voulons pour preuve la parabole, connue sous le titre de « parabole du fils prodigue » (voir Lc 15,11 à 32). Les malheurs du fils cadet racontés dans cet épisode ne devraient pas porter une ombre sur tous les gestes du père, discrets mais bien expressifs d’un amour qui engendre la vie et l’espérance. Un père qui, loin d’être indifférent, « court se jeter au cou et couvre de baisers » celui qui revient vers lui. Un père qui nous invite à sa table, quelle que soit notre conduite. C’est donc avec raison que certains ont proposé de donner un autre titre à cette parabole : « parabole du père prodigue », c’est-à-dire du père aimant sans compter.
          Voici quelques facettes de l’amour de ce père :

 

1. Le père veut ses enfants libres

« Un homme avait deux fils. Le cadet dit à son père : ‘Donne-moi la part d’héritage qui me revient’. Il leur partagea son bien (en grec : ‘tòn bíon’ = ‘la vie’ . Lc 15,11 et 12)

        En demandant à son père l’héritage, le cadet utilise un terme qui signifie « avoir », « fortune ». Quand le rédacteur parle de l’attitude du père, il emploie un autre mot dont le premier sens est « vie » et le deuxième « biens ». Le père ne donne donc pas seulement des « biens » à ses enfants. Ainsi la parabole nous montre que le père répond à la demande de son fils, mais pas dans les mêmes termes. Tandis que le cadet demande quelque chose de matériel, le père donne la « vie ».
        Seul le fils cadet demande sa part, mais le père donne aussi à l’aîné. Dès le début, il est clair que le père ne fait pas de préférence. Il aime également ses deux enfants, partageant entre eux deux son « bien », la vie. Le père n’utilise ni la force, ni les discours persuasifs pour obliger le cadet à rester. Il lui laisse la liberté pour qu’il ait la possibilité d’aimer. En effet, sans liberté, il n’y a pas d’amour réel. Malheureusement, le fils passera par la dure expérience de l’échec, de la solitude et de la « mort ». Cependant, après cela, il pourra vivre une relation d’amour, père-fils et non celle de patron-esclave ou marionnettiste-marionnette.
        Les deux paraboles précédentes, celle de la brebis perdue et celle de la drachme (Lc 15,1 à 10), forment un ensemble avec la parabole de l’enfant prodigue. Or, dans le premier cas, le berger va chercher la brebis et, dans le deuxième, la femme met sa maison sens dessus-dessous pour retrouver sa monnaie. La maîtresse de maison ne demande pas l’opinion de la pièce perdue, objet inanimé, ni le berger celle de la brebis, un animal. Le père se trouve devant un fils, une personne. Il n’agit pas comme devant un objet ou un animal. Il attend donc que le cadet exprime un désir de retour. Voilà pourquoi, il ne va pas le chercher. Par conséquent, à la question « Le père n’était-il pas indifférent ? », on doit répondre négativement.
        L’efficacité aurait, en effet, poussé le père à ne pas donner l’héritage au fils, ou bien à l’empêcher de partir, ou encore à aller le chercher là où il se trouvait pour le convaincre de revenir à la maison pour ne pas devoir vivre dans des conditions misérables. L’amour, cependant, conduit le père à une autre attitude : celle qui laisse au fils son entière liberté. Car, au-delà d’un temps d’éloignement et de solitude, la relation qui pourra se nouer sera d’amitié et d’amour alors qu’autrement, malgré une proximité matérielle et physique, elle ne serait que d’esclavage.

2. Le père est toujours attentif à ses enfants

« Et se levant, il alla vers son père. Or, quand il était encore loin, son père le vit et il fut bouleversé, et courant, il se jeta à son cou et l’embrassa » (Lc 15,20)

       Le fils n’avait donné ni le jour, ni l’heure de son arrivée. Il n’avait même pas averti qu’il reviendrait, lui qui était parti sans rien dire. Cependant, le père le voit de loin. N’attendait-il donc pas le moindre signe de la part du cadet et en tout moment n’espérait-il pas le revoir ? L’attitude du père n’était certainement pas de l’indifférence. Son apparente passivité n’était pas du désintéressement.
        Aussitôt le voit-il revenir, qu’il court à sa rencontre. Il n’attend pas impassible, assis chez lui, au coin du feu. Il désirait ce retour et « l’accélère » en courant à la rencontre de celui à qui il avait donné la vie.
       Devant le célèbre tableau de Rembrandt et d’autres peints après lui, on peut méditer devant le fils tombé à genoux aux pieds de son père. Ce dernier est accueillant et sans reproche, mais il est immobile. Seul le fils a cheminé et ramène avec lui la poussière du chemin. Dans le tableau peint par Luc, Jésus nous invite à contempler l’attitude de ce père qui est allé au devant de son fils et « tombe au cou » de celui qui, se désintéressant de lui, avait exigé son héritage puis était parti sans « Merci » ni « À bientôt ».
       Dès lors, on imagine les rôles inversés. C’est le père qui a couru et, tandis que le fils est debout, car « il s’est levé » (Lc 15,20, le mot grec suggère même qu’il s’agit d’une « résurrection »), le père tombe à genoux à ses pieds, serrant son enfant dans les bras. Bouleversés devant l’intensité de l’amour du père, avec le cadet nous reconnaissons nos torts en lui disant « Père » et nous découvrons ce que signifie pardonner. Nous « ne méritons pas d’être appelés fils » (voir Lc 15,21), c’est une réalité. Mais cela nous est offert en « don », par dessus un don qui avait déjà été fait. Cela nous est donné en pardon.

3. Le père ne renie jamais ses fils

Le père dit à ses serviteurs : « Vite, apportez le meilleur habit et mettez-le-lui, mettez-lui la bague au doigt et les chaussures aux pieds. Amenez le veau gras et tuez-le, mangeons et réjouissons-nous. Car mon fils était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et a été retrouvé » (Lc 15,22 à 24)

      Les premiers mots du père sont des mots d’accueil et de fête. Non seulement il accepte que son fils rentre à la maison, mais il le reçoit en toute dignité. Il le fait revêtir des plus beaux habits, lui met un anneau-sceau, signe d’autorité, et les chaussures de l’homme libre. Sans attendre un jour de fête établi, il fait préparer tout de suite un grand banquet.
     Tandis que le fils avait envisagé de devenir, dans le meilleur des cas, un des journaliers de la maison paternelle (Lc 15,18), cette idée n’effleure son père pas un instant. Pour lui, le fils est toujours fils.

4. Le père n’a pas de cahier de charge

« Le père dit à son fils aîné : ‘Mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi’ » (Lc 15,31)

        Le père établit une relation de communion, pas une transaction commerciale avec ses enfants. L’amour du père est gratuit. Son attitude envers ses fils ne dépend pas des mérites accumulés par ceux-ci. Le père n’apprécie pas ses enfants pour la perfection de leur vie et ne va pas les rejeter à cause de leurs erreurs. Son amour demeure, car il est Amour et ne saurait pas ne pas aimer.
        Le père aime le cadet autant que l’aîné. Il l’aime malgré la vie dissolue qu’il a menée et le peu d’amour qu’il a montré en partant avec son héritage sans dire un mot. Quand il décide de revenir, le père le reçoit comme un fils. Il ne le punit pas en le mettant à un poste de salarié jusqu’à ce qu’il ait remboursé ses dettes et racheté ses fautes. Mais le manque d’amour peut-il se compter en argent et en temps ?
       Le père aime l’aîné autant que le cadet. Son amour n’est pas une récompense pour sa bonne conduite. Il se manifeste dans une communion et un partage total : « Tout ce qui est à moi est à toi » (Lc 15,31). Celui qui est resté à la maison fait les comptes : « Je t’ai servi X fois, tu me dois X biens. Mon frère a tout dépensé, il ne mérite rien ; surtout pas le veau gras ! » Le père a d’autres calculs, ceux de l’amour et du partage, ceux de la vie et non ceux de la mort. Il invite son fils, - ainsi que nous aujourd’hui-, à entrer dans cette façon de voir  pour entrer dans la joie du royaume: « Ton frère que voici était mort et il est retourné à la vie, il était perdu et il a été retrouvé, il fallait donc se réjouir et faire la fête » (Lc 15,32).

5. La porte de la maison du Père est ouverte
       Aucun des deux fils ne comprend tout de suite l’amour du père. Mais à leur égard, la parabole ne parle ni de reproches acerbes, ni de condamnation. Elle a été racontée par Jésus pour que les interlocuteurs laissent leur incompréhension et entrent dans la fête ; pour qu’ils abandonnent leurs calculs étroits et s’assoient à la table du banquet. Nous sommes tous invités à faire l’expérience de l’amour d’un père qui nous attend et nous ouvre tout grand les portes de sa maison. Comme ces fils, nous avons peut-être de la difficulté à découvrir l’amour du Père. Mais ce passage de l’évangile ne nous enferme pas dans une prison pour purger une peine. Il nous indique l’entrée de la maison paternelle et nous invite à participer à la joie de la fête.

Bernadette Escaffre
Pour découvrir la parabole avec des enfantsvoir la page catéchèse