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1.
Le père veut ses enfants libres
« Un
homme avait deux fils. Le cadet dit à son père : ‘Donne-moi la part
d’héritage qui me revient’. Il leur partagea son bien (en
grec : ‘tòn bíon’ = ‘la vie’ . Lc 15,11 et 12)
En
demandant à son père l’héritage, le cadet utilise un terme qui signifie
« avoir », « fortune ». Quand le rédacteur parle de l’attitude du père,
il emploie un autre mot dont le premier sens est « vie » et le deuxième
« biens ». Le père ne donne donc pas seulement des « biens » à ses enfants.
Ainsi la parabole nous montre que le père répond à la demande de son fils,
mais pas dans les mêmes termes. Tandis que le cadet demande quelque chose
de matériel, le père donne la « vie ».
Seul le fils cadet demande
sa part, mais le père donne aussi à l’aîné. Dès le début, il est clair
que le père ne fait pas de préférence. Il aime également ses deux enfants,
partageant entre eux deux son « bien », la vie. Le père n’utilise ni la
force, ni les discours persuasifs pour obliger le cadet à rester. Il lui
laisse la liberté pour qu’il ait la possibilité d’aimer. En effet, sans
liberté, il n’y a pas d’amour réel. Malheureusement, le fils passera par
la dure expérience de l’échec, de la solitude et de la « mort ». Cependant,
après cela, il pourra vivre une relation d’amour, père-fils et non celle
de patron-esclave ou marionnettiste-marionnette.
Les deux paraboles précédentes,
celle de la brebis perdue et celle de la drachme (Lc 15,1
à 10), forment un ensemble avec la parabole de l’enfant prodigue.
Or, dans le premier cas, le berger va chercher la brebis et, dans le deuxième,
la femme met sa maison sens dessus-dessous pour retrouver sa monnaie.
La maîtresse de maison ne demande pas l’opinion de la pièce perdue, objet
inanimé, ni le berger celle de la brebis, un animal. Le père se trouve
devant un fils, une personne. Il n’agit pas comme devant un objet ou un
animal. Il attend donc que le cadet exprime un désir de retour. Voilà
pourquoi, il ne va pas le chercher. Par conséquent, à la question « Le
père n’était-il pas indifférent ? », on doit répondre négativement.
L’efficacité aurait, en
effet, poussé le père à ne pas donner l’héritage au fils, ou bien à l’empêcher
de partir, ou encore à aller le chercher là où il se trouvait pour le
convaincre de revenir à la maison pour ne pas devoir vivre dans des conditions
misérables. L’amour, cependant, conduit le père à une autre attitude :
celle qui laisse au fils son entière liberté. Car, au-delà d’un temps
d’éloignement et de solitude, la relation qui pourra se nouer sera d’amitié
et d’amour alors qu’autrement, malgré une proximité matérielle et physique,
elle ne serait que d’esclavage.
2.
Le père est toujours attentif à ses enfants
« Et
se levant, il alla vers son père. Or, quand il était encore loin, son
père le vit et il fut bouleversé, et courant, il se jeta à son cou et
l’embrassa » (Lc 15,20)
Le
fils n’avait donné ni le jour, ni l’heure de son arrivée. Il n’avait même
pas averti qu’il reviendrait, lui qui était parti sans rien dire. Cependant,
le père le voit de loin. N’attendait-il donc pas le moindre signe de la
part du cadet et en tout moment n’espérait-il pas le revoir ? L’attitude
du père n’était certainement pas de l’indifférence. Son apparente passivité
n’était pas du désintéressement.
Aussitôt le voit-il revenir,
qu’il court à sa rencontre. Il n’attend pas impassible, assis chez lui,
au coin du feu. Il désirait ce retour et « l’accélère » en courant à la
rencontre de celui à qui il avait donné la vie.
Devant le célèbre tableau de
Rembrandt et d’autres peints après lui, on peut méditer devant le fils
tombé à genoux aux pieds de son père. Ce dernier est accueillant et sans
reproche, mais il est immobile. Seul le fils a cheminé et ramène avec
lui la poussière du chemin. Dans le tableau peint par Luc, Jésus nous
invite à contempler l’attitude de ce père qui est allé au devant de son
fils et « tombe au cou » de celui qui, se désintéressant de lui, avait
exigé son héritage puis était parti sans « Merci » ni « À bientôt ».
Dès lors, on imagine les rôles
inversés. C’est le père qui a couru et, tandis que le fils est debout,
car « il s’est levé » (Lc 15,20, le mot grec suggère même
qu’il s’agit d’une « résurrection »), le père tombe à genoux à
ses pieds, serrant son enfant dans les bras. Bouleversés devant l’intensité
de l’amour du père, avec le cadet nous reconnaissons nos torts en lui
disant « Père » et nous découvrons ce que signifie pardonner. Nous « ne
méritons pas d’être appelés fils » (voir Lc 15,21),
c’est une réalité. Mais cela nous est offert en « don », par dessus un
don qui avait déjà été fait. Cela nous est donné en pardon.
3.
Le père ne renie jamais ses fils
Le
père dit à ses serviteurs : « Vite, apportez le meilleur habit et mettez-le-lui,
mettez-lui la bague au doigt et les chaussures aux pieds. Amenez le
veau gras et tuez-le, mangeons et réjouissons-nous. Car mon fils était
mort et il est revenu à la vie, il était perdu et a été retrouvé »
(Lc 15,22 à 24)
Les
premiers mots du père sont des mots d’accueil et de fête. Non seulement
il accepte que son fils rentre à la maison, mais il le reçoit en toute
dignité. Il le fait revêtir des plus beaux habits, lui met un anneau-sceau,
signe d’autorité, et les chaussures de l’homme libre. Sans attendre un
jour de fête établi, il fait préparer tout de suite un grand banquet.
Tandis que le fils avait envisagé de devenir,
dans le meilleur des cas, un des journaliers de la maison paternelle (Lc
15,18), cette idée n’effleure son père pas un instant. Pour lui,
le fils est toujours fils.
4.
Le père n’a pas de cahier de charge
« Le
père dit à son fils aîné : ‘Mon enfant, tu es toujours avec moi et tout
ce qui est à moi est à toi’ » (Lc 15,31)
Le
père établit une relation de communion, pas une transaction commerciale
avec ses enfants. L’amour du père est gratuit. Son attitude envers ses
fils ne dépend pas des mérites accumulés par ceux-ci. Le père n’apprécie
pas ses enfants pour la perfection de leur vie et ne va pas les rejeter
à cause de leurs erreurs. Son amour demeure, car il est Amour et ne saurait
pas ne pas aimer.
Le père aime le cadet
autant que l’aîné. Il l’aime malgré la vie dissolue qu’il a menée
et le peu d’amour qu’il a montré en partant avec son héritage sans dire
un mot. Quand il décide de revenir, le père le reçoit comme un fils. Il
ne le punit pas en le mettant à un poste de salarié jusqu’à ce qu’il ait
remboursé ses dettes et racheté ses fautes. Mais le manque d’amour peut-il
se compter en argent et en temps ?
Le père aime l’aîné autant
que le cadet. Son amour n’est pas une récompense pour sa bonne conduite.
Il se manifeste dans une communion et un partage total : « Tout ce qui
est à moi est à toi » (Lc 15,31). Celui qui est resté à la maison fait
les comptes : « Je t’ai servi X fois, tu me dois X biens. Mon frère a
tout dépensé, il ne mérite rien ; surtout pas le veau gras ! » Le père
a d’autres calculs, ceux de l’amour et du partage, ceux de la vie et non
ceux de la mort. Il invite son fils, - ainsi que nous aujourd’hui-, à
entrer dans cette façon de voir pour entrer dans la joie du royaume:
« Ton frère que voici était mort et il est retourné à la vie, il était
perdu et il a été retrouvé, il fallait donc se réjouir et faire la fête »
(Lc 15,32).
5.
La porte de la maison du Père est ouverte
Aucun des deux fils
ne comprend tout de suite l’amour du père. Mais à leur égard, la parabole
ne parle ni de reproches acerbes, ni de condamnation. Elle a été racontée
par Jésus pour que les interlocuteurs laissent leur incompréhension et
entrent dans la fête ; pour qu’ils abandonnent leurs calculs étroits et
s’assoient à la table du banquet. Nous sommes tous invités à faire l’expérience
de l’amour d’un père qui nous attend et nous
ouvre tout grand les portes de sa maison. Comme ces fils, nous avons peut-être
de la difficulté à découvrir l’amour du Père. Mais ce passage de l’évangile
ne nous enferme pas dans une prison pour purger une peine. Il nous indique
l’entrée de la maison paternelle et nous invite à participer à la joie
de la fête.
Bernadette
Escaffre
Pour découvrir la parabole avec des enfantsvoir la page catéchèse
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