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En parlant de la
résurrection, Paul sengage dans deux directions : il vise,
dabord, le fait même, lévénement de la
résurrection de Jésus, et puis, il décrit ce quelle
réalise et effectue. Ceci indique le sens et la signification de
cette résurrection, et la place quelle a dans lensemble
de loeuvre de Dieu, telle que la Bible la présente. Paul
parle et du fait et des résultats. Que sest-il passé
? Quelle est limportance de cet événement ? Et puis,
quest-ce que cela nous apporte, quel sens cela a-t-il pour nous
? Où ce fait nous mène-t-il ? Quelle influence la résurrection
de Jésus exerce-t-elle sur la condition de ceux qui, par la foi
et le baptême, font profession dêtre ses disciples ?
Dune part, le fait objectif, et dautre part, la dimension
subjective, celle qui concerne les êtres humains qui accueillent
les fruits engendrés par le fait objectif. Les développements
de Paul sur ce second thème constitue une des pièces maîtresses
de son oeuvre.
Paul envisage
souvent le fait, ainsi dans 1 Thess 4,14 : « nous croyons que Jésus
est mort et quil est ressuscité ». Dans 1 Cor 15, il
écrit : "Le Christ est mort... il a été mis
au tombeau... il est ressuscité... est apparu à Pierre,
puis aux Douze... En tout dernier lieu, il est apparu à moi (Paul)".
Mêmes affirmations ailleurs : Rom 1,3-4 ; Phil 2,9. Cest là
le registre des faits. Dans dautres passages, nous voyons quil
décrit la dimension spirituelle du fait, répondant à
la question : quest-ce que cette résurrection apporte aux
croyants qui sont baptisés ?
Le fait de
la résurrection a entraîné un profond changement dans
lêtre total, lexistence totale de Jésus, Dieu
et homme. Jésus ressuscité possède la puissance vivificatrice
de Dieu qui sexerce dans son humanité, et qui passe aussi
par et dans son corps glorieux (devenu transcendant, infiniment
surnaturel, glorieux et mystérieux). Dans le Christ ressuscité
habite "la plénitude de Dieu".
Du côté
subjectif, le Christ ressuscité donne son Esprit qui nous spiritualise
(nous rend spirituels) et, écrit Cerfaux,
nous "surnaturalise". Le Ressuscité est source de notre
spiritualisation (1). Leenhardt parle, lui, de limpact
mystique de la résurrection du Christ (2). Dieu
restaure lhomme dans son intégrité première.
Cest une création ou une recréation (2
Cor 4,6).
Pour trouver
lenseignement de Paul sur la condition du chrétien participant
à la résurrection de Jésus, cest dans Rom 6,8-11
quil faut aller voir. Cest là que Paul identifie la
vie nouvelle du disciple avec ce que le Christ vit dans son état
de ressuscité. Cest sans doute, dans les épîtres
écrites par Paul lui-même, le seul endroit où il identifie
si clairement la vie nouvelle du chrétien avec ce que vit le Christ
ressuscité : v.9 : "ressuscité des morts le Christ
ne meurt plus"..., v.10 : "vivant, cest pour Dieu (sous
entendu son Père ) quil vit". Il y a ici,
dans les deux versets 8 et 10, une claire identification entre ce que
vit le Christ ressuscité : une vie tout ouverte à Dieu,
pleinement éveillée à et pour Dieu dune part,
et dautre part ce que vit le disciple du Christ croyant et baptisé,
qui est transformé, transfiguré par cette expérience.
Le Christ vit cette vie avec une plénitude infinie et une surabondance
qui déborde sur nous. Le disciple vit cette vie imparfaitement.
La formule "vivre pour Dieu (= le Père)"
revient dans Gal 2,19 : "vivre pour Dieu (= le Père
) avec le Christ, qui vit en moi" et dans 2 Cor 5,15 : "vivre
pour celui qui est mort pour eux" (ici,
dans 2 Cor, Paul parle de "vivre pour le Christ»).
Rom 14,17 rappelle aussi que le chrétien "est au Seigneur
(= Jésus)".
Il y a donc
dans ces textes, surtout dans Rom 6,8-10, de précieuses indications
sur la signification existentielle de la résurrection de Jésus,
subjective pour nous, dans notre foi personnelle. Rom 6,11 présente
une particularité : Paul y dit que ce qui advient au Christ lui-même
dans sa résurrection est aussi ce que, par participation, vit le
disciple qui croit et est baptisé. Du côté du Christ,
il dit que cest "sa résurrection", son expérience
de ressuscité. Il nemploie pas ce mot pour le disciple. Cependant
lidée y est. On comprend que Leenhardt, déjà
cité, parle de mystique.
Cest
sans doute limage de la greffe "nous sommes
une seule,plante avec Lui"(Rom 6,5 = qui
croissent avec) qui dit le mieux cette participation et cette communion
au Christ ressuscité. Paul écrit aussi "de même
que le Christ est ressuscité, de même nous aussi nous marchons
dans la nouveauté de la vie" (v.4).
Au v.5, Paul explique le processus en disant quil y a entre ce qui
se passe en Jésus et ce qui se passe dans le disciple une "assimilation",
une "ressemblance". Lhomme a été créé
à limage et à la ressemblance de Dieu et il est, dans
la nouvelle création, recréé à limage
et à la ressemblance du Christ ressuscité.
Paul déclare
que cette transformation du baptisé (du croyant
qui par sa foi et sa confiance reconnaît que cest Dieu qui
donne tout, gratuitement) fait que le disciple est spiritualisé
et devient "un spirituel", animé et transformé
conjointement par le Saint-Esprit et par la force que Dieu le Père
déploie en Jésus ressuscité. Dieu agit avec sa toute
puissance créatrice et recréatrice. Paul appelle "spirituel"
lhomme qui accueille les fruits de la résurrection de Jésus.
Il bénéficie de "la grâce généreuse
de Dieu" (par sa grâce, son don) (Rom 3,24)
et ainsi de Jésus ressuscité il reçoit la vie. Cette
vie nouvelle remplace létat de "mort". Il y a passage
de cet état à un nouvel ordre.
Le renouvellement,
la transformation radicale, "la marche dans la nouveauté
de la vie" (Rom 6,4) que la résurrection
du Christ permet, sont aussi loeuvre du Saint-Esprit et sont souvent
décrits par Paul en termes de dons spirituels. Le don multiforme
de lEsprit manifeste ce quest la vie nouvelle : amour, joie,
paix, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi
(Gal 5,23). Dans Rom 14, le don devient "justice,
paix, joie dans lEsprit-Saint" ; dans 1 Thess 1,6 et 5,13-22,
Paul parle de "la joie dans lEsprit-Saint et la paix".
Cest bien loeuvre
de lEsprit-Saint que celui-ci réalise en son nom propre,
de sa propre initiative et de sa propre volonté (1
Cor 12,11) et pourtant toute son oeuvre est référée
au Christ ressuscité auquel le chrétien est uni et à
la vie duquel il participe. Le Christ et lEsprit sont lun
et lautre les deux mains du Père. Le Christ ressuscité
est, dit Paul, "esprit" dans le sens où ce mot signifie
une réalité divine, transcendante. Et "celui qui sattache
au Seigneur devient esprit (avec lui)" (1 Cor 6,17).
Cest chaque fois une manière de dire quil participe
à la puissance divinisante de la résurrection. LEsprit
vivifie (2 Cor 3,6), rend spirituel et nous met
en communication avec le Père (1 Cor 2).
Quest-ce que létat de ressuscité du chrétien
apporte de nouveau ? "Dieu nous a appelés à la sainteté"
(ou à la sanctification : 1 Thess 4,7)
et nous recevons «le fruit de lEsprit" et toutes
sortes de richesses dont nous pouvons prendre conscience et qui ont été
rappelées antérieurement. La mort et la résurrection
de Jésus ont créé "une puissance" (divine)
ou "une énergie" qui a la capacité
premièrement de donner aux disciples une participation à
la vie du Christ, "être à un autre", "appartenir
à" (traduction de la TOB), et deuxièmement
de détruire la force et lemprise de la mort (liée
pour Paul à des Puissances qui contrecarrent la vraie vie, en communion
avec Dieu).
Participer
à la résurrection du Christ, cest vivre. Cest
"la vie" dont Paul parle constamment, en lopposant volontiers
à la mort spirituelle (3). Cest ne
pas "être mort". Dans les épîtres de la captivité,
Paul utilise une nouvelle formule qui explicite le parallélisme
quil avait établi entre létat du Christ ressuscité
et celui du disciple. Il dit que le chrétien est co-ressuscité
avec le Christ (Col 2,12). Paul y utilise la particule
"avec", sun- en grec, comme lorsquil écrit quavec
le Christ nous sommes "greffés" sur lui.
Le développement
de Colossiens porte sur la "résurrection spirituelle"
du disciple, pas sur la résurrection de son corps. Paul y parle
aussi de lhomme dans sa profondeur, dans sa vraie stature : "lhomme
intérieur" (2 Cor 4,16), "nouveau",
celui qui est dans le Christ, par opposition à lhomme ancien,
extérieur. Dieu le crée perpétuellement à
limage du Christ (Col 3,10). Le "moi"
humain, dit Cerfaux, est ancré dans la vie divine4, présentée
comme «la gloire divine" qui rayonne sur le visage du Christ
que le croyant "connaît" (au sens le plus
fort) et à laquelle le chrétien participe. Tous ces
thèmes ont leurs facettes propres, mais ils se rejoignent.
La résurrection
de Jésus et son retour vers le Père (lAscension)
révèle le sens profond et ultime de la vie humaine. Jésus,
sa vie, ses paroles (et celles du NT) ont été
et sont sur terre la révélation du Mystère quil
est et aussi du «mystère» que nous sommes. Le fait
de pouvoir être unis au Christ nous ouvre un chemin et une voie
vers lInfini de Dieu. Il y a déjà, «maintenant»,
une réalité divine en nous, une réalité secrète
et cachée, qui nous nourrit, nous construit, et dont lauteur
de Colossiens parle : "Vous êtes ressuscités avec
le Christ... votre vie est cachée en Dieu"
(Col 3,1-4). Quand viendra la fin du monde et la manifestation
en gloire du Christ, alors seulement nous "serons manifestés
avec lui en pleine gloire" (v.4). Ce sera
"la révélation des fils de Dieu" dont Paul
parle dans Rom 8,16.
Voilà décrits quelques aspects de
la vie des co-ressuscités : "Vous êtes ressuscités
avec le Christ, co-ressuscités" (Col 1,12).
Pierre Parré
(1) CERFAUX, L., Le Christ dans la théologie
de saint Paul, Cerf, pp. 63-64
(2) LEENHARDT, F. Lépître de saint Paul aux Romains,
Neuchatel, Delachaux & N. p. 60
(3) Lépître aux Romains, chap. 1-8, est construite
sur cette dialectique vie-mort.
(4) CERFAUX L., Le chrétien dans la théologie de saint Paul,
Cerf, pp. 178-179
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