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Jésus nous parle de la résurrection

Les Sadducéens tendent un piège : "De qui sera-t-elle la femme à la résurrection ?"
Luc 20,27-38 Mc 12,18-27 Mt 22,23-33

     1. Le textede l'épisode
        Le piège -
        La réponse de Jésus
   2. La foi en la résurrection
     Comment se fait-il que Jésus parle ainsi ? -      Jésus annonce sa mort et sa résurrection -
     Les apôtres avaient la même foi que Jésus
     Conclusion
    Alors que la résurrection est au cœur de notre foi, de plus en plus de chrétiens disent ne pas y croire. Il est donc urgent d'aller voir de plus près dans le Nouveau Testament ce qui en est. Jésus croyait-il en la résurrection ?
      Un épisode de sa vie présente un intérêt tout particulier à ce sujet. Il s'agit d'un piège, tendu par les Sadducéens, qui semble à première vue anecdotique; mais son intérêt est grand et précieux pour découvrir quelle était la foi de Jésus en la résurrection et l'importance que les évangélistes attachent à souligner que la foi de Jésus en la résurrection s'appuie sur les Ecritures elles-mêmes.
      Nous suivrons le texte pas à pas, ayant en tête ce que nous disent les articles précédents sur la foi des Pharisiens au temps de Jésus.

 I. Le texte de l’épisode
     Le piège
   
     * Le piège des Sadducéens est ironique. Ils ne croient pas à la résurrection mais ils savent que Jésus y croit, tout comme les Pharisiens et beaucoup en Israël. Ils veulent le confondre et le ridiculiser. Ils inventent donc un "cas" bien précis : une femme a épousé successivement sept frères, tous morts sans en avoir eu d'enfants.

La loi du lévirat obligeait un homme à épouser la femme de son frère, si celui-ci mourait sans enfant. On ne sait si cette loi était vraiment observée. Dans la supposition des Sadducéens, sept frères ont observé cette loi et ils sont morts sans enfant

    * Les Sadducéens commencent leur attaque à partir du "comment". Comment cela va-t-il se passer pour cette femme et ses sept maris ? "De qui sera-t-elle la femme puisque les sept l'ont eue ?"     

    La réponse de Jésus     
   
    * Jésus croit en la résurrection, sinon l'épisode n'aurait pas de sens car c'est bien au sujet de sa foi qu'ils tendent leur piège. Sur quoi Jésus appuie-t-il sa foi ? Sur les Ecritures. Le texte l'exprime bien : "N'est-ce pas parce que vous ne connaissez ni les Ecritures ni la puissance de Dieu, que vous êtes dans l'erreur ?". Pour Jésus donc, ce sont les Ecritures qui nous parlent de la résurrection. Ce verset est central dans le texte de Marc, extrêmement bien construit.

Nous cherchons ordinairement dans l'Ancien Testament des textes explicites au sujet de la résurrection. Ceux-ci sont rares et tardifs. Jésus lit l'Ecriture autrement et en élargit la recherche comme nous allons le voir. Pour les premiers chrétiens aussi la lecture de l'Ancien Testament était différente, mais la lumière de la résurrection de Jésus leur a donné une manière toute nouvelle de comprendre l'Ecriture (voir par exemple 2 Co 3,14-18)

     *Jésus récuse le "comment" on vit à la résurrection, car nous ne pouvons rien en savoir, c'est une autre vie, "comme les anges", dit Jésus (Jésus partageait donc aussi la foi des Pharisiens au sujet des anges). Il s'agit non d'imaginer le sort de ceux qui meurent mais de savoir que leur vie est autre, transfigurée. "Quand on ressuscite d'entre les morts, on ne se marie plus". Ce passage n'enseigne rien sur le mariage mais nous dit la condition de vie tout à fait différente après la mort.
     * Pour appuyer son affirmation, c'est dans le second livre du Pentateuque que Jésus cherche un texte : l'épisode du Buisson. Les Sadducéens ne reconnaissaient comme "Ecritures" que les cinq premiers livres de la Bible, le Pentateuque, mais ils ne lisaient aucunement le sens de la résurrection dans le texte tel que Jésus va le relire.  

Relevons en passant qu'il n'eistait aucun chapitre ou verset dans la Bible au temps de Jésus. Ce n'est que bien plus tard qu'ils ont été inventés. Pour exprimer une référence à un texte, il était néce-essaire d'en dire le contenu; c'est pourquoi Jésus parle ici de "lépisode du Buisson", c'est-à-dire le monment où Dieu a parlé à Moïse du milieu d'un buisson en flammes mais qui ne se consumait pas (Exode 3). L'image est forte : Dieu et son message sont comme un feu brûlant dans le coeur de celui qui le reçoit.

    * Quant à la résurrection des morts, n'avez-vous pas lu la parole que Dieu vous a dite", lisons-nous dans Matthieu (Mt 22,31). Ce "vous" est intéressant. Pour Jésus, Dieu, à travers les Ecritures, "nous" parle aujourd'hui. Ce n’est pas une Parole du passé. . "Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob", pour la lecture traditionnelle, cette expression signifie simplement : "le Dieu qu'adorait Abraham", et donc aussi "le Dieu qui est avec Abraham, en relation avec lui, qui le protège", ou encore "le Dieu de l'Alliance". Aller plus loin dans l'interprétation de ce texte n'est pas habituel. Il est donc d'autant plus important de voir que pour Jésus, - et à travers ce texte pour les évangélistes, - la lecture doit aller plus loin : Jésus ajoute : "Dieu n'est pas le Dieu des morts mais des vivants". Jésus tire sa conclusion ainsi : si les morts étaient entièrement disparus, Dieu aurait-il encore à s'en soucier, serait-il encore en relation avec eux, pourrait-il encore se dire le Dieu d'Abraham ? Et sinon, les Sadducéens n'adoreraient-ils pas un Dieu des morts ?
      * Ne croyaient-ils pas, comme beaucoup, que les morts n'ont plus de relation avec Dieu. En effet, dans le Premier Testament, plusieurs textes disent que "les morts ne louent pas le Seigneur, mais nous, les vivants, nous le bénissons" (Ps 115,17) ou encore "chez les morts, qui te louerait ?" (Ps 6,6). On pourrait encore citer d'autres psaumes ou textes des prophètes. Dieu ne peut être en relation avec des non-vivants ou loué par des êtres qui n'existent plus.
      * Poursuivons notre lecture. Après cette citation de l'Exode, Jésus, dans Marc, insiste encore : "Vous êtes grandement dans l'erreur" ; donc, même au sujet de ces premiers livres bibliques, que vous, les Sadducéens, vous reconnaissez et que vous ne comprenez pas!

Certaines traductions traduisent : "pour Dieu, tous sont vivants". Pour moi, je pense que la traduction serait trop faible.

     * Luc de son côté ajoute :"Mais tous vivent à Dieu". En grec, c'est un datif. Il pourrait se traduire "par Dieu". Mais plus souvent le datif est un datif d'intérêt "pour Dieu", "à Dieu", leur vie est entièrement liée à celle de Dieu, tournée vers lui, motivée par lui.

II. La foi en la résurrection
    Comment se fait-il que Jésus parle ainsi ?
         
* Comme nous le disent les articles précédents, Jésus partageait la foi des Pharisiens, des Esséniens et d'autres de son temps, telle qu'on la voit s'exprimer dans les écrits de Qumrân par exemple, ou d'autres écrits non canoniques.

     Jésus annonce sa mort et sa résurrection
         * L'épisode du piège tendu par les Sadducéens n'est pas le seul endroit où Jésus parle de résurrection. Par exemple en Luc 14,14, Jésus promet que celui qui reçoit à sa table ceux qui ne peuvent lui rendre la pareille, recevra sa récompense "au jour de la résurrection".
       * Mais mieux encore, par trois fois dans les évangiles synoptiques, Jésus annonce sa passion et sa résurrection. Certains exégètes, - trop vite il me semble - ,disent que ces mots ont été ajoutés aux paroles de Jésus par les chrétiens après Pâques. Certes, les récits ont été écrits après Pâques, après l'expérience que Jésus est vivant, ressuscité; la formulation de ces annonces de la passion et de la résurrection se ressent du kérygme tel qu'on le trouve dans les discours des Actes des Apôtres par exemple et jusque dans les expressions de la foi des premiers chrétiens (ce qui donnera notre credo appelé 'le symbole des apôtres'). Mais il serait étonnant que Jésus n'ait pas exprimé sa foi à son propre sujet.

"Kérygme" vient d'un verbe grec signifiant "proclamer". Le kérygme est la proclamation solennelle de l'événement pascal : Jésus est Seigneur et Sauveur. Cette proclamation est, sur un mode stéréotyp, à la base de notre credo.

Il pressentait que l'opposition grandissante à son égard allait le conduire à la mort. Parlant de son avenir, ne faisait-il pas confiance à Dieu comme beaucoup dans son peuple et ne croyait-il pas que sa vie ne se terminerait pas là ?

      Et les apôtres avaient la même foi que Jésus
       * Pourquoi la résurrection de Jésus leur a-t-elle fait problème alors ? Ce qu'elle a de particulier, c'est que tous ont cru que la mort de Jésus exprimait la réprobation de Dieu à son égard, puisqu'il le laissait condamner par le tribunal religieux d'Israël. L'expérience faite par les apôtres que Jésus est vivant, ressuscité, "justifie" Jésus, le reconnaît comme innocent, juste. Annoncer Jésus Vivant, c’est l’annoncer juste. Jean mettra dans la bouche de Jésus, dans le discours après la Cène, que c'est l'Esprit-Saint donné après la résurrection qui convaincra le monde au sujet de la justice, "parce que je vais au Père", (comme les justes) (Jn 16,10) et "l'Esprit me rendra témoignage(Jn15,29).
       * Ce qui est unique dans la résurrection de Jésus, c'est que les Apôtres ont fait l'expérience que Jésus est vivant. Leur foi s'appuie sur une expérience de foi dont ils essaient de nous faire part et dont ils se disent les témoins. Ils s'étonnent non que la résurrection soit possible, mais qu'il s'agisse de Jésus condamné à la croix et qu'ils aient fait l'expérience qu’il est vivant.
       * Les Actes des Apôtres, dans le récit de l'arrestation de Paul dans le temple de Jérusalem, parlent de la foi en la résurrection telle que la professaient les Pharisiens. "Sachant que l'assemblée était composée en partie de Sadducéens et en partie de Pharisiens, Paul s'écria…'Frères, je suis Pharisien; c'est pour notre espérance en la résurrection des morts que je suis mis en jugement" (Ac 23,6). Ce n'est pas un cri opportuniste pour se tirer d'un mauvais pas en divisant l'assemblée, c'est le cri de la foi. Si Paul a pu découvrir et reconnaître Jésus sur le chemin de Damas, c'est parce qu'il croyait, comme pharisien, en la résurrection des morts. Si Jésus a pu parler de sa résurrection, c'est parce qu'il croyait en la résurrection.
      * Paul englobe même la résurrection de Jésus et la nôtre dans une même foi au chapitre 15 de la 1 Co. "Si Jésus est ressuscité, comment pouvez-vous dire que les morts ne ressuscitent pas ? Si les morts ne ressuscitent pas, c'est que Jésus non plus n'est pas ressuscité". La résurrection est une volonté de Dieu sur tous, c'est un fait cosmique. Telle était la foi de beaucoup.

Conclusion

     * Après ce rapide parcours, il nous est bon de relire l'épisode des Sadducéens. La foi des apôtres prouve en quelque sorte la véracité du récit étudié ici. La foi de Jésus, celle des apôtres puis des premiers chrétiens, est semblable à celle de beaucoup de leurs contemporains, née dans l'expérience de l'amour de Dieu pour chacun et la relation unique qui fait de nous des vivants, dès maintenant, "à lui", "pour lui". Comme le dira Paul dans la lettre aux Romains en parlant du Christ : "En mourant, c'est au péché que le Christ est mort une fois pour toutes, vivant, c'est pour Dieu qu'il vit" (même expression "vivant pour Dieu" que dans la réponse de Jésus en Luc). A notre tour, "considérez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus Christ" (Ro 6,10-11).
      * C'est là notre espérance, fondée sur celle de Jésus. A travers la manière dont les évangélistes soulignent la foi de Jésus en la résurrection et sa manière de relire l'Ecriture, - allant plus profondément qu'une première lecture, - cette espérance de Jésus, cette certitude, exprimée dans le récit du piège, devient notre force. La traversée accomplie dans le texte rend plus fondée notre foi en la résurrection et notre compréhension de l'Ecriture, parce qu'elle s'appuie sur la foi de Jésus lui-même.

Sr Marie-Philippe Schùermans