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Le
Christ est ressuscité ! Cri de la foi, cri du cœur, cri au cœur de la
foi chrétienne. Mais pourquoi la résurrection du Christ se trouve-t-elle
au cœur de la foi chrétienne ? Ce fait est devenu une telle évidence pour
le monde chrétien que la religion y est parfois confondue avec la croyance
en la résurrection, en un au-delà.
Cela ne va pourtant nullement de
soi. Dans le Premier Testament lui-même, surtout dans les textes les plus
anciens, l’idée ne se retrouve guère que l’humain vivrait avec Dieu après
sa mort. Les expressions utilisées donnent tantôt l’impression qu’on n’en
sait rien, tantôt qu’on craint même le contraire. Qohélet ira jusqu’à
dire: « Le sort des fils de l’homme et le sort des bêtes est le même;
telle la mort de l’un, telle la mort de l’autre; tous deux ont le même
souffle, et la supériorité de l’homme sur la bête est nulle, car tout
est vanité. Tout va au même endroit, tout vient de la poussière. Qui sait
si le souffle des fils de l’homme monte en haut, et si le souffle des
bêtes descend en bas vers la terre ? Et j’ai vu qu’il n’y a rien de bon
pour l’homme que de se réjouir de ses oeuvres; car telle est la
part de l'homme. Qui donc l'emmènera voir ce qui sera après?"
(Qo 3,19-22).
Cette incertitude n’a
pas empêché les humains du Premier Testament d’aimer et de servir Dieu.
Et c’est une grande leçon de gratuité, car on le servait pour lui-même
et non pas en vue de l’avenir, en fonction d’une... récompense éternelle.
Cependant, même si religion et doctrine de l’au-delà ne vont pas nécessairement
de pair, la foi chrétienne, pour sa part, se caractérise par son lien
intrinsèque à la résurrection du Christ. Cela ne se remarque pas seulement
au fait que ce thème est envahissant dans tous les écrits du NT. C’est
aussi l’objet d’une affirmation paulinienne explicite et souvent citée
par la suite : «S’il n’y a pas de résurrection des morts, Christ non
plus n’a pas été relevé. Et si Christ n’a pas été relevé, vide alors est
notre proclamation, vide aussi votre foi» (1 Co 15,13-14).
La
foi en la résurrection du Christ a eu un impact formidable sur les premiers
chrétiens. Et le premier but de cet article est de voir ce qui a été ainsi
dynamisé, changé pour eux, à quelles nouveautés théoriques et pratiques
cela les a conduits. Sans cette foi, il n’y aurait en effet pas eu le
christianisme tel que nous le connaissons. Nous aurions pu avoir un prophétisme
attachant, un messianisme fiévreux et déçu, une secte juive repliée sur
elle-même, ou encore la mémoire d’une erreur judiciaire, d’un bouc émissaire
condamné par un procurateur romain préférant l’ordre à la vérité. C’est
le genre d’«erreurs» dont notre histoire humaine est malheureusement jalonnée.
Au lieu de quoi, nous avons eu la résurrection du Christ en laquelle s’est
attestée et s’atteste une puissance de vie.
Dans
le livre «Les chênes qu’on abat», A. Malraux rapporte le dialogue suivant
entre le général De Gaulle et lui-même : «– (Malraux) Les intellectuels
romains attendaient le stoïcisme et la Stoa n’a pas pesé lourd en face
du christianisme qu’ils ignoraient. – (De Gaulle) Elle était désespérée.
La Résurrection ne l’était pas; l’espoir est toujours vainqueur ». De
quelle sorte d’espoir s’agit-il ? Comment a-t-il été vécu, avec quels
retentissements concrets ?
| La
"Stoa" est un portique d'Athnes où a enseigné
le fondateur du stoïcisme, courant philosophique qui a vu le
jour à la fin du IVe s. Selon lui, le bonheur repose dans la
vertu et l'indifférence devnt ce qui affcte la sensibilité. |
Avant
d’aborder ces questions, je voudrais présenter quelques réflexions sur
l’expérience originelle des témoins de la résurrection. La question a
fait l’objet de milliers de livres et articles. Mais si bien des divergences
subsistent dans le détail, un relatif consensus s’est aujourd’hui dégagé,
dont je veux rappeler les grands traits.
1.
L’expérience pascale originelle et l’histoire
Un premier constat pourra paraître
de carence aux yeux de certains. Le NT ne développe pas une apologétique
de la preuve en ce qui concerne la résurrection. Nulle part il ne présente
une description de la résurrection elle-même, ni non plus des témoignages
‘neutres’ venant de non-disciples du Christ. Au contraire il est précisé
que «Dieu lui a donné de manifester sa présence non pas au peuple en
général, mais bien à des témoins nommés d’avance» (Ac
10,41). Il s’agit de témoins vivant une expérience de foi et non
de personnes présentant un constat extérieur. Ce fait est éclairant pour
nous.
| Ainsi
par exemple,
l’évangile de Pierre (datant environ de 150 ap. J.-C.) raconte : «Or,
dans la nuit où commençait le dimanche, tandis que les soldats deux
à deux prenaient leur tour de garde, il y eut une grande voix dans
le ciel. Et ils virent les cieux s’ouvrir et deux hommes enveloppés
de lumière en descendre et s’approcher du tombeau. Et cette pierre
qui avait été jetée contre la porte, roulant d’elle-même, se déplaça
de côté et le sépulcre s’ouvrit, et les deux jeunes gens entrèrent.
Ayant vu cela, les soldats éveillèrent le centurion et les anciens;
eux aussi, en effet, étaient là à monter la garde. Tandis qu’ils racontaient
ce qu’ils avaient vu, de nouveau ils voient sortir du sépulcre trois
hommes, et deux d’entre eux soutenaient l’autre, et une croix les
suivait. Et la tête des deux premiers montait jusqu’au ciel, tandis
que celle de celui qu’ils conduisaient par la main dépassait les cieux.
Et ils entendirent une voix qui venait des cieux et qui disait: ‘As-tu
prêché à ceux qui dorment ?’ Et on entendit une réponse qui venait
de la croix: ‘Oui’» (v. 35-42) |
Les
apocryphes voudront parfois prouver la résurrection en la faisant constater
par des témoins extérieurs, les gardes qui assistent pratiquement à la
résurrection elle-même sans être convertis. Le
contraste est grand avec la discrétion des évangiles canoniques. Refusant
le registre de la preuve, St Thomas d’Aquin écrira : « Le Christ a montré
sa résurrection par des témoignages et des signes qui suffisent dans leur
genre » (S.T. IIIa, Q. 55, a. 6).
Il
a souvent été souligné que la résurrection n’était pas un fait historique,
mais bien transhistorique. Sa réalité est en effet celle de l’entrée dans
un monde nouveau, transcendant nos conditions de vie spatio-temporelle.
La résurrection de Jésus n’est pas comme celle de la fille de Jaïre, par
exemple, une guérison, une réanimation qui réintègre à la vie mortelle
purement intramondaine. Il s’agit d’entrer dans une vie nouvelle, de naître
à un monde nouveau, d’être élevé à la droite de Dieu. La résurrection
ne met dès lors pas tellement notre intelligence au défi de reconnaître
une possibilité interne à notre monde spatio-temporel, mais la provoque
à accepter et à penser la possibilité d’un monde nouveau.
Dans
un tel cadre se comprend aisément l’irréductible embarras du langage,
lorsqu’il s’agit de dire cette réalité. Une des manières de résoudre la
difficulté, c’est de multiplier les expressions pour dire l’indicible
et empêcher sa réduction à quelque représentation simple. Le schème qui
nous est devenu le plus familier est celui de résurrection. Ce mot renvoie
aux termes «réveillé» ou «relevé d’entre les morts» qui orientent la pensée
vers une action par rapport au passé : il était couché / il est remis
debout; il était endormi, mort / il est réveillé. Dans cette ligne, une
expression moins connue, mais très belle, est celle de Pierre dans le
discours après la Pentecôte : «Dieu l’a ressuscité en le délivrant
des douleurs de la mort, car il n’était pas possible que la mort le retienne
en son pouvoir» (Ac 2,24). Le mot utilisé pour
«douleurs» est, en grec, ôdinas qui désigne les douleurs de l’enfantement.
Ainsi la mort est conçue comme une matrice d’où douloureusement le Christ
est expulsé, délivré pour une vie neuve en Dieu. Ceci nous oriente vers
un autre registre de vocabulaire présent aussi dans le NT et qui exprime
la résurrection plus en relation avec l’avenir, la nouveauté. Ainsi on
dira de Jésus qu’il est exalté, élevé à la droite de Dieu, glorifié, vivant,
premier-né, constitué Seigneur. Ces expressions disent plus clairement
la pâque, le passage de Jésus : il ne réintègre pas le cours intramondain
des choses qui est le nôtre, il passe dans le monde de Dieu.
Il
nous est possible de croire en cette pâque, d’en reconnaître la réalité
dans la foi. Mais il ne nous est certes pas possible de vérifier par le
recours à la science historique ce fait transhistorique. La science historique
est-elle pour autant définitivement hors jeu ? Non pas. Mais son domaine
d’investigation est relativement réduit. Pour l’essentiel, elle peut vérifier
les effets de cette résurrection sur ceux qui s’en affirment les témoins.
Elle peut aussi investiguer ce qu’ils disent de leur expérience.
À
ce plan, deux sortes de signes sont répercutés par les témoins de l’époque
apostolique. Le tombeau vide a fait couler beaucoup d’encre. La tradition
évangélique de la visite au tombeau n’a pas une visée apologétique de
démonstration, de preuve.
| Les
signes du ressuscité s'expriment certes par des signes : le
tombeau vide, les manifestations. Mais la résurrection reste
un fait impossible à vérifier comme on le ferait pour
un fait historique. |
Beaucoup
d’historiens penchent aujourd’hui en faveur de son historicité, même si
la démonstration en quelque sens que ce soit reste impossible. Mais ce
vide est susceptible de diverses interprétations. D’aucuns pensent à une
supercherie de la part des disciples. Ceux-ci, par contre, y voient un
signe de ce que le corps de Jésus est glorifié, entré dans une existence
nouvelle en Dieu. Interprétation de foi que les faits n’imposent pas,
mais ne contredisent pas davantage. Le deuxième signe invoqué est celui
des apparitions. Les récits qu’en donnent les quatre évangiles sont différents
et impossibles à harmoniser, voire même contradictoires : Jésus vient
toutes portes verrouillées [Jn 20,19] - Il
mange du poisson grillé [Lc 24,42-43]). Celui
qui les lit au premier degré sera tenté de conclure que, se contredisant,
les auteurs ne savent pas ce qu’ils disent. À l’inverse, leur manque d’harmonisation
peut témoigner d’une absence de concertation et signifier l’indépendance
de chacun des auteurs, gage de leur sincérité.
Par
ailleurs, comment ne pas voir la difficulté que représente l’essai d’exprimer
narrativement ce qui transcende nos catégories habituelles ? Les évangélistes
ont cependant pris ce risque en ayant soin de contrecarrer les réductions
qui guettaient leurs lecteurs en fonction de leur anthropologie propre.
S’adressant à des Grecs pour qui le corps est une prison dont l’âme doit
être délivrée, Luc souligne fortement et de manière très réaliste le caractère
corporel de la résurrection de Jésus. Par contre, s’adressant à des Juifs
pour qui la résurrection concerne toute la personne humaine en tant que
corps vivant, Matthieu met en valeur le caractère transcendant de la résurrection
pour éviter qu’on n’objective, qu’on ne matérialise trop les apparitions.
Dans
leurs récits, les évangélistes soulignent volontiers le fait que les témoins
sont d’abord surpris, ne reconnaissent pas Jésus, doutent. Par ailleurs,
celui qui apparaît est bien le même Jésus portant toujours les marques
de sa mort ignominieuse. C’est avec ces marques-mêmes qu’il est transfiguré.
Pour reprendre l’image de l’Apocalypse, il est «l’agneau debout comme
immolé» (5,6).
2.
Quelques points de retentissement de l’expérience pascale
Et quelle puissance d’orientation
! C’est toute la vie des premiers chrétiens qui a été «informée», «impressionnée»,
au sens photographique du terme, par le Ressuscité, par la foi en lui.
Aussi est-ce toute l’histoire du christianisme primitif qu’il faudrait
reprendre ici. Je me contente de relever quelques points parmi les plus
frappants.
Il
y a d’abord une nouvelle compréhension de Dieu et du Christ, son envoyé.
Jésus a été dangereux et c’est pour cela qu’on l’a fait mettre à mort.
Ce danger on peut l’expliquer de diverses manières. Mais, fondamentalement,
ce danger est celui d’un désir autre, différent. C’est le Dieu autre et
le désir de cet Autre, si différent des imaginations des contemporains
de Jésus, qui a bouleversé ces derniers, bousculé leurs représentations.
Même ses proches les plus engagés ne l’ont guère compris au point qu’ils
ont marqué à plusieurs reprises leur opposition à la voie qu’il avait
choisie. Et au moment de la Passion, un des disciples le trahit, un autre
le renie et tous s’enfuient. Ils semblent bien ne s’être guère dégagés
des espérances nationalistes de leur temps et avoir interprété Jésus à
partir de telles catégories. Malgré eux sans doute, ils forçaient ce qu’ils
voyaient et entendaient chez Jésus pour le faire correspondre au désir
qui les habitait. L’accueil d’un désir autre présenté par Jésus ne s’est
fait que lentement et difficilement. La résurrection a été de ce point
de vue le lieu d’une transformation, d’une relecture spirituelle, c’est-à-dire
faite dans l’Esprit de Jésus lui-même. Le Seigneur ressuscité n’est pas
un potentat dominant (voir Mc 10,42-45). Jamais
les disciples n’oublieront que leur Seigneur fut un crucifié. Les mots
lumineux qu’ils utiliseront pour dire sa glorification resteront fracturés
à jamais par la conscience que le roi des chrétiens fut un SDF. Ils pourront
bien le dire Fils de Dieu, mais sans couper ces mots venus d’ailleurs,
de sa vie concrète d’ami des pauvres, de prophète en lutte.
Certes
ils pourront être tentés d’oublier le crucifié pour verser dans une religion
de l’esprit : l’esprit contre l’histoire, l’enthousiasme contre l’incarnation.
Mais ces tentations seront repoussées comme dénaturant Jésus, Dieu et
finalement la vie chrétienne. En effet où rencontre-t-on de façon privilégiée
le Ressuscité, sinon dans le persécuté :à Paul, parti à Damas pour enchaîner
les chrétiens, le Christ demande : «Pourquoi me persécutes-tu ?»)
; et dans le frère démuni «Ce que vous avez fait à l’un de ces plus
petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait»?
Le Seigneur ressuscité n'est pas un potentat dominant (voir
Mc 10,42-45) : "le Fils de l'homme est venu non pour être
servi mais pour servir". Jamais les disciples n'oublieront que
leru Se!gneur fut un crucifié. Les mots lumineux qu'ils utiliseront
pour dire sa glorification resteront fracturés à jamais
par la conscience que le roi des chrétiens fut un SDF. Ils pourront
bien le dire Fils de Dieu, mais sans jamais couper ces mots venus d'ailleurs,
de sa vie conrète d''ami des pauvres, de prophète en lutte.
Singulier Seigneur, singulier roi, singulier Fils de Dieu. Il n’est pas
du tout banal que les premiers chrétiens aient été capables, malgré toutes
les difficultés, d’accueillir un tel Dieu, si différent de celui qu’imaginairement
ils projetaient. Ils nous disent que cela s’est fait sous l’influence
du Souffle que leur a donné le Ressuscité. Il leur a permis de croire
que, malgré les apparences de sa victoire sur la croix, la haine n’avait
pas le dernier mot, mais était vaincue par l’amour. Pour eux, la résurrection
signifie d’abord la victoire de l’amour sur la haine avant de signifier
la victoire de la vie sur la mort.
La
résurrection a aussi provoqué une lecture nouvelle des Écritures et la
création d’un genre littéraire nouveau: le genre évangile qui est une
«biographie» d’un mort qu’on croit à nouveau vivant et agissant. Ce qui
intéresse les évangélistes, c’est l’actualité pour eux et les chrétiens
de ce qu’a vécu Jésus, relu à la lumière de sa passion et de sa résurrection
: comment le Seigneur ressuscité renouvelle aujourd’hui dans les communautés
les actes de libération de toutes sortes qui ont émaillé son ministère.
C’est un genre littéraire original et unique dans lequel on ne pénètre
en profondeur qu’en partageant, comme ressort secret et clé de lecture,
la même foi au Ressuscité.
Par
ailleurs, la résurrection nous convie, sous l’influence de Paul, à une
nouvelle compréhension du chrétien, humain libéré, comme « corps pneumatique »,
d’une part, et du peuple chrétien, libéré, comme « corps du Christ »,
d’autre part. Pour Paul, en effet, les chrétiens constituent ensemble
l’organisme ressuscité de la personne du Christ dans toute sa réalité
dont on attend la réalisation plénière (1 Co 6,15).
Quant à l’expression «corps pneumatique», Paul l’a forgée en opposition
à celle de «corps psychique». En parlant pour les ressuscités de
«corps», Paul n’entend certes pas se prononcer sur la teneur physico-chimique,
ni sur la morphologie des corps ressuscités. De ce point de vue, il ne
peut que jeter en vrac une série de comparaisons (1 Co
15) : la différence entre le corps biologique et le corps «résurrectionnel»
peut être comparée à celle qu’il y a entre une semence et la plante qui
en sort, entre une chair d’homme et une chair de poisson, entre des corps
célestes et des corps terrestres, entre l’éclat du soleil et des étoiles,
entre le corruptible et l’incorruptible. Le corps-personne du ressuscité
sera autre au-delà de toute attente.
"Ce
que tu sèmes, toi, n'est pas la plante qui doit naître, mais
un grain de blé ou d'autre chose. Puis Dieu lui donne un corps,
comme il veut et à chaque semence d'une manière patrticulière...
Il en est ainsi à la résurrection : semé corps corruptible,
on ressuscité corps incorruptible, semé méprisable,
on ressuscite dans la gloire; semé dans la faiblesse, on ressuscite
plein de force; semé corps animé, on ressuscité corps
spirituel..." (1 Co 15, 37-38.42-43).
Celui
qui n’aurait jamais vu de fleur pourrait difficilement imaginer, en voyant
la seule semence, la merveille qui peut en sortir. Paul souligne le fait
qu’il y a un principe d’identité en recourant au même mot sôma.
En termes actuels, cela signifie que la personnalité, l’identité personnelle
subsistera. Mais elle sera pneumatique, c’est-à-dire entièrement mue,
animée par l’Esprit, le Souffle saint. Selon l’anthropologie partagée
par Paul, le corps est de toutes façons qualifié par un principe qui l’anime.
Il est normalement mû par une une âme (psuchè). Il peut être transformé
s’il est mû, animé par l’Esprit (pneuma), celui de Dieu et du Christ.
Et en régime chrétien, cette transformation est possible dès la vie présente.
Dès lors, la nouvelle vie après la mort manifeste et accomplit l’homme
nouveau auquel la foi avait donné naissance dès avant la mort.
La
foi en la résurrection n’est pas à confondre simplement avec la croyance
en la survie, croyance qui n’est pas spécifiquement chrétienne. C’est
croire que la vie des humains, et plus largement de l’univers, peut être
renouvelée et transformée en toutes ses dimensions par l’Esprit du Ressuscité
dès maintenant, sans perdre de vue l’espérance d’une transformation finale,
plus totale encore. La foi biblique n’est pas hantée par l’espoir du retour
au paradis perdu. Au début de la Bible, les premiers humains sont situés
dans un jardin paradisiaque. La fin nous présente le don par Dieu d’une
ville, la Jérusalem céleste (Ap 21) : une ville,
c’est-à-dire une œuvre d’hommes, mais céleste, c’est-à-dire transfigurée
par Dieu.
Camille
Focant
Article
paru dans « Revue Théologique de Louvain » n° 67, avril 1996, pp.35-38
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