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LA RESURRECTION, AUBE D’UN MONDE NOUVEAU

1. L'expérience pascale et l'histoire
2. Quelques points de retentissement de l’expérience pascale

« La Résurrection n’est pas la réanimation d’un corps,
c’est le début de la transfiguration de la terre »
(Patriarche Athénagoras)

       Le Christ est ressuscité ! Cri de la foi, cri du cœur, cri au cœur de la foi chrétienne. Mais pourquoi la résurrection du Christ se trouve-t-elle au cœur de la foi chrétienne ? Ce fait est devenu une telle évidence pour le monde chrétien que la religion y est parfois confondue avec la croyance en la résurrection, en un au-delà.
       Cela ne va pourtant nullement de soi. Dans le Premier Testament lui-même, surtout dans les textes les plus anciens, l’idée ne se retrouve guère que l’humain vivrait avec Dieu après sa mort. Les expressions utilisées donnent tantôt l’impression qu’on n’en sait rien, tantôt qu’on craint même le contraire. Qohélet ira jusqu’à dire: « Le sort des fils de l’homme et le sort des bêtes est le même; telle la mort de l’un, telle la mort de l’autre; tous deux ont le même souffle, et la supériorité de l’homme sur la bête est nulle, car tout est vanité. Tout va au même endroit, tout vient de la poussière. Qui sait si le souffle des fils de l’homme monte en haut, et si le souffle des bêtes descend en bas vers la terre ? Et j’ai vu qu’il n’y a rien de bon pour l’homme que de se réjouir de ses oeuvres; car telle est la part de l'homme. Qui donc l'emmènera voir ce qui sera après?" (Qo 3,19-22).
       Cette incertitude n’a pas empêché les humains du Premier Testament d’aimer et de servir Dieu. Et c’est une grande leçon de gratuité, car on le servait pour lui-même et non pas en vue de l’avenir, en fonction d’une... récompense éternelle. Cependant, même si religion et doctrine de l’au-delà ne vont pas nécessairement de pair, la foi chrétienne, pour sa part, se caractérise par son lien intrinsèque à la résurrection du Christ. Cela ne se remarque pas seulement au fait que ce thème est envahissant dans tous les écrits du NT. C’est aussi l’objet d’une affirmation paulinienne explicite et souvent citée par la suite : «S’il n’y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n’a pas été relevé. Et si Christ n’a pas été relevé, vide alors est notre proclamation, vide aussi votre foi» (1 Co 15,13-14).
       La foi en la résurrection du Christ a eu un impact formidable sur les premiers chrétiens. Et le premier but de cet article est de voir ce qui a été ainsi dynamisé, changé pour eux, à quelles nouveautés théoriques et pratiques cela les a conduits. Sans cette foi, il n’y aurait en effet pas eu le christianisme tel que nous le connaissons. Nous aurions pu avoir un prophétisme attachant, un messianisme fiévreux et déçu, une secte juive repliée sur elle-même, ou encore la mémoire d’une erreur judiciaire, d’un bouc émissaire condamné par un procurateur romain préférant l’ordre à la vérité. C’est le genre d’«erreurs» dont notre histoire humaine est malheureusement jalonnée. Au lieu de quoi, nous avons eu la résurrection du Christ en laquelle s’est attestée et s’atteste une puissance de vie.
       
Dans le livre «Les chênes qu’on abat», A. Malraux rapporte le dialogue suivant entre le général De Gaulle et lui-même : «– (Malraux) Les intellectuels romains attendaient le stoïcisme et la Stoa n’a pas pesé lourd en face du christianisme qu’ils ignoraient. – (De Gaulle) Elle était désespérée. La Résurrection ne l’était pas; l’espoir est toujours vainqueur ». De quelle sorte d’espoir s’agit-il ? Comment a-t-il été vécu, avec quels retentissements concrets ?

La "Stoa" est un portique d'Athnes où a enseigné le fondateur du stoïcisme, courant philosophique qui a vu le jour à la fin du IVe s. Selon lui, le bonheur repose dans la vertu et l'indifférence devnt ce qui affcte la sensibilité.

  Avant d’aborder ces questions, je voudrais présenter quelques réflexions sur l’expérience originelle des témoins de la résurrection. La question a fait l’objet de milliers de livres et articles. Mais si bien des divergences subsistent dans le détail, un relatif consensus s’est aujourd’hui dégagé, dont je veux rappeler les grands traits.

1. L’expérience pascale originelle et l’histoire
       Un premier constat pourra paraître de carence aux yeux de certains. Le NT ne développe pas une apologétique de la preuve en ce qui concerne la résurrection. Nulle part il ne présente une description de la résurrection elle-même, ni non plus des témoignages ‘neutres’ venant de non-disciples du Christ. Au contraire il est précisé que «Dieu lui a donné de manifester sa présence non pas au peuple en général, mais bien à des témoins nommés d’avance» (Ac 10,41). Il s’agit de témoins vivant une expérience de foi et non de personnes présentant un constat extérieur. Ce fait est éclairant pour nous.

Ainsi par exemple, l’évangile de Pierre (datant environ de 150 ap. J.-C.) raconte : «Or, dans la nuit où commençait le dimanche, tandis que les soldats deux à deux prenaient leur tour de garde, il y eut une grande voix dans le ciel. Et ils virent les cieux s’ouvrir et deux hommes enveloppés de lumière en descendre et s’approcher du tombeau. Et cette pierre qui avait été jetée contre la porte, roulant d’elle-même, se déplaça de côté et le sépulcre s’ouvrit, et les deux jeunes gens entrèrent. Ayant vu cela, les soldats éveillèrent le centurion et les anciens; eux aussi, en effet, étaient là à monter la garde. Tandis qu’ils racontaient ce qu’ils avaient vu, de nouveau ils voient sortir du sépulcre trois hommes, et deux d’entre eux soutenaient l’autre, et une croix les suivait. Et la tête des deux premiers montait jusqu’au ciel, tandis que celle de celui qu’ils conduisaient par la main dépassait les cieux. Et ils entendirent une voix qui venait des cieux et qui disait: ‘As-tu prêché à ceux qui dorment ?’ Et on entendit une réponse qui venait de la croix: ‘Oui’» (v. 35-42)

       Les apocryphes voudront parfois prouver la résurrection en la faisant constater par des témoins extérieurs, les gardes qui assistent pratiquement à la résurrection elle-même sans être convertis. Le contraste est grand avec la discrétion des évangiles canoniques. Refusant le registre de la preuve, St Thomas d’Aquin écrira : « Le Christ a montré sa résurrection par des témoignages et des signes qui suffisent dans leur genre » (S.T. IIIa, Q. 55, a. 6).
       
Il a souvent été souligné que la résurrection n’était pas un fait historique, mais bien transhistorique. Sa réalité est en effet celle de l’entrée dans un monde nouveau, transcendant nos conditions de vie spatio-temporelle. La résurrection de Jésus n’est pas comme celle de la fille de Jaïre, par exemple, une guérison, une réanimation qui réintègre à la vie mortelle purement intramondaine. Il s’agit d’entrer dans une vie nouvelle, de naître à un monde nouveau, d’être élevé à la droite de Dieu. La résurrection ne met dès lors pas tellement notre intelligence au défi de reconnaître une possibilité interne à notre monde spatio-temporel, mais la provoque à accepter et à penser la possibilité d’un monde nouveau.
       
Dans un tel cadre se comprend aisément l’irréductible embarras du langage, lorsqu’il s’agit de dire cette réalité. Une des manières de résoudre la difficulté, c’est de multiplier les expressions pour dire l’indicible et empêcher sa réduction à quelque représentation simple. Le schème qui nous est devenu le plus familier est celui de résurrection. Ce mot renvoie aux termes «réveillé» ou «relevé d’entre les morts» qui orientent la pensée vers une action par rapport au passé : il était couché / il est remis debout; il était endormi, mort / il est réveillé. Dans cette ligne, une expression moins connue, mais très belle, est celle de Pierre dans le discours après la Pentecôte : «Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir» (Ac 2,24). Le mot utilisé pour «douleurs» est, en grec, ôdinas qui désigne les douleurs de l’enfantement. Ainsi la mort est conçue comme une matrice d’où douloureusement le Christ est expulsé, délivré pour une vie neuve en Dieu. Ceci nous oriente vers un autre registre de vocabulaire présent aussi dans le NT et qui exprime la résurrection plus en relation avec l’avenir, la nouveauté. Ainsi on dira de Jésus qu’il est exalté, élevé à la droite de Dieu, glorifié, vivant, premier-né, constitué Seigneur. Ces expressions disent plus clairement la pâque, le passage de Jésus : il ne réintègre pas le cours intramondain des choses qui est le nôtre, il passe dans le monde de Dieu.
       
Il nous est possible de croire en cette pâque, d’en reconnaître la réalité dans la foi. Mais il ne nous est certes pas possible de vérifier par le recours à la science historique ce fait transhistorique. La science historique est-elle pour autant définitivement hors jeu ? Non pas. Mais son domaine d’investigation est relativement réduit. Pour l’essentiel, elle peut vérifier les effets de cette résurrection sur ceux qui s’en affirment les témoins. Elle peut aussi investiguer ce qu’ils disent de leur expérience.
       
À ce plan, deux sortes de signes sont répercutés par les témoins de l’époque apostolique. Le tombeau vide a fait couler beaucoup d’encre. La tradition évangélique de la visite au tombeau n’a pas une visée apologétique de démonstration, de preuve.

Les signes du ressuscité s'expriment certes par des signes : le tombeau vide, les manifestations. Mais la résurrection reste un fait impossible à vérifier comme on le ferait pour un fait historique.

Beaucoup d’historiens penchent aujourd’hui en faveur de son historicité, même si la démonstration en quelque sens que ce soit reste impossible. Mais ce vide est susceptible de diverses interprétations. D’aucuns pensent à une supercherie de la part des disciples. Ceux-ci, par contre, y voient un signe de ce que le corps de Jésus est glorifié, entré dans une existence nouvelle en Dieu. Interprétation de foi que les faits n’imposent pas, mais ne contredisent pas davantage. Le deuxième signe invoqué est celui des apparitions. Les récits qu’en donnent les quatre évangiles sont différents et impossibles à harmoniser, voire même contradictoires : Jésus vient toutes portes verrouillées [Jn 20,19] - Il mange du poisson grillé [Lc 24,42-43]). Celui qui les lit au premier degré sera tenté de conclure que, se contredisant, les auteurs ne savent pas ce qu’ils disent. À l’inverse, leur manque d’harmonisation peut témoigner d’une absence de concertation et signifier l’indépendance de chacun des auteurs, gage de leur sincérité.
       
Par ailleurs, comment ne pas voir la difficulté que représente l’essai d’exprimer narrativement ce qui transcende nos catégories habituelles ? Les évangélistes ont cependant pris ce risque en ayant soin de contrecarrer les réductions qui guettaient leurs lecteurs en fonction de leur anthropologie propre. S’adressant à des Grecs pour qui le corps est une prison dont l’âme doit être délivrée, Luc souligne fortement et de manière très réaliste le caractère corporel de la résurrection de Jésus. Par contre, s’adressant à des Juifs pour qui la résurrection concerne toute la personne humaine en tant que corps vivant, Matthieu met en valeur le caractère transcendant de la résurrection pour éviter qu’on n’objective, qu’on ne matérialise trop les apparitions.
       
Dans leurs récits, les évangélistes soulignent volontiers le fait que les témoins sont d’abord surpris, ne reconnaissent pas Jésus, doutent. Par ailleurs, celui qui apparaît est bien le même Jésus portant toujours les marques de sa mort ignominieuse. C’est avec ces marques-mêmes qu’il est transfiguré. Pour reprendre l’image de l’Apocalypse, il est «l’agneau debout comme immolé» (5,6).

2. Quelques points de retentissement de l’expérience pascale
       Et quelle puissance d’orientation ! C’est toute la vie des premiers chrétiens qui a été «informée», «impressionnée», au sens photographique du terme, par le Ressuscité, par la foi en lui. Aussi est-ce toute l’histoire du christianisme primitif qu’il faudrait reprendre ici. Je me contente de relever quelques points parmi les plus frappants.
       
Il y a d’abord une nouvelle compréhension de Dieu et du Christ, son envoyé. Jésus a été dangereux et c’est pour cela qu’on l’a fait mettre à mort. Ce danger on peut l’expliquer de diverses manières. Mais, fondamentalement, ce danger est celui d’un désir autre, différent. C’est le Dieu autre et le désir de cet Autre, si différent des imaginations des contemporains de Jésus, qui a bouleversé ces derniers, bousculé leurs représentations. Même ses proches les plus engagés ne l’ont guère compris au point qu’ils ont marqué à plusieurs reprises leur opposition à la voie qu’il avait choisie. Et au moment de la Passion, un des disciples le trahit, un autre le renie et tous s’enfuient. Ils semblent bien ne s’être guère dégagés des espérances nationalistes de leur temps et avoir interprété Jésus à partir de telles catégories. Malgré eux sans doute, ils forçaient ce qu’ils voyaient et entendaient chez Jésus pour le faire correspondre au désir qui les habitait. L’accueil d’un désir autre présenté par Jésus ne s’est fait que lentement et difficilement. La résurrection a été de ce point de vue le lieu d’une transformation, d’une relecture spirituelle, c’est-à-dire faite dans l’Esprit de Jésus lui-même. Le Seigneur ressuscité n’est pas un potentat dominant (voir Mc 10,42-45). Jamais les disciples n’oublieront que leur Seigneur fut un crucifié. Les mots lumineux qu’ils utiliseront pour dire sa glorification resteront fracturés à jamais par la conscience que le roi des chrétiens fut un SDF. Ils pourront bien le dire Fils de Dieu, mais sans couper ces mots venus d’ailleurs, de sa vie concrète d’ami des pauvres, de prophète en lutte.
       
Certes ils pourront être tentés d’oublier le crucifié pour verser dans une religion de l’esprit : l’esprit contre l’histoire, l’enthousiasme contre l’incarnation. Mais ces tentations seront repoussées comme dénaturant Jésus, Dieu et finalement la vie chrétienne. En effet où rencontre-t-on de façon privilégiée le Ressuscité, sinon dans le persécuté :à Paul, parti à Damas pour enchaîner les chrétiens, le Christ demande : «Pourquoi me persécutes-tu ?») ; et dans le frère démuni «Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait»?
Le Seigneur ressuscité n'est pas un potentat dominant (voir Mc 10,42-45) : "le Fils de l'homme est venu non pour être servi mais pour servir". Jamais les disciples n'oublieront que leru Se!gneur fut un crucifié. Les mots lumineux qu'ils utiliseront pour dire sa glorification resteront fracturés à jamais par la conscience que le roi des chrétiens fut un SDF. Ils pourront bien le dire Fils de Dieu, mais sans jamais couper ces mots venus d'ailleurs, de sa vie conrète d''ami des pauvres, de prophète en lutte.
Singulier Seigneur, singulier roi, singulier Fils de Dieu. Il n’est pas du tout banal que les premiers chrétiens aient été capables, malgré toutes les difficultés, d’accueillir un tel Dieu, si différent de celui qu’imaginairement ils projetaient. Ils nous disent que cela s’est fait sous l’influence du Souffle que leur a donné le Ressuscité. Il leur a permis de croire que, malgré les apparences de sa victoire sur la croix, la haine n’avait pas le dernier mot, mais était vaincue par l’amour. Pour eux, la résurrection signifie d’abord la victoire de l’amour sur la haine avant de signifier la victoire de la vie sur la mort.
       
La résurrection a aussi provoqué une lecture nouvelle des Écritures et la création d’un genre littéraire nouveau: le genre évangile qui est une «biographie» d’un mort qu’on croit à nouveau vivant et agissant. Ce qui intéresse les évangélistes, c’est l’actualité pour eux et les chrétiens de ce qu’a vécu Jésus, relu à la lumière de sa passion et de sa résurrection : comment le Seigneur ressuscité renouvelle aujourd’hui dans les communautés les actes de libération de toutes sortes qui ont émaillé son ministère. C’est un genre littéraire original et unique dans lequel on ne pénètre en profondeur qu’en partageant, comme ressort secret et clé de lecture, la même foi au Ressuscité.
       
Par ailleurs, la résurrection nous convie, sous l’influence de Paul, à une nouvelle compréhension du chrétien, humain libéré, comme « corps pneumatique », d’une part, et du peuple chrétien, libéré, comme « corps du Christ », d’autre part. Pour Paul, en effet, les chrétiens constituent ensemble l’organisme ressuscité de la personne du Christ dans toute sa réalité dont on attend la réalisation plénière (1 Co 6,15). Quant à l’expression «corps pneumatique», Paul l’a forgée en opposition à celle de «corps psychique». En parlant pour les ressuscités de «corps», Paul n’entend certes pas se prononcer sur la teneur physico-chimique, ni sur la morphologie des corps ressuscités. De ce point de vue, il ne peut que jeter en vrac une série de comparaisons (1 Co 15) : la différence entre le corps biologique et le corps «résurrectionnel» peut être comparée à celle qu’il y a entre une semence et la plante qui en sort, entre une chair d’homme et une chair de poisson, entre des corps célestes et des corps terrestres, entre l’éclat du soleil et des étoiles, entre le corruptible et l’incorruptible. Le corps-personne du ressuscité sera autre au-delà de toute attente.

"Ce que tu sèmes, toi, n'est pas la plante qui doit naître, mais un grain de blé ou d'autre chose. Puis Dieu lui donne un corps, comme il veut et à chaque semence d'une manière patrticulière... Il en est ainsi à la résurrection : semé corps corruptible, on ressuscité corps incorruptible, semé méprisable, on ressuscite dans la gloire; semé dans la faiblesse, on ressuscite plein de force; semé corps animé, on ressuscité corps spirituel..." (1 Co 15, 37-38.42-43).

       Celui qui n’aurait jamais vu de fleur pourrait difficilement imaginer, en voyant la seule semence, la merveille qui peut en sortir. Paul souligne le fait qu’il y a un principe d’identité en recourant au même mot sôma. En termes actuels, cela signifie que la personnalité, l’identité personnelle subsistera. Mais elle sera pneumatique, c’est-à-dire entièrement mue, animée par l’Esprit, le Souffle saint. Selon l’anthropologie partagée par Paul, le corps est de toutes façons qualifié par un principe qui l’anime. Il est normalement mû par une une âme (psuchè). Il peut être transformé s’il est mû, animé par l’Esprit (pneuma), celui de Dieu et du Christ. Et en régime chrétien, cette transformation est possible dès la vie présente. Dès lors, la nouvelle vie après la mort manifeste et accomplit l’homme nouveau auquel la foi avait donné naissance dès avant la mort.
        
La foi en la résurrection n’est pas à confondre simplement avec la croyance en la survie, croyance qui n’est pas spécifiquement chrétienne. C’est croire que la vie des humains, et plus largement de l’univers, peut être renouvelée et transformée en toutes ses dimensions par l’Esprit du Ressuscité dès maintenant, sans perdre de vue l’espérance d’une transformation finale, plus totale encore. La foi biblique n’est pas hantée par l’espoir du retour au paradis perdu. Au début de la Bible, les premiers humains sont situés dans un jardin paradisiaque. La fin nous présente le don par Dieu d’une ville, la Jérusalem céleste (Ap 21) : une ville, c’est-à-dire une œuvre d’hommes, mais céleste, c’est-à-dire transfigurée par Dieu.

Camille Focant
Article paru dans « Revue Théologique de Louvain » n° 67, avril 1996, pp.35-38