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Les
situations les plus inextricables peuvent trouver une solution. Tout au
long du texte de l'histoire de Joseph, se déroule " un conflit
de famille " qui voudrait mener à un meurtre. En fait, dans
le long récit de la Genèse, le conflit de jalousies de femmes
et de mères a précédé celui des frères
qui héritent d'une histoire sur laquelle ils n'ont aucune influence.
Dans un conflit, il ne faut pas rechercher des coupables, mais trouver
des solutions.
Il est vivement conseillé de s'imprégner du récit
biblique Gen. 37 et ss, pour suivre ce compte rendu.
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1. Lecture du départ de l'histoire de Joseph
V.3 et 4 : " Israël aimait
Joseph plus que tous ses (autres) fils
Ses frères virent
que leur père l'aimait plus qu'eux tous, et ils le prirent en haine
et ne pouvaient lui parler avec amitié."
Chacun souffre et reporte sur les autres, le poids de la situation,
ce
qui produit du mal ailleurs ! Joseph est pris en tenaille entre l'amour
du père et la haine de ses frères. Ses rêves (V.
5 et ss) augmentent encore la tension. Les rèves auraient
pu être lu positivement : Joseph devenant le centre d'une fratrie
réconciliée !
Mais les choses sont comprises négativement,
et le conflit s'envenime.
2. La séparation
Souvent, dans l'Ancien Testament, pour " résoudre "
un conflit, on se sépare : Lot et Abraham, Jacob et Esaü,
Jacob et Laban
Mais, à terme, le conflit n'est pas résolu
!
V. 13 : Jacob opère cette séparation,
il envoie Joseph vers ses frères pour une réconciliation
de la fratrie, et Joseph obéit. En fait, le père a compris
que quelque chose ne va pas, et envoie Joseph vers ses frères.
Il opère la séparation avec lui pour amener la réconciliation
avec les frères.
Ceux-ci sont partis faire paître le petit bétail de leur
père à Sichem. Joseph ne les trouve pas.
En chemin, il rencontre un homme qui le questionne V. 15. Il est intéressant
de comparer la question : " Que cherches-tu ? " et la
réponse : " Je cherche mes frères (= qui) "
; il s'agit d'une scène fondamentale.
Les frères ne sont pas où on pense ! Joseph doit accepter
d'aller plus loin, comme eux devraient accepter de l'accueillir en frère.
Or ils complotèrent
V.18. Ils l'appellent même "
le maître des rêves ", et non " notre frère
"!
Pour la réconciliation, toutes les parties doivent être
d'accord.
Les deux responsables du conflit sont Jacob et Joseph. Ce n'est pas parce
qu'ils ont fait le chemin de la réconciliation que les autres (les
frères) sont également prêts à cela.(Lire
la suite du ch.37).
" Ils prirent la tunique de Joseph, la plongèrent dans
le sang du bouc égorgé
et l'envoyèrent à
leur père
Tous ses fils et toutes ses filles voulurent le
consoler ; mais il refusa toute consolation... "
Le refus de Jacob de se laisser consoler, de faire le deuil de Joseph
rend la réconciliation impossible. De toute façon, elle
aurait été basée sur le mensonge.
Vingt ans plus tard
Juda a appris à vivre, il a connu
bien des tribulations
(Ch. 38)
Joseph
se retrouve en Egypte où il est accusé injustement et jeté
en prison. Il vit cette épreuve en victime passive, refusant de
faire mal à ceux qui lui font du mal. Joseph est changé
: il prend le malheur sur lui (comme "le Serviteur"dans Isaïe
53) (Ch 39 et 40).
(Ch. 41)
Joseph est réhabilité
par le Pharaon à qui il interprète les rêves.
Pendant les vingt années de séparation, chacun a évolué,
et particulièrement Joseph et Juda.
3. La séparation n'a pas résolu le conflit.
La famine annoncée survient, et Jacob envoie ses dix fils
chercher du grain en Egypte. Il garde près de lui Benjamin, frère
de Joseph " Il disait : il pourrait lui arriver un accident!
" (Ch. 42,4).
La famine devient une menace pour la vie et aussi un chemin de réconciliation.
Il faut apprendre à parler pour que la parole (re)devienne le véhicule
de la paix.
La réconciliation n'est pas immédiate : Joseph a des paroles
dures et blessantes, ses frères ne le reconnaissent pas, ni de
visage (Il a l'apparence d'un Égyptien), ni de sa voix puisqu'il
se fait traduire. Il les accuse d'être des espions afin de les obliger
à parler. C'est la seule manière de leur faire dire la vérité.
Joseph remet le père et les frères dans la situation d'il
y a vingt ans. (Relire le Ch. 42)
" Tes serviteurs sont venus pour acheter du pain. Nous sommes
les fils d'un homme unique (ils ne disent pas nous sommes des frères)
Nous, tes serviteurs, nous sommes douze frères
or le
petit est aujourd'hui avec notre père, et il y en a un qui n'est
plus ".
4. L'épreuve
Joseph soumet ses frères à une épreuve pour tester
la fraternité : " Vous ne sortirez pas d'ici tant que votre
petit frère ne sera pas venu". Il les fit mettre trois
jours en prison. Le troisième jour, Joseph leur dit : " Faites
ceci et vous vivrez. Je crains Dieu ! Si vous êtes sincères,
que l'un de vos frères reste en prison, et vous, partez, emportez
du ravitaillement pour votre famille à cause de la disette et amenez-moi
votre petit frère, afin que vos paroles soient .vérifiées
et que vous ne mourriez pas". Si on ne dit pas la vérité,
ce n'est pas la peine d'entrer dans la réconciliation.
C'est ce qu'ils firent, tout en se disant l'un à l'autre : "
Oui, nous sommes coupables envers notre frère (Joseph)
Maintenant son sang nous est réclamé
Joseph s'éloigna
d'eux pour pleurer
". Joseph est témoin du progrès
de la vérité, de la fraternité chez ses frères.
Joseph garde Siméon en prison et relâche les autres frères.
Ceux-ci retournent chez leur père. Jacob refuse de lâcher
Benjamin : " Vous me privez d'enfants ! " dit Jacob à
ses fils. Mais la famine continue et Jacob accepte de laisser partir Benjamin.
5. La réconciation s'amorce
Un travail intérieur habite chacun des personnages, et
lorsque les frères reviennent en Egypte avec Benjamin, la réconciliation
s'amorce.
Deux détails sont à relever pour notre meilleure compréhension
:
1- Joseph a eu deux fils dont les noms sont significatifs :
MANASSE = " Dieu m'a fait oublier ma peine et le nom de mon père
".
Il y a une sagesse à ne pas oublier le mal fait quand il ne fait
plus souffrir. La cicatrice doit être vue et non pas cachée.
EPHRAIM = " Adonaï m'a fait fructifier dans la terre de mon
humiliation ". L'humiliation est un lieu où on peut être
fécond.
2- Egyptiens et Hébreux ne mangeaient pas ensemble (voir
V.16 et 32).
A table, Joseph a fait placer ses frères par ordre d'âge
; lui-même mange à part des Egyptiens
Les frères
ne remarquent pas ces signes qui auraient pu leur ouvrir les yeux. (Ch.
44 :
V 10)
6. Les frères deviennent solidaires
La situation se retourne. Les frères se montrent solidaires de
Benjamin accusé faussement.Juda prend la parole et revisite l'histoire
familiale sur un seul point : l'amour du père pour le petit frère.
Il s'offre en esclave à la place de Benjamin, si important pour
la vie de leur père.Il ne faut pas nier la réalité
: elle est ce qu'elle est ! Ce n'est pas parce qu'elle me fait souffrir
que je dois faire souffrir autrui ! Ce qui au début a créé
la haine, la jalousie est maintenant l'objet d'un sacrifice de Juda "
pour que le père ne souffre pas ".
Joseph ne se cache plus pour pleurer et se fait reconnaître par
ses frères. Il reconstitue le cercle des douze frères et
dit sa propre vérité : " C'est Dieu qui a fait tout
cela ".
7. La réconciliation
Ce n'est pas encore tout de suite la réconciliation finale
! (Ch. 50) : Après la mort du père
que va-t-il se passer ? Joseph ne va-t-il pas se venger ?
" Ne craignez pas Dieu seul est juge. Vous avez prémédité
du mal contre moi, mais ce mal, Dieu l'a changé en bien, pour donner
VIE à un peuple nombreux".
La parole a fait suffisamment de chemin pour qu'on puisse vivre ensemble.
Tout le monde est responsable du mal : permettre de s'en rendre compte,
ne pas reporter le mal sur d'autres et prendre sa part de responsabilité,
permet de VIVRE ENSEMBLE.
Le livre de la Genèse nous montre qu'il n'est pas fatal qu'un
frère tue son frère. Par un chemin de patience, une parole
donne la possibilité de vivre ensemble, dans la bienveillance mutuelle.
Le conflit fait place à la fraternité grâce au chemin
parcouru ; il faut laisser du temps au temps !
Dieu effectue d'abord des séparations, pour que la relation juste
s'installe. Il intervient pour déplacer le conflit de son lieu
et de son temps, et permettre ainsi de revisiter les lieux symboliques
où le mal s'est déroulé, transformant peu à
peu le mal en bien.
André WENIN
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