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L’Ancien
Testament : une violence salutaire ?
Les
passages violents sont nombreux dans la Bible juive. Mais qui se contente
de s’en scandaliser se dispense à bon compte de poser la question cruciale :
pourquoi tant de violence dans ce livre ? Pour ma part, je reconnais à
cette violence un aspect salutaire. Elle peut en effet nous guérir de
la tentation de voir la Bible comme un livre religieux véhiculant des
vérités à croire, des règles à pratiquer ou des figures édifiantes à imiter.
Avec un tel a priori – souvent entretenu par la catéchèse –, on s’expose
à ne pas comprendre grand chose à ce Livre qui dit et la vie et la mort
pour donner à penser et à vivre l’existence humaine sans rien ôter à sa
complexité.
Or, qui songerait à nier que la complexité de la vie est due en bonne
partie à la violence ? Aussi, en montrant abondamment la violence, en
légiférant à son propos, en la priant, l’Ancien Testament ne fait que
refléter la réalité humaine. Mais il le fait en tournant et retournant
en tous sens cette violence souvent tragique, comme s’il voulait inviter
le lecteur à oser la regarder en face, et à tenter de la penser. Au fil
des histoires qu’il raconte, il lui apprend à découvrir ses ressorts cachés,
à démonter ses mécanismes, complexes, à mesurer ses conséquences de mort,
dans l’espoir de le voir inventer des moyens de déjouer ses ruses. Il
ne craint pas d’y mêler Dieu, ne serait-ce que pour obliger le lecteur
à se poser la question du rapport entre Dieu et la violence, et pour lui
apprendre à haïr un Dieu qui serait l’allié de la mort. Mais un allié
de la vie ne doit-il pas déployer parfois une certaine violence ? Car,
la Bible l’enseigne aussi, toute violence n’est pas négative.
Cependant, la plupart du temps, nous préférerions que la Bible donne l’image
d’un Dieu qui incarne les valeurs que nous jugeons importantes – un Dieu
à l’image de notre idéal, en quelque sorte. Mais l’homme est-il la mesure
de Dieu ? N’est-ce pas là une forme de l’idolâtrie que la Bible s’ingénie
à démasquer ? Si cela nous tente, les images bibliques de Dieu que nous
n’aimons pas ou que nous refusons viennent à notre secours, et nous empêchent
de prétendre détenir un savoir sur Dieu. Elles contestent nos certitudes
tranquilles et nous mettent en marche vers une vérité toujours insaisissable.
Ainsi en va-t-il des images d’un Dieu violent.
2.
Jésus et la violence
Heureusement,
ces images ne disent pas le tout de Dieu. Et le Jésus des évangiles représente
une avancée radicale dans la révélation d’un Dieu qui refuse radicalement
toute violence destructrice, dans l’espoir que l’emporte la logique de
la non-violence à laquelle il s’engage lui-même après le déluge, lorsque,
déposant les armes, il abandonne son arc dans la nuée (Genèse
9).
Le récit des évangiles culmine pourtant dans un épisode d’une rare violence :
la passion de Jésus qui met en scène la pire des violences, celle que
des humains déchaînent contre l’innocent. Jésus y réagit avec une incroyable
dignité et une douceur qui, chez Luc, va jusqu’au pardon accordé aux bourreaux.
Là sans doute, se dit le dernier mot de Dieu sur la violence, lorsque
son bien-aimé préfère être écrasé par elle plutôt que de risquer de l’imposer
à d’autres. Le Jésus de la passion refuse en effet toute violence, fût-ce
celle de la condamnation, ou celle de la preuve – celle qu’il infligerait
à ses adversaires s’il les obligeait à croire en lui en descendant de
la croix. Ce Jésus est l’innocent qui, injustement mis à mort, va jusqu’au
bout de l’amour pour ceux-là même qui l’écrasent de leur violence.
Cette image s’inscrit dans la ligne de la vie de Jésus telle que nous
la rapportent les évangiles. Elle est particulièrement cohérente aussi
avec le signe que Jésus laisse aux siens, pour dire en un geste le sens
qu’il donne à sa vie et à sa mort, le partage du pain. Selon la symbolique
de la nourriture dans la Bible, dans le geste eucharistique, Jésus prend
un aliment carné impliquant la violence qui tue – chair et sang –, pour
le donner en nourriture végétale – pain et vin –, symbole d’un monde où
nul ne verse le sang, mais où tant d’êtres humains unissent leurs forces
pour transformer le don de Dieu en nourriture à partager.
Pourtant, dans les évangiles, Jésus
a des paroles et des gestes violents. À côté du Dieu Père qui “fait
lever son soleil sur les justes et les injustes”, il parle d’un Dieu
juge qui condamne sans appel. Et quand il s’en prend aux chefs du peuple,
il sait se montrer particulièrement dur et inflexible. C’est que l’Évangile
n’est pas simpliste. Quand des gens puissants ou influents ferment aux
humbles la porte du Royaume et les éloignent de Dieu, la colère de Jésus
souligne de façon spectaculaire qu’il y a là quelque chose d’intolérable.
De même, lorsque ce qu’il dit est affaire de vie ou de mort, lorsque cela
engage quelque chose de radical et de décisif, le recours à l’image du
jugement inflexible signale clairement la gravité du choix auquel les
auditeurs sont conviés. Façon de dire, sans doute, que l’amour miséricordieux
du Père ne prive pas l’être humain de sa responsabilité, mais qu’il suscite
plutôt sa liberté pour un engagement résolu en faveur d’un amour authentique,
qui fait vivre au-delà de la mort.
André
Wénin
Texte écrit pour la revue
“ Ensembles ”, le magazine du SNAEP (Service National des Aumôneries dans
l’Enseignement Public), Paris.
Quelques livres ou articles pour continuer l’étude de la Bible et la violence:
M. DOMERGUE, La violence et la Bible, in Croire aujourd’hui, n°65
(15 fév. 1999).
R . GIRARD, Des choses cachées depuis la fondation du monde, Paris,
1978.
X. LEON-DUFOUR, Colère et Violence , in Vocabulaire de Théologie
biblique, pp. 179ss & 1360ss.
J TRUBLET, Les effets pervers de l’Exode, in Lumière et Vie
n°226 (La violence et le pardon), Lyon, 1996, pp. 19-44.
A. WENIN, Violence et Vérité de la Bible, in BIB (juin 1999), pp.
3-14.
http:/www.protestants.org/ dans
la partie biblique, vous trouverez "Paroles difficiles de la Bible"
et là une analyse d'un texte de Josué
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