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Ils
persévéraient à lenseignement des apôtres
et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et
aux prières. La crainte gagnait tout le monde : beaucoup de prodiges
et de signes saccomplissaient par les apôtres. Tous ceux qui
étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout
en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens,
pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. Unanimes,
ils se rendaient chaque jour assidûment dans le Temple : ils rompaient
le pain à domicile, prenant leur nourriture dans lallégresse
et la simplicité de cur. Ils louaient Dieu et trouvaient
un accueil favorable auprès du peuple tout entier. Et le Seigneur
adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient
le salut. (Ac 2,42-47) La multitude
de ceux qui étaient devenus croyants navait quun cur
et quune âme, et nul ne considérait comme sa propriété
lun quelconque de ses biens ; au contraire, ils mettaient tout en
commun. Une grande puissance marquait le témoignage rendu par les
apôtres à la résurrection du Seigneur Jésus,
et une grande grâce était à luvre chez
eux tous. Nul parmi eux nétait indigent : en effet, ceux
qui se trouvaient possesseurs de terrains ou de maisons les vendaient,
apportaient le prix des biens quils avaient cédés
et le déposaient aux pieds des apôtres. Chacun en recevait
une part, selon ses besoins. (Ac 4,32-36)
Ces deux textes résument l'idéal de la vie communautaire
à l'aube du Christianisme. Un troisième sommaire (5,12-16)
insiste sur les guérisons opérées par les apôtres,
qui agissent comme lavait fait Jésus.
1.
Une cohérence
La première présentation de
la communauté est placée à la suite du récit
de la Pentecôte, qui marque la naissance de lÉglise.
Après la conversion vient le temps de la persévérance.
Ce texte dit donc le projet initial de toute communauté chrétienne.
Son programme comporte quatre aspects indissociables, brièvement
énoncés en 2,42 :
* Lenseignement des apôtres , cest-à-dire
la mémoire de tout ce que Jésus a fait, jusquà
sa Passion et sa Résurrection ; pour nous, cest lhistoire
racontée dans les quatre évangiles.
* La communion fraternelle (koinônia) , cest-à-dire
avant tout la solidarité entre les membres de la communauté.
Cet aspect sera surtout développé dans le deuxième
sommaire du livre des Actes.
* La fraction du pain , cest-à-dire lEucharistie,
où la communauté revit avec son Seigneur le drame de sa
Passion et de sa Résurrection et trouve ainsi sa cohésion
profonde.
* Les prières , cest-à-dire les pratiques
religieuses du monde juif, auquel les premiers chrétiens appartiennent
toujours.
Tout cela se tient. Jésus na
pas voulu fonder une nouvelle religion, mais régénérer
le judaïsme de lintérieur, pour quil soit signe
du salut que Dieu veut offrir aux hommes de la terre entière. Comment
vivre une religion authentique ( les prières
), qui exprime une foi vécue et ouvre à lespérance
? Les paroles et les gestes de la prière ne trouveront leur sens
que dans le contexte dune solidarité du groupe (
la communion fraternelle ), où lon fait ce que
lon dit. Et cette solidarité sera elle-même nourrie
par la mémoire du Christ ( lenseignement
des apôtres ), qui a vécu pleinement le don
de Dieu aux hommes, en commençant par les plus pauvres. Enfin,
tout cela sexprime dans le rassemblement chrétien par excellence,
celui de lEucharistie ( la fraction du pain
). Le christianisme se pervertit lorsque ces éléments
sont séparés. Si elle nentraîne aucune action
concrète, si elle ne change pas la vie, la mémoire du Christ
nest plus quarchéologie ou doctrine stérile.
Si la solidarité nest pas fondée sur lÉvangile,
et donc sur la conscience de laction de Dieu lui-même, elle
sépuisera avec les faiblesses de la volonté. Et lon
ne peut célébrer lEucharistie sans faire mémoire
de Jésus ou sans se soutenir les uns les autres dans le quotidien.
Tel est donc le programme interne de la communauté
chrétienne. Il faut y ajouter sa tâche extérieure,
évoquée tout au long du récit des Actes des Apôtres
: la prédication missionnaire et la guérison des malades
(ce sont les signes et prodiges de 2,43).
Ici
encore, les actes correspondent aux paroles. Il ne suffit pas de dire
que Jésus sauve ou quil ouvre le Royaume de Dieu ; encore
faut-il que la rencontre du Christ fasse effectivement du bien, quelle
transforme en vérité la vie des personnes.
2.
Un programme de solidarité
Le premier sommaire et, plus encore, le
second, insistent sur le partage des biens : ils mettaient tout
en commun (4,32). Il est probable que
ce partage na jamais été total et que lauteur
(Luc, lauteur de lévangile dont les
Actes forment la suite) généralise le geste de Barnabé
(4,36-37) et dAnanie (5,1 ;
ce qui est reproché à celui-ci, cest le mensonge).
Quoi quil en soit, le but du partage, cest quil ny
ait pas dindigent (4,34).
La pauvreté nest pas un idéal, mais une situation
inhumaine, inacceptable. Si certains choisissent de se séparer
dune partie de leurs biens, cest pour que tous aient le nécessaire.
La communion des curs nest réelle que si elle se matérialise
dans une vraie solidarité. Cest pour cela que, dans lévangile
de Luc, Jésus parle du riche insensé
(12,16-21) ou raconte la parabole du riche et de
Lazare (16,19-21). Les vrais biens sont ceux que
la mort ne peut détruire (12,33-34), il faut
choisir entre Dieu et lArgent (16,13). Les
Chrétiens daujourdhui sont sensibles aux valeurs dites
« humanitaires » et savent se montrer généreux
envers les démunis. Le partage ou la redistribution des biens dont
parlent les Actes des Apôtres vont plus loin. Ils ne sont pas fondés
sur le désir dassistance (lui-même souvent
associé à un sentiment de culpabilité), mais
sur la conscience de légale dignité de tous, et donc
sur une exigence de justice. Les pratiques des premières communautés
chrétiennes sont encore celles de communautés religieuses
et dautres groupes chrétiens. Elles disent le nécessaire
chemin de solidarité auquel lhumanité entière
est appelée.
Jacques
Vermeylen
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