Accueil
Personnages
Revue
Sites bibliques
Catéchèse
Agenda
Plan du site
Mots-clés
Coin jeunes

Gn 1 à 11: Récits mythiques

1. Contenu
2. Genre

3. Pourquoi un récit des origines ?
4. Un recul salutaire  

            Autrefois on lisait spontanément les premiers chapitres de la Genèse comme des récits historiques. L'évolution de la recherche ayant montré qu'ils ne correspondaient pas aux données scientifiques, on les a souvent rejetés en bloc, les tenant pour des contes sans valeur. Or l'intention de l'auteur n'est de faire ni un cours d'astronomie ni une leçon de physique, mais de transmettre au sujet de l'être humain, du monde et de Dieu, sa vision (et celle de sa communauté de foi). Il nous faut classer les récits de Gn 1-11 parmi les légendes mythiques et non parmi les écrits scientifiques ou historiques et les lire en tant que tels. Mais parler de "mythe" n'est-ce pas porter atteinte à la valeur de ces écrits? Les mythes ne sont pas des fables un peu naïves venant d'une culture presque à l'état sauvage. C'est de la philosophie racontée. Le mythe est un récit qui est situé “au commencement”, c'est-à-dire hors du temps historique, et qui vise à expliquer ce qui est expérimenté dans l'histoire. En quelque sorte, il s'agit d'une réflexion de type philosophique en forme narrative à propos du monde et de l'être humain dans leurs fondements.

*Contenu
            Le mythe est un récit dans lequel une culture organise un cadre qui permet de saisir le monde où les humains se trouvent immergés. Ce cadre permet de repérer les divers éléments du monde, de les situer dans leurs relations mutuelles multiples et de décrire les lois qui président à ces relations. Il raconte un événement qui encode la structure du monde. En général, les mythes situent aussi les êtres humains en parlant de ce qui leur arrive de fondamental mais aussi ce qui les perturbe: la naissance, la mort, le destin, l'amour, la sexualité, le mal, la souffrance, la violence, le travail, le manger, le vêtement. Les mythes situent également ce monde par rapport aux dieux, c'est-à-dire ces forces qui dépassent l'humain, sur lesquelles celui-ci n'a pas prise et qui pourtant le déterminent ou l'influencent dans son existence. Ainsi, par exemple le temps (qui passe ou qu'il fait).

* Genre
            Au lieu d'utiliser des notions abstraites, des concepts, le mythe recourt à des récits, des images, des symboles concrets. Mais les questions auxquelles il essaie de répondre sont universelles. Ainsi, le chapitre 1 (. création du monde) est une sorte de méditation sur l'ordre de l'univers, l'harmonie qui y règne, la place et la responsabilité de l'humanité dans cet univers, le Dieu que tout cela révèle discrètement. Les chapitres 2 et 3 (l'histoire du jardin d'Éden) racontent, pour l'éclairer, l'expérience humaine, faite de bonheur et de malheur, d'harmonie et de violence dans les relations, de vie et de mort, de vérité et de mensonge. Le récit de Caïn et Abel (Gn 4) médite sur la difficile fraternité entre les hommes, sur la violence entre frères et ses conséquences. La longue épopée de Noé (Gn 6 à 9) est une réflexion sur diverses manières de conjurer la violence, par la destruction ou l'alliance. Enfin, l'histoire de la tour de Babel (Gn 11) invite à penser à la vie en société et à la difficile construction de l'unité entre les hommes.

* Pourquoi un récit des origines?
            Pourquoi donc ces histoires ne racontent-elles pas la vie de tous les jours, mais plutôt les origines. Que signifie cette manière de faire? En réalité, le fait de projeter à l'origine les faits racontés revient à condenser en un temps primordial, hors-temps, ce qui est censé échapper aux aléas de l'histoire, à savoir, ce qui apparaît fondamental, ce qui est perçu comme universel, valable partout et toujours. Tous les humains sont concernés par ces histoires-là, car si les choses sont telles "au début", tous ceux et celles qui viennent après les vivent aussi, ou au moins peuvent les vivre. Leur question, c’est plutôt : comment en Israël percevait-on l’univers, l’existence humaine et leur mystère en relation avec Dieu ? A nous de voir si leur vision des choses est pertinente pour nous.

* Un recul salutaire
             Mais étant donné que le mythe vient d’une culture qui est étrangère à la nôtre, il oblige à prendre du recul par rapport à nos évidences, à nos façons spontanées, « naturelles », - en fait culturelles, - de penser. Il parle de ce que nous connaissons, mais il le fait autrement. Pour réaliser cette tâche, il faut se rendre compte qu’entrer dans la compréhension de tels récits ne peut se faire par simple regard de l’extérieur. Car ils parlent de questions essentielles de l’existence humaine qui sont aussi les nôtres. En réalité, les questions essentielles sont celles auxquelles on ne peut pas ne pas répondre à moins de cesser de vivre. Autrement dit, vivre, c’est répondre dans la pratique à ces questions, même si on n’a pas perçu la question, même si on n’a pas de réponse explicite à formuler ou si la réponse théorique est différente de ce que l’on vit. Ainsi par exemple, qu’est-ce qu’être humain ? Quelle différence avec l’animal (et l’animalité en nous)? Qu’est-ce qu’être fils ou fille ? Qu’est-ce qu’être père ou mère ? Comment vivre la relation homme-femme ? Comment vivre le temps ? A quoi riment la souffrance, la mort et la violence ? Où situer Dieu dans tout cela ? Ce sont justement de ces questions que le mythe parle. Et parce qu’il en parle (sous forme de récit), il pousse le lecteur à ouvrir les yeux sur la façon dont lui-même répond effectivement à ces questions, et pas seulement sur ce qu’il en pense. Bref, en offrant sa propre réponse, il invite le lecteur à expliciter les siennes et à les confronter à celles du mythe, de cette autre culture. Aussi interpréter un mythe, c’est confronter deux expériences, deux réponses, deux mondes.
                                                                                                                  A.Wénin

Pour une interprétation des récits des premiers chapitres de la Genèse, voir le petit livre d’A.Wénin, Actualités des mythes. Relire les récits mythiques de Genèse 1-11, Centre de Formation Cardijn, Namur, 1993. L’article ci-dessus est paru au début de l’année 2001 dans un nouveau magazine mensuel, publié par la rédaction de Fêtes et Saisons, appelé BIBLIA. Le projet de ce périodique est d’offrir le texte de la traduction de la Bible de Jérusalem, accompagné d’un commentaire de tous les livres bibliques et de différents articles sur les textes et les thèmes correspondants au livre commenté. RETOUR